À la chasse aux émissions, la Belgique vise assez mal

©Goos van der Veen/Hollandse Hoogte

La Belgique a réduit ses émissions de CO2, mais ces baisses se sont en partie faites malgré elle. Et les prévisions annoncent les Belges comme les mauvais élèves de la classe européenne.

La Belgique est loin d’être un modèle en matière de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. À quelques jours de l’ouverture de la conférence de Paris sur le climat (COP 21), elle est la risée de l’Union européenne, elle qui n’est toujours pas parvenue à répartir entre régions l’effort climatique à fournir pour 2020. Et ce n’est pas comme si ce fiasco n’était qu’un arbre institutionnel cachant une forêt d’avancées brillantes en matière de réduction des émissions. En octobre dernier, l’Agence européenne de l’Environnement (AEE) publiait des prévisions selon lesquelles la Belgique serait l’un des quatre cancres de la classe européenne à ne pas atteindre leur objectif de réduction des émissions de CO2 (l’objectif collectif de l’Union européenne est de 20%, mais l’effort belge doit être de 15%). Cette perspective peu glorieuse ne signifie cependant pas que la Belgique fait du surplace: jusqu’ici, elle a réduit significativement ses émissions de gaz à effet de serre. Voici ses principaux atouts et faiblesses.

L’industrie s’adapte

©mediafin

Si la Belgique a vu ses émissions de gaz carbonique baisser ces 25 dernières années, c’est avant tout grâce au secteur industriel. La fermeture d’usines sidérurgiques en Wallonie est le principal facteur qui l’explique. De 1993 à 2010, la fermeture de six usines de coke a conduit à une réduction de 86% des émissions liées à la production de combustibles fossiles. Mais les fermetures n’expliquent pas tout. Ainsi, par exemple, les émissions chimiques ont baissé de 29% au cours de la même période. C’est que l’industrie lourde est le seul secteur sujet à une régulation en matière d’émissions.

Le système européen de droits d’émissions (ETS) a encouragé des investissements pour réduire les émissions, même si le prix de la tonne de CO2 échangée sur ce marché reste trop faible pour laisser une empreinte très significative (15 euros). "Par ordre d’importance, la crise et les délocalisations d’industries lourdes sont les premières responsables de ce faible prix, mais les politiques ont vraiment obligé les entreprises à investir", observe Arnaud Brohé, spécialiste des marchés de carbone et enseignant à l’ULB. Car parallèlement aux échanges de quotas, les accords de branche ont poussé le secteur à améliorer son efficacité énergétique par des avantages fiscaux et administratifs.

Le renouvelable prospère

Alors que la production d’énergie a augmenté de 35% de 1990 à 2013, les émissions de ce segment de l’industrie ont baissé de 32%. Le développement du renouvelable l’explique en partie, même si la performance est aussi liée à une utilisation accrue du gaz naturel au détriment du charbon. En tout état de cause, la Belgique dépasse ses objectifs en matière de production d’énergie renouvelable, grâce à des investissements précoces dans l’éolien ou le photovoltaïque. Le secteur ne progresse cependant pas assez vite pour espérer compenser même partiellement la fermeture des centrales nucléaires (encore prévue pour 2025). "Il va sans doute falloir développer l’interconnexion des réseaux électriques avec les pays voisins pour pouvoir importer plus d’énergies renouvelables", observe Laurence De Clock, expert politique climatique au SPF Environnement.

Le politique patine

"Ce qu’on a gagné par les nouvelles normes, on l’a perdu par l’utilisation: le nombre de voitures a explosé."
Laurence De Clock
SPF environnement

Les difficultés de la classe politique belge à prendre des décisions dans un environnement institutionnel éclaté sont l’un des points faibles de la Belgique. Cela fait six ans que les exécutifs fédéral et régionaux bloquent sur la répartition des efforts que la Belgique s’est engagée à fournir pour l’année 2020. Elle est le seul pays de l’UE à ne pas encore avoir de plans détaillés sur ce sujet clé. En octobre, la rupture des négociations sur ce burden sharing a donné une nouvelle illustration de l’incurie en la matière: le Fédéral a déchiré un accord après s’être rendu compte qu’une centrale de stockage d’énergie ne pouvait pas être comptabilisée comme "production renouvelable" – ce qui tombe pourtant sous le sens. Dans l’entourage des négociations, on continue d’espérer un accord avant l’ouverture de la COP21, dimanche.

Le transport individuel explose

Au cours des deux dernières décennies, les émissions de gaz carbonique liées au transport ont augmenté de 20% en Belgique. Les révélations du scandale des logiciels VW forcent à la prudence sur les chiffres des émissions des voitures, certainement sous-évalués. Mais ne peuvent occulter que les améliorations technologiques ont permis de diminuer la pollution carbonique du parc automobile. "Ce qu’on a gagné par les nouvelles normes, on l’a perdu par l’utilisation: en Belgique, le nombre de voitures explose, de même que le nombre de kilomètres parcourus", explique Laurence De Clock.

Plus fondamentalement, l’aménagement du territoire belge favorise les longs déplacements. Ainsi la Wallonie est-elle couverte de "villes rubans", qui s’étendent le long des routes au lieu de se concentrer en centres urbains. "Et l’organisation polycentrique du territoire est extrêmement complexe à changer, il n’y a pas de solution miracle", souligne Thierry Brechet, professeur au département d’administration et de gestion de l’UCL, spécialiste en économie d’environnement. Le potentiel d’amélioration ici est faible.

Le bâtiment chauffe l’air

Autre défi majeur pour la Belgique: son parc immobilier. Ces vingt dernières années, les émissions dues au chauffage de bureaux ont augmenté de 40%. Les bâtiments belges sont nombreux et anciens, or les normes d’isolation de la première partie du siècle dernier équivalaient à celles des pays du bassin méditerranéen. Les primes à la rénovation permettent d’améliorer la tendance, mais le potentiel reste considérable. "On rénove 1 à 2% du parc par an, à ce rythme-là il faudrait quatre-vingts ans pour isoler la Belgique", indique Thierry Brechet. Ici aussi, la Belgique rame, ce qui ne l’empêche pas d’avancer. Lentement.

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