La fulgurante mue verte du géant noir Enel

©AFP

Le géant italien de l’énergie Enel a décidé de tourner la page du charbon. Il désinvestit massivement pour se rabattre sur les énergies renouvelables. Greenpeace l’adore.

Greenpeace estime qu’Enel est en passe de devenir le "premier géant de l’énergie réellement vert".

La métamorphose est fulgurante. L’an dernier encore, Enel croisait le fer en Justice avec les défenseurs de l’environnement. Aujourd’hui, le géant italien de l’énergie est le héraut de la lutte contre le réchauffement climatique. Pas pour les beaux yeux des écolos, mais parce que c’est devenu la seule option économiquement crédible, selon son patron Francesco Starace. Un masque vert pour parader à la conférence de Paris? Voire. En 2012, Greenpeace avait accusé les centrales au charbon d’Enel de tuer chaque année 1.000 personnes à travers l’Europe. Aujourd’hui la même organisation militante estime qu’Enel est en passe de devenir le "premier géant de l’énergie réellement vert".

Big is bad

C’est que le nouveau CEO, Francesco Starace, a une vision bien à lui de la situation. Et il a su l’imposer. "Il faut être prêt à dire: même si c’est mon propre bras, je le couperai s’il n’est pas nécessaire", résumait-il dans une interview à l’agence "Bloomberg", en octobre. Le bras en question, c’est le charbon. Le nouveau boss a prévu de fermer 23 de ses centrales au charbon en Italie (la moitié environ de son effectif) et annulé la construction de deux autres. Une révolution pour une entreprise qui fournit 61 millions de foyers et d’entreprises dans une quarantaine de pays. En 2014 encore, Enel produisait 29% de son énergie au charbon. Le groupe a décidé de retirer du marché 13 gigawatts d’énergie fossile pour 2020. Sa dernière usine charbon, terminée l’an dernier, pourrait prendre sa retraite bien avant les 40 années initialement prévues: "Je doute qu’elle tienne jusqu’en 2030", indique Starace.

Mais encore une fois: l’amour de l’environnement n’est pas le moteur de ce changement – c’est la rationalité qui dicte les choix stratégiques. "Big is bad", c’est le credo de Starace. "Notre stratégie est beaucoup plus flexible et modulaire qu’avant, et plus adaptable au monde dans lequel nous vivons", explique-t-il.

Renouvelable

Big is bad. Pas question donc pour l’Italien de se rabattre sur l’atome. Le nucléaire, c’est comme le charbon "en pire", dit-il: ça bloque les équipements dans des investissements à long terme qui mobilisent les budgets sans pouvoir suivre l’évolution des nouvelles technologies, estime-t-il. Pour lui, il est encore rationnel de construire des centrales au gaz jusqu’en 2025 au plus tard. Quant aux technologies de captation et stockage de CO2, "elles ne fonctionnent tout simplement pas économiquement".

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Reste – on comprend pourquoi Greenpeace l’adore – le renouvelable. La moitié des investissements d’Enel au cours des cinq prochaines années ira dans le solaire et l’éolien. Un tiers ira dans des infrastructures de réseau. Le patron d’Enel est convaincu que la voie qu’il fait prendre à son groupe est le mainstream de demain. "Dans les 12 prochains mois, vous verrez la plupart des entreprises suivre plus ou moins le même chemin", affirmait Starace en octobre, dans une interview au journal britannique "The Guardian". Le géant de l’énergie fossile vise la neutralité carbone pour 2050. Il est bien trop tôt pour dire s’il tiendra ses promesses, mais la stratégie affichée marque déjà les esprits.

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