Les éoliennes sont-elles réellement "vertes"?

©VIA BLOOMBERG

La généralisation des éoliennes, à l’échelle mondiale, implique plusieurs enjeux: raréfaction des métaux, pollution indirecte ou encore rendement intermittent. Si ces moulins à vent polluent moins que la filière fossile, leur impact n’est pas à ignorer.

Le renouvelable est la seule source d’énergie qui rembourse complètement sa "dette énergétique". Les éoliennes le font en 6 à 8 mois. Le photovoltaïque, lui, en une paire d’années. Cette dette, c’est la quantité d’énergie nécessaire pour la création, l’installation, l’entretien et le démantèlement. Les centrales thermiques (fossiles ou nucléaires) remboursent leur dette de mise en place et d’entretien. Mais reste encore à considérer le coût du démantèlement, la dépendance aux ressources naturelles, les émissions de CO2 et le risque environnemental.

L’empreinte écologique

80%
Plus de 80% de la production d’électricité en Belgique se base sur le fossile et le nucléaire.

Pour faire sortir les éoliennes de terre, il faut extraire des métaux. Ce qui pose la question de leur soutenabilité, surtout que leur durée de vie, d’environ 25 ans, est relativement courte.

L’extraction des métaux est énergivore et l’est encore plus lorsqu’ils se raréfient. Il faut les chercher plus loin, plus profond, dans une roche qui s’appauvrit. Cette extraction génère aussi des déchets métalliques et chimiques plus ou moins bien contrôlés dans le monde.

Retrouvez toutes les infos sur la COP21 dans notre dossier spécial.

Pour les éoliennes offshore, le rendement est optimisé par l’usage d’un métal particulier: le néodyme. Celui-ci permet de faire tourner les génératrices grâce à des aimants plutôt qu’à des engrenages. Il permet aussi de réduire les actes onéreux de maintenance. Problème: le néodyme est l’une des "terres rares" que la Chine est quasiment seule à produire. Cela implique une dépendance économique et éthique, car la filière est polluante. Particulièrement la partie clandestine qui gangrène l’Empire du Milieu. Le point positif, c’est que le recyclage des métaux est déjà optimisé en ce qui concerne les éoliennes.

L'intermittence du rendement

©Mediafin

Quid des solutions si le vent ne souffle pas? Dans un mix énergétique qui fait la part belle aux éoliennes, en cas d’absence de vent (<15 km/h) ou de vents trop puissants (>90 km/h), c’est la coupure de production. Il faut donc relancer une centrale thermique et rejeter du CO2.

Michel Huart, conseiller scientifique à l’Association pour la promotion des énergies renouvelables (Apere) et professeur à l’ULB, nuance: "L’Europe bénéficie d’un régime favorable, on a rarement trois jours sans vent." Selon lui, on peut s’en sortir si on stocke l’énergie quelques jours.

Pas d’autre solution que le stockage de toute façon, car les éoliennes ne produisent pas en fonction de la demande, mais bien en fonction du vent. Mais qui dit stockage dit batteries, dit métaux (comme le lithium), donc extraction, raréfaction, explosion de la demande et hausse des prix…

Un coût élevé

Les détracteurs diront que l’éolien produit une électricité trop chère. Ils ont raison. Mais tant que cette production se base sur une source fossile ou d’uranium dont les coûts indirects sont externalisés (production et pollution à l’étranger), le renouvelable restera à la traîne. C’est donc notre modèle global qu’il faut revoir, à l’international. L’enjeu de la COP21 nous dit-on.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect