Nos gouvernements veulent-ils réellement lutter contre la fraude fiscale?

Emmanuel Macron et Angela Merkel lors du Sommet européen du 20 octobre. ©Photo News

Dix-huit mois après les "Panama Papers", voilà les "Paradise Papers". L'occasion pour l'ONG Transparency International de pointer l'inaction des Etats membres de l'UE face aux scandales fiscaux à répétition.

Il y a un an et demi, les "Panama Papers", l’un des plus gros scandales de fraude fiscale jamais révélés par la presse, dévoilaient les identités de milliers de personnalités et sociétés en tout genre qui cachaient de l’argent dans un petit pays d'Amérique centrale, le Panamá, dans le but d'éluder l'impôt.

Nous voilà dix-huit mois plus tard, avec un nouveau scandale fiscal global, révélé dimanche par le consortium international de journalistes d'investigation (ICIJ), qui pointe à nouveau, selon plusieurs ONG, l'inaction assourdissante des chefs d'Etat européens en matière de lutte contre la fraude fiscale.

Selon l'ONG Transparency International, la législation proposée par la Commission européenne pour rendre publique les informations sur les sociétés offshore n'a toujours pas reçu l'approbation des 27 Etats membres de l'Union européenne.

"Les Paradise Papers exposent les faibles tentatives politiques pour arrêter la tricherie fiscale"
Branche européenne de l'association Oxfam

"Les Paradise Papers exposent les faibles tentatives politiques pour arrêter la tricherie fiscale", estime la branche européenne de l'association Oxfam."Les discours durs des politiques se sont transformés en de faibles réformes sous la pression des grandes entreprises et super-riches", commente Susana Ruiz, chargée des politiques fiscales pour l'ONG.

Pour Susana Ruiz, les gouvernements européens doivent établir au plus vite une liste noire des paradis fiscaux et mettre fin au secret bancaire. Transparency International souligne également l'importance de l'échelon européen. "Des gouvernements européens, comme l'Allemagne, se sont opposés à la marée de la transparence financière", déplore le directeur du bureau européen de l'ONG, Carl Dolan.

Il rappelle qu'après le premier scandale fiscal des Panama Papers, la Commission européenne s'est activée "mais les capitales nationales doivent toujours signer deux propositions européennes qui pourraient aider à mettre en lumière ce type de blanchiment d'argent, d'évasion fiscale et d'évitement fiscale".

"En ne faisant rien, ils sont aussi complices d'un système corrompu."
Rachel Owens

Global Witness déplore aussi le flou qui demeure au sujet de règles européennes plus strictes. L'organisation plaide pour que les Etats membres lors des prochaines négociations s'accordent "pour que les vrais propriétaires de tous les fonds et sociétés soient rendus publics en Europe".

"Ils n'ont rien fait d'autre l'année passé que bloquer les ajustements qui permettraient de résoudre le problème. En ne faisant rien, ils sont aussi complices d'un système corrompu", critique la présidente Rachel Owens.

Réactions unanimes dans l'opposition

Selon plusieurs membres de l’opposition, ce nouveau scandale des "Paradise Papers" met en lumière le manque d’action du gouvernement fédéral contre les paradis fiscaux. Côté écologistes, la co-présidente Zakia Khattabi accuse la majorité de "saboter les conclusions de la commission Panama Papers" et les députés fédéraux Gilkinet et Nollet appellent à "renforcer les recommandations" de cette même commission.


Côté PS, c'est le même son de cloche. Le chef de groupe à la Chambre Ahmed Laaouej critique la faiblesse du rapport de la commission Panama Papers et indique que "le PS à la Chambre redéposera des amendements (rejetés par la droite) pour renforcer la lutte contre les paradis fiscaux".


Au PTB, on demande la réouverture des travaux de la commission. Le député fédéral Marco Van Hees s'indigne: "4 des 28 paradis de Paradise Papers sur la liste belge. Urgent d’analyser comment être autant à côté de la plaque."


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