Nozipho Mxakato-Diseko | La diva du climat ressuscite Mandela

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Dans les négociations, cette Sud-Africaine pèse 80% de la population mondiale. Et prévient: c’est le financement qui scellera le sort de "l’accord de Paris".

Elle a le monde dans la main. Ou presque: Nozipho Mxakato-Diseko représente à elle seule 80% de la population mondiale aux négociations climatiques de Paris. La Sud-Africaine préside le puissant "G77 + Chine", le groupe diplomatique qui réunit 134 pays émergents et en voie de développement. Mais pour géante qu’elle soit, elle sait que ses pieds sont d’argile. Parler d’une seule voix est une gageure lorsqu’il faut qu’elle siée à des pays aux intérêts aussi différents que le Qatar, la Côte d’Ivoire et le Brésil. Le bloc risque à tout moment de perdre son poids en butant sur une question trop délicate – l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5°C, par exemple, que la plupart des pays du groupe défendent mais sur lequel les pays du Golfe, notamment, coincent encore.

"La finance scellera l’accord de Paris ou le détruira."
Nozipho Mxakato-Diseko

Pourtant – et Mxakato-Diseko est payée pour le savoir –, il est un point sur lequel le groupe reste de roc: la "dette écologique" des pays développés. C’est sur ce sujet que la Johannesbourgeoise se fait le plus entendre. "La finance scellera l’accord de Paris ou le détruira", prévient-elle. Depuis que les "riches" se sont engagés, en 2009, à dégager 100 milliards de dollars d’aide à l’adaptation et à l’atténuation, le G77 veut voir la couleur des billets – avant, pendant et après 2020. "Ce n’est pas de l’assistance ou de la charité, et ce n’est pas la même chose que l’aide au développement. Le soutien financier des pays développés doit compenser les impacts de leurs émissions passées", souligne-t-elle. Les pays développés, eux, insistent sur une forme de redéfinition du concept des "responsabilités communes" mais différenciées en matière climatique: les pays émergents aussi ont une dette climatique.

Le toilettage du projet d’accord de Paris se poursuit. Ce mercredi à 13h, un nouveau texte doit être présenté, "plus court et comprenant moins d’options", a indiqué le président de la conférence, Laurent Fabius, au terme d’une deuxième journée de négociations ministérielles.

Des avancées se sont dessinées sur certains points. "On a identifié une volonté de la plupart des parties de refléter d’une manière ou d’une autre l’objectif des 1,5°C", a indiqué une négociatrice. Mais des questions clés demeurent dans les limbes. L’objectif reste l’adoption formelle de l’accord pour vendredi 18h, a rappelé Fabius.

Docteure en philosophie, diplômée d’Oxford, Mxakato-Diseko a milité pour l’ANC, le parti de Nelson Mandela, et a notamment organisé des récoltes de fonds pour payer la défense d’opposants anti-apartheid en prison. Depuis le milieu des années 1990, elle représente son pays à l’Agence internationale de l’énergie atomique – l’Afrique du Sud produit 1% de l’extraction mondiale d’uranium et exploite une centrale nucléaire. La dame prend les rênes de l’équipe sud-africaine de négociations sur le climat en 2011. Cette année, elle se retrouve propulsée sur le devant de la scène mondiale en prenant la présidence du G77 au sommet de la négociation.

En octobre, pour flinguer un projet de texte en négociation, elle n’avait pas hésité à utiliser les gros mots: "C’est comme l’apartheid", disait-elle pour dénoncer le fait que "les pauvres [aient] été ignorés". Plus consensuellement, elle rappelle parfois à la mémoire de feu son leader à la conférence climatique: "Comme disait Nelson Mandela, ça a toujours l’air impossible jusqu’à ce que ce soit fait."

Retrouvez toutes les infos sur la COP21 dans notre dossier spécial.


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