Valérie De Bue: "Je ne me voyais pas travailler pour Coca-Cola"

Certains députés attendent d’elle qu’elle aille au front dans le dossier Publifin. ©Debby Termonia

Nivelloise, libérale proche du clan Michel, Valérie De Bue est ministre wallonne depuis cet été. Moins connue que d’autres ténors de la politique, elle revendique son profil de gestionnaire.

Un enchaînement de circonstances, comme souvent en politique. Voilà ce qui caractérise l’aventure politique de Valérie De Bue.

Ce métier, pour autant qu’on puisse vraiment parler d’un métier, on y plonge dès sa naissance ou on y arrive avec une bonne dose de persévérance agrémentée d’histoires atypiques et de rencontres déterminantes comme ce fut le cas pour Valérie De Bue. On serait néanmoins incomplet si on oubliait de préciser ce détail: la passion… Et il en faut une sacrée dose aujourd’hui!

Sociale mais pas socialiste

Ministre libérale au sein du gouvernement wallon depuis cet été, en charge des Pouvoirs locaux, du Logement et des Infrastructures sportives, Valérie De Bue aurait pu être socialiste. Rajoutons dans une autre vie. C’est du moins ce qui se dit à l’ombre du clocher de la Collégiale Sainte Gertrude. André Flahaut, son fidèle opposant socialiste sur les terres nivelloises, regrette même qu’il n’en ait pas été ainsi, tellement il l’apprécie. "Oui, elle a failli venir au Parti socialiste. A l’époque, elle était proche d’un responsable de la FGTB.

C’est Louis Michel qui a réussi à l’attirer au MR", regrette l’actuel ministre du Budget à la Communauté française. Les choses ont finalement tourné autrement. Si Valérie De Bue confirme avoir été approchée par Maurice Dehu, l’ancien bourgmestre socialiste de Nivelles, elle rajoute aussitôt avoir repoussé les avances. Il suffit de l’entendre parler sur le dos des socialistes pour comprendre que cela n’aurait pas pu coller entre elle et le parti de gauche. "Socialiste, çà non!", bondit-elle quand on la taquine sur le sujet. "J’ai une fibre sociale mais je ne pourrais pas être militante au PS. Ce n’est pas un parti qui émancipe les personnes. La vision socialiste, basée sur le clientélisme et le pouvoir de l’état, ne correspond pas à ma vision de la société." Elle avait presque oublié ce lointain souvenir…

"Depuis toujours, je suis sensibilisée au débat public. Je ne me voyais pas travailler chez Coca-Cola."
Valérie De Bue

Nivelloise d’adoption après avoir déserté Bruxelles en 1997, la jeune quinqua, mère de deux enfants et cuisinière hors pair de la tarte al Djote depuis qu’elle est tombée amoureuse d’un membre de la confrérie, Valérie De Bue ne cache pas son attrait pour la chose publique. "Depuis toujours, je suis sensibilisée au débat public."

Son mémoire en sciences économiques sur les enjeux socio-économiques du Brabant wallon sous le bras, elle se présentera à la sortie de ses études à l’intercommunale du Brabant wallon en 1990. "Je ne me voyais pas travailler chez Coca-Cola. J’ai présenté mon mémoire au collègue exécutif de l’intercommunale du Brabant wallon. J’ai pensé que mon travail pouvait les intéresser." Elle y fera ses premières armes et apprivoisera rapidement les matières urbanistiques. "Ce sont tous les défis auxquels elle doit s’attaquer aujourd’hui", remarque André Flahaut.

L’arrivée du clan Michel

Le véritable lancement de sa carrière politique viendra plus tard. Un peu par hasard. On est en 2000. Pierre Huart, le bourgmestre de Nivelles, s’amuse toujours quand il raconte cette anecdote. "Son arrivée sur les listes électorales était tout à fait imprévue. C’était un second choix. Au moment de confectionner la liste électorale, une des personnes s’est désistée pour suivre son époux qui partait travailler en Italie. Cette dame m’a proposé Valérie De Bue. Elle habitait Nivelles depuis 1997. Elle s’est retrouvée troisième sur la liste", se souvient-il.

