Vincent Vanasch: "Mes échecs au hockey sont des leçons de vie"

©Frédéric Pauwels / HUMA

Dans le monde du hockey, il est sur le toit du monde. Vincent Vanasch, le gardien de l’équipe nationale de hockey sur gazon et joueur des Waterloo Ducks vient d’être élu meilleur gardien au monde. Mais quand on est sportif de haut niveau, on sait que l’échec fait partie de la vie. Vincent Vanasch a d’ailleurs failli renoncer au hockey de haut niveau lors d’une période plus compliquée dans sa carrière.

À 22 ans, après avoir goûté aux sélections en équipe nationale et aux clubs de bas de classement de la Division d’Honneur belge, Vanasch a connu une période difficile au club de Louvain. "Heureusement que j’étais bien entouré dans ma famille. Ils m’ont soutenu, parce que cette période aurait pu me détruire. Ce sont vraiment des leçons de vie que j’ai apprises au hockey, même pour comprendre les gens autour de moi. Je suis quelqu’un de plutôt gentil et il y a parfois des requins aussi dans le monde du hockey et du sport comme dans le monde professionnel. Il y a des gens qui marchent sur les autres pour passer devant. Quand je vois aujourd’hui tout ce que j’ai gagné, c’est une belle revanche", explique le gardien des Red Lions.

Poste ingrat

L’échec, les gardiens en connaissent un rayon. Souvent jugés sur un arrêt décisif ou sur un arrêt loupé, la limite entre un très bon match et un match raté est des plus fines quand on est placé entre les perches. La concentration doit être de tous les instants. "Le métier de gardien est ingrat. Si j’ai fait un très bon match et que je rate la dernière balle, on ne va retenir que cette balle entre les jambes, surtout si on perd le match là-dessus. Je peux à l’inverse prendre trois goals et sortir un arrêt qui nous permet de gagner 4-3 et là, je suis encensé. Mentalement c’est très difficile", détaille le champion.

"Le métier de gardien est ingrat. Si j’ai fait un très bon match et que je rate la dernière balle, on ne va retenir que cette balle entre les jambes, surtout si on perd le match là-dessus. Je peux à l’inverse prendre trois goals et sortir un arrêt qui nous permet de gagner 4-3 et là, je suis encensé. Mentalement c’est très difficile."
Vincent Vanasch
gardien de l'équipe nationale de hockey sur gazon

C’est donc au mental qu’on se relève comme gardien de hockey. Il faut rester concentré dans l’instant et tout de suite relativiser ce qui vient de se passer. Pour Vincent Vanasch, le pari est réussi. Après son creux, il reprend le travail de plus belle. À partir de 2012, il sera champion de Belgique trois années d’affilée avec les Waterloo Ducks ou "Watducks" pour les intimes. Il a gagné deux fois le championnat des Pays-Bas qui est d’un niveau plus relevé que le belge avec l’équipe d’Eindhoven (M.H.C. Oranje-Zwart). Il y gagnera au passage l’European Hockey League, l’équivalent de la Champions League du foot, en 2015.

En début de carrière, il était pourtant amené à se retourner souvent. Il a fait toutes ses classes au White Star à Evere. Quand le club est descendu de Division d’honneur en D1, il est passé au Pingouin à Nivelles. Après deux ans là-bas, le club est à nouveau descendu. Deux échecs sportifs qui constituent pourtant une expérience en or pour un gardien. "Le club jouait contre la relégation. Moi ça me permettait de toucher 25 à 30 balles par match. Aujourd’hui, je touche trois balles par match et si j’en rate une, on me dit que j’ai fait un mauvais match. Les attentes sont beaucoup plus élevées", dit-il. C’est le paradoxe, pour devenir un bon gardien, il est peut-être plus utile d’évoluer dans des clubs moins puissants où l’on est fort sollicité. "Même si on perd 5-0 mais qu’on a effectué 30 arrêts, on a été mis en évidence pendant le match."

Vanasch a un autre atout. Dans son premier club, il a joué en tant que centre-avant et gardien. Il alternait une mi-temps au goal et une mi-temps à essayer de marquer des buts. De quoi lui donner une vraie expérience de la façon dont les attaquants essayent de le passer.

Médaille amère

Tous les amateurs de hockey se souviennent de l’accomplissement de notre équipe nationale aux Jeux olympiques de Rio. Nos Red Lions, qui perdaient encore avec des scores fleuves contre les grands du hockey il y a peu, rivalisent aujourd’hui avec les plus grands. "On ne se rend pas compte du chemin parcouru. La Belgique est aujourd’hui une grande nation du hockey. Il y a 10 ans, on perdait 10-0 contre l’Australie, 10-0 contre la Hollande ou l’Allemagne". À Rio, pris dans la spirale positive des médailles olympiques belges, les Red Lions iront jusqu’en finale qu’ils perdront contre l’Argentine.

