Avec ses panneaux de paille et de bois, Paille-Tech mise sur l'isolation 100% réutilisable

Julien Lefrancq, administrateur de Paille-Tech: "Tous nos matériaux sont 100% compostables". ©Olivier Polet

Une technique millénaire remise au goût du jour: ainsi pourrait-on qualifier l’activité développée par Paille-Tech, une société coopérative créée en 2009 qui a fait des panneaux d’isolation préfabriqués en paille son cœur de métier.

Installée à Franière (Floreffe) sur le site des anciennes Glaceries St Roch, l’entreprise, qui emploie aujourd’hui neuf personnes, présente à son actif 25 réalisations de bâtiments, dont un habitat groupé, un atelier et un magasin. Son credo: la production de panneaux d’isolation constitués exclusivement d’écomatériaux non transformés et 100% compostables.

Créée en 2009, la coopérative Paille-Tech s’est spécialisée dans les panneaux d’isolation en paille.

Elle s’apprête à augmenter son capital de 400.000 ou 500.000 euros.

Objectif: pouvoir suivre un carnet de commandes qui se remplit et racheter son site de production.

La construction de maisons aux murs en paille n’est pas nouvelle. Elle connaît actuellement un bel essor en France et en Allemagne. Chez nous, le succès n’est pas encore au rendez-vous. Mais la coopérative Paille-Tech, un des pionniers européens de la construction de murs en ballots de paille, est parvenue à développer des solutions techniques qui permettent de ramener les coûts à un niveau qui devient supportable.

Du bois, de la paille, de l’argile

Une ossature en bois massif, des ballots de paille compressée comme isolants et un enduit en terre: le coût ne réside pas dans les matières premières mais dans le processus de fabrication des panneaux. "En 2009, nous fabriquions une maison par mois. Aujourd’hui, le même chantier ne prend plus que cinq jours", souligne Julien Lefrancq, administrateur de Paille-Tech.

Simple en apparence – des ballots de paille de 46 cm d’épaisseur entourés d’une structure en bois et revêtus d’un enduit de quelques centimètres d’argile –, ce système d’isolation présente de nombreuses qualités. Non seulement il est très isolant – les murs Paille-Tech offrent le coefficient d’isolation d’une maison passive –, mais il offre, grâce à la terre crue, une inertie importante au bâtiment. Et un confort de vie: la terre crue, très bon régulateur hygrométrique, permet d’éviter la buée sur les fenêtres ou les miroirs ou les gorges irritées par un air trop sec. Et contrairement à ce qu’on croit, il résiste bien au feu: la densité de la paille empêche l’oxygène de s’y infiltrer. La paille compressée ne se consume que lentement.

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"À part le bois, que nous allons majoritairement chercher en France et en Autriche parce qu’il nous faut des planches longues de 13 mètres, nous n’utilisons que des matériaux locaux. La paille nous est ainsi fournie par un agriculteur d’Hélécine, qui réalise une belle plus-value puisqu’il nous vend le ballot à 4 euros au lieu d’un euro. Et nous finalisons un partenariat avec Agribat, l’ancienne briqueterie de Wanlin, pour les enduits en terre. Sans compter que nous produisons zéro déchet et le bois est entièrement réutilisable", explique Julien Lefrancq.

Le prix? Il reste élevé. "Notre gros œuvre coûte entre 600 et 800 euros le mètre carré. Pour une maison, il faut compter entre 1.500 et 1.800 euros le m². On se trouve donc dans une échelle de prix comparable aux bâtiments isolés avec de la cellulose de papier", dit l’administrateur.

10 maisons
Paille-Tech produit actuellement 10 maisons par an. Mais elle peut tripler cette cadence sans investir et faire ainsi baisser le coût de fabrication.

Mais à l’entendre, il doit être possible de réduire davantage encore les coûts de fabrication. "Actuellement, nous ne faisons encore que 10 maisons par an. Il est possible de tripler cette cadence sans devoir investir, ce qui devrait contribuer à faire baisser le coût de fabrication. Pour nous, l’idéal serait de pouvoir travailler avec une entreprise générale pour pouvoir coordonner les chantiers."

Dotée au départ d’un capital limité, la société a failli être victime de son succès en 2012-2013. À cette époque, elle a connu une forte croissance de son chiffre d’affaires, dopé par un décollage de la demande et par l’extension des activités de Paille-Tech vers des missions d’entreprise générale.

L’entreprise s’est alors recentrée sur son cœur de métier, les panneaux d’isolation finis avec enduit en terre, et a développé son marketing tout en diversifiant les cibles potentielles.

Augmentation de capital

Après une année 2015 "de transition", Paille-Tech a vu son carnet de commandes s’étoffer. De quoi espérer un très bon cru 2016. Dans l’immédiat, elle doit faire face à deux difficultés: une trésorerie insuffisante pour gérer la croissance et le coût de location des halls de production. Pour y faire face, la coopérative a lancé un appel de fonds qui, idéalement, devrait lui permettre de gonfler son capital de 500.000 euros. De quoi lui permettre de racheter les halls de production, un hall contigu et l’espace de stockage de la paille.

Retrouvez toutes les infos sur la COP21 dans notre dossier spécial.

D’ici 2020, Paille-Tech entend accroître le nombre et la taille des chantiers. Pour cela, elle compte s’intéresser davantage aux habitats groupés, aux immeubles à appartements et aux bâtiments publics (écoles, crèches…), tout en élargissant son rayon d’action jusqu’à 200 km vers la Flandre, le nord de la France et le Luxembourg.

"Nous voulons grandir, résume Julien Lefrancq. Pour cela il faut avoir d’autres unités de production, tout en continuant à faire de la recherche et développement. Actuellement, nous ne vendons qu’en Belgique mais nous avons déjà commencé à prospecter le nord de la France. Mais il nous faut une entreprise générale comme partenaire."

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