La suite est l’évolution presque logique d’un parcours politique classique et sans faute. Echevine de l’urbanisme à Nivelles (entre 2006 et 2017), en 2003, elle rejoint les bancs de la Chambre comme députée avant de plonger dans le chaudron wallon en 2014 comme parlementaire. "Elle a dû s’habituer à l’ambiance wallonne. C’est fort différent de la Chambre", se souvient un député.

Pour Valérie De Bue, "le MR est bien plus social que le PS." ©Debby Termonia

Mais l’élément déterminant pour la suite de sa carrière viendra plus tard. Entre l’hôtel de ville de Nivelles et le palais de nation à Bruxelles, Valérie De Bue rencontre le clan Michel. On est en 2000. Charles Michel vient d’être propulsé ministre wallon des Pouvoirs locaux à Namur. "C’était Louis Michel qui m’a contactée pour former le cabinet de son fils. Je ne connaissais pas ce nouveau ministre plus jeune que moi mais Louis m’avait déjà contactée en 1998. Je suis donc allée à ce rendez-vous." Elle sera engagée comme conseillère.

Le souvenir de cet entretien d’embauche, mené de front par le père et le fils Michel, lui rappelle cette histoire assez amusante autour d’une carte de parking. "Alors que Charles me demandait si j’avais une carte de parking, j’ai cru comprendre qu’il me demandait si j’avais ma carte de parti. Je lui ai dit non!" Elle en sourit toujours.

Cette fameuse carte de parti, elle la prendra finalement en 2002, au moment de la création du MR. Quand on lui demande aujourd’hui qui du père ou du fils a été son mentor en politique, elle hésite. "Dans mon enfance, la figure marquante, c’était Louis Michel, mais c’est Charles Michel qui a été à la base de mon engagement en politique." C’est d’ailleurs Charles Michel qui la contactera un matin de juillet 2017 pour lui proposer un poste de ministre au sein du gouvernement wallon emmené par le libéral Willy Borsus.

Libéralisme social

Chez les libéraux, on décrit Valérie De Bue comme une partisane du libéralisme social. "Ce n’est certainement pas une conservatrice. Je la vois plus comme une réformiste. Son côté libéral se retrouve surtout dans la gestion de la chose publique. Elle s’écarte vraiment de la gestion prônée par les socialistes", confirme Jean-Paul Wahl, chef du groupe libéral au Parlement wallon et un de ses proches dans son cercle politique. "Son discours n’est pas thatchérien. Il y a une sensibilité sociale réelle. Son discours et réaliste et pragmatique", reconnaît même un cador du PS.

Un brin provocatrice, Valérie De Bue va, elle, jusqu’à affirmer que le PS a perdu son âme sociale. "Après 18 ans au MR, je vous assure que le parti réformateur est bien plus social que le PS. Le secteur du logement public est à bout de souffle en Wallonie. Le nombre de personnes qui sont en attente d’un logement ne fait qu’augmenter. Au MR, nous avons moins de tabous que d’autres partis politiques en disant qu’il faut mobiliser le secteur privé pour construire de nouveaux logements." Elle en est d’ailleurs persuadée, l’état ne peut pas tout faire. "Il est normal qu’on ne trouve pas toutes les réponses. Le politique ne peut pas tout promettre. Il faut responsabiliser les gens. Nous sommes tous des acteurs."

La consécration

Fidèle en politique, décrite comme bosseuse et discrète, son parcours sans faute lui assure aujourd’hui une place de cadre au sein du MR. Il ne manquait plus que la consécration avec un macaron ministériel. Après une première rumeur la faisant ministre en 2014, son nom a encore circulé en avril 2016 au moment de remplacer Jacqueline Galant tombée en disgrâce au sein du gouvernement fédéral. "Elle a cru tout un temps qu’elle serait ministre de la Mobilité car comme députée à la Chambre, elle s’occupait de cette problématique. C’est finalement François Bellot qui a été appelé à rejoindre l’équipe Michel. Elle a dû encaisser la nouvelle", confirme un de ses proches au MR.

"Il fallait placer le Brabant wallon dans l’équilibre géographique au sein du gouvernement wallon."
Jean-Paul Wahl
Député libéral

Finalement, c’est le président du cdH Benoît Lutgen qui lui offrira ce portefeuille ministériel en éjectant le PS du gouvernement wallon cet été. "Le facteur géographique a joué en sa faveur. Il fallait placer le Brabant wallon dans l’équilibre géographique au sein du gouvernement wallon. Mais c’est un très bon choix. C’est une femme de qualité", assure Jean-Paul Wahl. "C’était le bon âge pour rentrer dans un gouvernement. Sa fidélité en politique paie aujourd’hui", constate un autre libéral. La voici donc ministre pour son grand bonheur. "C’est un poste que l’on ne refuse pas mais je ne vois pas cela comme un aboutissement. La fonction de parlementaire est aussi importante."

Propulsée ministre dans un gouvernement wallon dans des circonstances ternies par le décès d’un proche cet été, sa mission est périlleuse. A la tête des Pouvoirs locaux, tout le monde attend Valérie De Bue au tournant dans le dossier Publifin et la gouvernance. "Elle doit nettoyer les écuries wallonnes en gérant des dossiers polémiques comme Publifin et l’avenir de Stéphane Moreau (le CEO de Nethys, la filiale de Publifin, NDLR). Il y a de quoi se casser les dents, surtout que Stéphane Moreau est toujours en place et protégé par le monde liégeois", reconnaît un député de la majorité. Un socialiste attend pourtant qu’elle "sorte de sa zone de confort et aille au front".

Machisme politique

Dans la lumière médiatique avec Publifin sans courir après les médias, Valérie De Bue peut parfois donner l’impression de manquer d’assurance. Une interview sur les ondes de La Première où elle s’est montrée hésitante au moment d’évoquer l’avenir de Stéphane Moreau aurait pu lui coûter sa carrière politique. Un socialiste parlera même d’une interview "lunaire".

Certains ont été jusqu’à la voir comme le maillon faible du gouvernement. Mais "c’est un très mauvais procès" estime Jean-Paul Wahl. "Elle peut donner l’impression d’être hésitante mais ce n’est pas une femme politique faible. Dès qu’elle a une idée en tête, elle défend son dossier. Il ne faut pas perdre de vue que nous débarquons dans ce gouvernement et plus particulièrement dans ce dossier Publifin sans être préparé à le gérer. Nous n’avions pas une culture ministérielle. Nous avions une culture d’opposition. Notre arrivée cet été était inattendue. Il a fallu apprendre à vivre avec un partenaire que nous avions critiqué." Un autre libéral la trouve pourtant mal assurée. "Elle manque souvent d’assurance dans ses réponses au sein du bureau politique du parti. Elle est là parce que Charles la voulait mais elle ne sait pas trop comment elle doit faire."

Un membre de son cabinet ministériel fait pourtant remarquer qu’elle est tout aussi nouvelle ministre que Jean-Luc Crucke ou Pierre-Yves Jeholet. "C’est juste parce que c’est une femme qu’on l’attaque." D’autres la défendent en qualifiant le gouvernement wallon de machiste. "Il est difficile de se faire une place au soleil dans ce gouvernement relativement macho. On ne peut pas dire qu’il y a des grands progressistes de la cause féminine", observe un autre député socialiste.

Quand on lui pose la question du machisme en politique et plus largement celle de la place de la femme dans la société, Valérie De Bue reconnaît que le combat pour l’égalité homme-femme reste d’actualité. En politique comme dans la vie quotidienne, elle n’hésite pas à se définir comme une féministe. "Dans chacun de mes dossiers, j’essaie de voir comment la cause de la femme est prise en compte. Il y a encore du chemin à parcourir."

Et puis, derrière son profil de bonne gestionnaire, Valérie De Bue sait aussi cogner. C’était il y a quelques semaines, lors d’une séance plénière au Parlement wallon.

Questionnée par un député sur une sortie dans la presse de Muriel Targnion, la bourgmestre socialiste de Verviers, où elle demandait qu’on arrête d’évoquer le cas Moreau, Valérie De Bue eu des mots très durs en parlant de "déni".

Feuille de route

Pour ses proches, Valérie De Bue donnera tort à ses détracteurs. "Sa feuille de route est claire. Elle ne s’en écartera pas. Pression ou pas, elle va mettre les outils en place pour changer les choses dans les intercommunales", estime un de ses proches collaborateurs. Une mission sur laquelle compte beaucoup le MR en vue de la campagne électorale. "L’électeur doit se dire que le MR a fait son job et a nettoyé les intercommunales. Valérie De Bue est ici pour faire en sorte que la part du gâteau du MR grandisse."


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