"On ne se rend pas compte du chemin parcouru. La Belgique est aujourd’hui une grande nation du hockey. Il y a 10 ans, on perdait 10-0 contre l’Australie, 10-0 contre la Hollande ou l’Allemagne."
Vincent Vanasch
gardien de l'équipe nationale de hockey sur gazon

Quand on parle avec les Red Lions, cette finale perdue de Rio reste en travers de la gorge des joueurs. Il s’agit pourtant de la meilleure performance de notre équipe nationale en hockey. "On m’aurait dit avant le tournoi que l’on aurait l’argent, j’aurais signé tout de suite. Après, quand on arrive en finale on veut la gagner. À la limite, gagner le bronze est plus savoureux que l’argent, car là on perd l’or!", estime Vincent Vanasch.

Le gardien pense d’ailleurs qu’un peu d’arrogance à la hollandaise, pays qu’il connaît bien, pourrait aider dans une finale pour avoir le boost de confiance nécessaire à la victoire. Pendant ses deux ans passés aux Pays-Bas, il a aimé le franc-parler direct des Hollandais qui peut blesser, mais qui permet de dire rapidement les choses. "Le Belge n’a pas peur d’aller au combat, mais il doit être plus affirmatif et dire ses idées", tranche Vanasch. Un conseil que ce fier belge estime utile tant pour les hockeyeurs que dans la sphère des affaires.

L’échec en finale à Rio a été néanmoins un moteur pour se relancer et aller jusqu’à Tokyo en tant que portier de l’équipe nationale. Avec une motivation toujours intacte de viser l’or. Au passage, notre portier national a fini ses études de kiné en 9 ans. Les 4 entraînements semaine avec l’équipe nationale en plus des entraînements avec son club ne lui permettant pas d’aller beaucoup plus vite.

Expérience en entreprise

De ses victoires et de ses échecs, il garde une expérience qu’il a déjà partagée en entreprise. "Une entreprise devrait fonctionner comme une équipe. Le coach est le directeur, mais il doit se mettre avec son équipe, pas se placer au-dessus pour donner les instructions. Chez nous, le coach nous demande comment on va jouer contre telle nation et on donne nos idées", détaille-t-il. Le coach ou directeur aura bien sûr son idée à la base, mais il écoutera tout le monde. Il sera peut-être conforté dans son idée ou peut-être cela va lui ouvrir les yeux sur d’autres aspects. Au final, les joueurs ou les employés seront beaucoup plus impliqués. La motivation est bien plus grande. Vanasch est déjà allé deux fois en entreprise pour faire part de son expérience et des similitudes entre le hockey et le business. Il le fait aussi dans certains clubs. Les situations de conflit, la pression, les objectifs ou les réactions des gens, on connaît dans le hockey.

"Une entreprise devrait fonctionner comme une équipe. Le coach est le directeur, mais il doit se mettre avec son équipe, pas se placer au-dessus pour donner les instructions."
Vincent Vanasch
gardien de l'équipe nationale de hockey sur gazon

Le monde de l’entreprise n’est d’ailleurs jamais vraiment loin. Comme un hockeyeur est loin de toucher un salaire de footballeur, les partenariats lui permettent d’arrondir ses fins de mois. Vincent Vanasch compte parmi ses sponsors personnels, la marque de sticks Brabo, Mitsubishi qui lui fournit une Outlander personnalisée, la société d’intérim Vivaldis ou encore la marque de vêtements Paperclip. "Je gagne assez pour vivre au jour le jour, mais pas pour m’acheter une maison demain et une voiture le lendemain. J’ai joué pour rien dans l’équipe nationale, juste pour le plaisir de porter le maillot. Mais c’est aussi ce qui fait notre force", explique-t-il.

Il y a aussi les contrats aux enchères de quelques semaines pour jouer pour une équipe en Inde durant l’intersaison. Il l’a déjà fait pour 25.000 dollars. Deux de ses coéquipiers pour 100.000 dollars. Le refera-t-il ? Peut-être. Mais pas si ça tombe mal dans le planning de préparation d’une coupe du Monde ou des Jeux olympiques. "Je rêve de gagner un titre avec les Red Lions. Ce ne sont pas 25.000 dollars qui vont changer grand-chose sur toute ma vie", dit celui qui sait déjà qu’il devra continuer à travailler une fois qu’il aura décidé d’arrêter le hockey de haut niveau. Et en hockey comme loisir, il espère bien rejouer dans le jeu pour se défouler.

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