Les pays du Golfe sont-ils prêts à enterrer l'or noir?

©Foster + Partners

Pointés du doigt comme les mauvais élèves de la classe, certains pays producteurs de pétrole se lancent dans la "transition". Sans se presser de prendre des engagements devant l’ONU.

"En Arabie, on a du pétrole, et nous aussi on a des idées", pourrait-on entendre dans les déserts du Golfe persique ou dans les alcôves du Bourget, où se tient la conférence de l’ONU sur le climat. Pointés du doigt comme les mauvais élèves de la classe en matière de lutte contre le réchauffement, certains pays producteurs de pétrole se lancent avec conviction dans la grande arène écologique pour clamer leur bonne volonté. Prenez Masdar: en construction depuis 2008, cette ville "verte" doit jaillir du désert d’Abou Dhabi pour accueillir quelque 50.000 habitants d’ici une quinzaine d’années. Ruelles étroites et des constructions souterraines pour favoriser une climatisation naturelle, énergie solaire pour le reste… Le prospectus du projet pharaonique le promet: la cité n’émettra pas de gaz à effet de serre.

103 millions de barils
L’Agence internationale de l’Énergie s’attend à une augmentation de la demande de pétrole: de 95 millions de barils aujourd’hui à 103 millions en 2040.

Avant même d’être sur pied, Masdar est l’emblème d’une promesse de reconversion, alors que les Émirats arabes unis prévoient de livrer leur dernier baril de pétrole d’ici cinquante ans. Pour y parvenir, l’émirat d’Abou Dhabi s’est lancé dans la construction de centrales nucléaires, et d’une des plus grandes centrales solaires thermodynamiques du monde: Shams-1. Du concret.

L’Arabie saoudite aussi affiche une volonté de changement. Elle prévoit d’investir près de 90 milliards d’euros dans la construction de centrales solaires (41 GW de capacité), et de construire 16 réacteurs nucléaires (17 GW). Son ministre du pétrole, Ali Al Naimi, a déclaré que le pays pourrait se passer d’énergie fossile dans les décennies qui viennent: "Je ne sais pas quand: 2040, 2050 ou après", disait-il en mai dernier. "Je l’espère, un de ces jours, plutôt que d’exporter des énergies fossiles, nous exporterons des gigawatts d’électricité."

Pas trop pressés

Cette promesse d’une nouvelle aube énergétique n’efface pas la réalité actuelle: le Saoudien moyen émet chaque année près de 19 tonnes de CO2 (contre 8 tonnes pour l’Européen). Elle n’efface pas non plus le fait que l’Arabie saoudite a été le dernier pays du G20 à présenter son plan national anti-gaz à effet de serre ("INDC" dans le jargon onusien). Ni le fait que ses engagements sont un brouillard complet: le plus grand producteur de pétrole de la région envisage de réduire ses émissions de 130 millions de tonnes en 2030 par rapport à un scénario "business as usual" qu’elle ne définit pas. "Cela équivaut finalement à presque pas d’engagement du tout", grogne la fondation Nicolas Hulot. La remarque vaut aussi pour les Emirats arabes unis ou encore le Qatar. Et d’autres, qui ont remis des objectifs particulièrement peu ambitieux. Oman, par exemple, s’engage à baisser ses émissions de 2%… par rapport à un scénario de base qui prévoit une croissance de ses émissions d’un tiers d’ici quinze ans.

Retrouvez toutes les infos sur la COP21 dans notre dossier spécial.

Si les pays pétroliers ont des projets et des idées, ils ne sont pas (trop) pressés. Pour l’heure, c’est le charbon qui est en ligne de mire: chaque kWh d’énergie produite à partir de charbon dégage plus de 800 g de CO2, quand le pétrole brut en relâche 630 g. Une logique de transition énergétique efficace commanderait de mettre un terme à l’exploitation du charbon avant celle du pétrole.

Dès lors, quelles que soient les conclusions de la conférence de Paris, l’Agence internationale de l’Énergie ne voit pas les choses changer de sitôt: la demande est de 95 millions de barils par jour cette année, l’AIE la voit à 103 millions de barils en 2040… Les producteurs de pétrole auraient encore quelques "belles" années devant eux.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés