analyse

La question climatique divise les Etats-Unis, quoi qu'en dise Obama

©AFP

Pas évident pour le président américain de se poser en champion du climat à la COP21 de Paris alors que chez lui les républicains font tout pour lui mettre des bâtons dans les roues.

Que Barack Obama rêve d’accrocher un accord international sur le climat à son bilan présidentiel ne fait pas l’ombre d’un doute. Dès le début de son second mandat, il replaçait le climat au cœur de son programme politique après avoir dû travailler au redressement économique des Etats-Unis et obtenu une victoire majeure sur le front des soins de santé, lors de ses quatre premières années à la Maison-Blanche. Dans son discours sur l’état de l’Union de février 2013, il menaçait même le Congrès, hostile à ses ambitions environnementales, d’y aller au forceps si nécessaire.

Obama aura ainsi régulé les émissions de CO2 des centrales américaines au charbon par voie de décret présidentiel. Il aura également imposé des objectifs d’efficacité énergétique aux administrations fédérales et rejeté le projet d’oléoduc Keystone XL censé amener du pétrole des sables bitumineux de l’Alberta aux raffineries du golfe du Mexique. Des mesures qui ne nécessitaient pas l’intervention du Congrès et qui n’ont fait que renforcer l’opposition des républicains à son agenda climat.

Le Congrès mobilisé

"Nous serons absolument capables de respecter nos engagements."
Barack Obama
président des États-Unis

Plusieurs mesures visant à torpiller le Plan Electricité Propre (Clean Power Plan) présenté en août dernier par l’Agence américaine à la protection de l’environnement (EPA), le bras armé d’Obama en la matière, et visant à réduire les émissions de CO2 des Etats-Unis de 32% d’ici 2030 (par rapport à 2005) sont actuellement discutées au Congrès. Autre cheval de bataille des républicains: refuser de libérer les 3 milliards de dollars promis par Obama pour financer le Fonds vert pour le climat de l’ONU. Une première tranche de 500 millions doit être versée par les Etats-Unis en 2016. Les républicains menacent de bloquer toutes les lois de financement à adopter d’ici au 11 décembre si cette mesure en fait partie.

C’est lesté d’un tel boulet politique qu’Obama a débarqué dimanche soir à la COP21 à Paris. Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a encore affirmé le 11 novembre que l’accord négocié à Paris ne serait pas un traité. Si l’administration Obama bute tant sur le terme de traité, c’est parce qu’un texte ayant valeur de traité international doit obtenir l’accord du Sénat américain. Or, l’administration démocrate ne l’obtiendra pas et elle le sait. C’est ce qui s’était déjà passé avec le protocole de Kyoto, signé en 1998 par le vice-président démocrate de l’époque, Al Gore. S’exprimant hier lors d’une conférence de presse à Paris, Obama a donc appelé à ce que des parties de l’accord en discussion à Paris soient "juridiquement contraignantes" sans parler de "traité".

Réalité de terrain

Comment expliquer que le sujet soit encore aussi sensible au niveau de la politique américaine alors que, dans certains Etats comme la Californie ou le Colorado, il existe un véritable engouement pour les énergies vertes? Et que, selon un sondage de l’université du Texas publié fin octobre, les trois quarts des Américains disent désormais croire que le climat est en train de changer… Il y a plusieurs raisons à cela, à commencer par la puissance de frappe du lobby pétrolier, notamment au Texas, deuxième Etat le plus peuplé des Etats-Unis. Il faut aussi savoir que la grande majorité des centrales électriques (67%) fonctionnent aux énergies fossiles.

©EPA

Dans 39% des cas, il s’agit de charbon. La production d’électricité arrive d’ailleurs en tête des sources d’émissions de gaz à effet de serre aux Etats-Unis (30,8%), devant les transports (28,8%) et l’industrie (15,4%). Et le charbon utilisé dans les centrales américaines provient notamment de mines locales, au Wyoming, en Virginie occidentale, au Kentucky, en Illinois et en Pennsylvanie par exemple. Plus de 80.000 personnes sont employées dans les mines de charbon américaines. Mais si l’on prend toute la filière charbon, on parle du double d’emplois. Résultat des courses: nombreux sont les élus du Congrès et les gouverneurs d’Etats américains à avoir tout intérêt à mettre des bâtons dans les roues d’Obama.

Pour l’instant, le président démocrate se défend bec et ongles que ce soit devant les tribunaux lorsque ses mesures y sont contestées, ou face au Congrès en menaçant d’opposer son veto à toute mesure visant à annuler ses décrets "verts". Mais Obama quittera la Maison-Blanche en janvier 2017. Si c’est un républicain qui lui succède, ce dernier n’aura aucune difficulté à détricoter ses politiques climatiques étant donné qu’elles ne sont pas coulées dans des lois. Et il suffit de voir comment les candidats républicains à la présidentielle de 2016 se positionnent – Ted Cruz, le sénateur du Texas, nie le phénomène du réchauffement, les autres le reconnaissent du bout des lèvres sans vouloir s’y attaquer – pour craindre que son bilan climatique soit très vite balayé en cas de victoire républicaine. Y compris un éventuel accord qui serait adopté à Paris…

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