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reportage

À Ghislenghien, du ginseng qui donne des ailes

©Tim Dirven

Où trouve-t-on le ginseng le plus premium? En Wallonie, pardi! La société Green2Chem a développé une technologie hydroponique de pointe qui lui permet de produire des plantes médicinales de qualité élevée et constante. De quoi faire grincer des dents jusqu’en Chine…

Dans un petit zoning industriel situé près de Ghislenghien pousse dans le plus grand des silences un ginseng wallon aux propriétés si précieuses que même la Chine nous l’envie. "Les Chinois n’arrivent pas à faire de l’hydroponie de ginseng et nous, en Belgique, nous avons la chance d’avoir un pool d’experts en agronomie", s’amuse Pierre-Antoine Mariage. Depuis 2011, le fondateur de Green2Chem et son associé Paul-Evence Coppée poursuivent la même ambition: produire des plantes médicinales avec une très haute qualité et une stabilité élevée pour pouvoir faire bénéficier au maximum l’être humain des bienfaits de ce type de phytomédecine. Et la tâche n’est pas aussi aisée qu’elle n’y paraît.

30.000 plantes utiles pour l’homme, 600 cultivables

Le ginseng? "C’est un stimulant ou un dynamisant qui permet de lutter contre le stress passager, d’être plus résilient."
Pierre-Antoine Mariage
CEO de Green2Chem

Les plantes médicinales sont connues et utilisées depuis des milliers d’années mais peu sont cultivables et les conditions de culture sont si particulières qu’elles rendent le processus très complexe et relativement cher. "Nous disposons d’énormément de connaissances autour de leur utilisation pour prévenir et soigner des maladies. Mais il faut pour cela des plantes de qualité, nous explique Pierre-Antoine Mariage, CEO de Green2Chem. Il y a 300.000 espèces de plantes dans le monde et 30.000 d’entre elles peuvent être utiles pour l’homme grâce à leurs propriétés médicinales. De ces 30.000 plantes, on sait en cultiver de manière industrielle environ 600. Le potentiel est donc énorme."

©shutterstock

Le ginseng est une racine qui pousse en forêt. Pour la produire, il faut raser une forêt et la planter dans le sol, la cultiver pendant six ans avant de la récolter. Durant tout ce temps, la plante a puisé beaucoup de nutriments et le sol s’est gorgé de pesticides. "Il n’y a donc plus rien qui pousse pendant 30 ou 40 ans et il faut cinquante ans pour retrouver un écosystème viable. C’est un grand problème en Chine où la culture de ginseng est la plus élevée. Le gouvernement chinois est en train de mettre des limites parce qu’il se rend compte de l’impact sur l’écosystème des forêts", commente Pierre-Antoine Mariage.

Autre souci, la qualité des plantes médicinales varie fortement en fonction de leur environnement. "Lorsque l’on fait des essais cliniques sur ces plantes, il est donc difficile de tirer des conclusions. On se base sur des substances actives mais il y en a tellement qu’on ne peut jamais être certain d’avoir le même effet thérapeutique", ajoute Pierre-Antoine Mariage. Il existe donc un réel besoin pour produire des plantes médicinales de qualité élevée et constante, et la technologie développée par Green2Chem permet d’y répondre.

Une qualité premium

©Tim Dirven

Green2Chem a développé une connaissance approfondie des plantes en collaboration avec l’UMons et le laboratoire de physiologie végétale de la Haute Ecole Condorcet qui lui permet de reproduire l’environnement naturel, et sauvage, du ginseng. "Cela nous permet de produire une racine de plante équivalente en termes de qualité à une plante sauvage", souligne Pierre-Antoine Mariage. À l’usage, 90% des utilisateurs ressentent les effets du ginseng au bout d’une dizaine de jours. "L’effet est dit adaptogène. C’est un peu un tonique non cardiaque. C’est un stimulant ou un dynamisant qui permet de lutter contre le stress passager, d’être plus résilient", résume Pierre-Antoine Mariage.

Pour être rentables, il faut qu’on atteigne 2 tonnes par an. Ce sera le cas en 2020."
Pierre-Antoine Mariage
CEO de Green2Chem

Concrètement, Green2Chem va faire croître rapidement les racines de plante dans un milieu liquide. "On les met dans les meilleures conditions pour qu’elles grandissent. Une fois qu’elles sont grandes, elles ne possèdent encore aucune propriété active. On leur fait croire alors que c’est le printemps. On leur met un peu plus de lumière, de température et on simule une attaque par des champignons et des insectes. Pour se défendre, elles se gorgent alors de principes actifs", explique Pierre-Antoine Mariage.

Jusqu’à 7 tonnes de ginseng par an

Green2Chem a débuté sa recherche en septembre 2014 en étroite collaboration avec la société Naturex "pour être certain que le produit correspondait bien à la demande du marché". Jusqu’à présent, la société et ses 9 collaborateurs ont produit 100 kilos de ginseng sec. Leur premier produit, baptisé Hrg80 pour hydroponique red ginseng, a été lancé en mai au salon Vitafood. "Nous avons eu tellement de demandes que nous sommes sold-out. C’est la raison pour laquelle nous allons augmenter notre production", se réjouit Pierre-Antoine Mariage.

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La société déménagera prochainement dans une nouvelle ferme verticale qui appartenait autrefois à la holding Floridienne. "Dans ce bâtiment, nous serons capables de cultiver 7 tonnes de ginseng par an. Sachant qu’il faut un hectare de culture dans la nature pour produire 2,5 tonnes de ginseng tous les six ans, notre production sur le même laps de temps sera équivalente à 16,8 hectares de culture dans la nature", commente Pierre-Antoine Mariage.

Pour soutenir sa croissance, Green2Chem devra également engager du personnel. Il faut en moyenne 3 ouvriers par tonne. Donc pour 2,5 tonnes, il faudra 8 ouvriers et pour 7 tonnes, 21 ouvriers. "Les coûts de production au kilo sont plus élevés que la culture en champs mais ramenés en pourcentage de matières actives, nous sommes moins chers. Pour être rentables, il faut qu’on atteigne 2 tonnes par an. Ce sera le cas en 2020", assure Pierre-Antoine Mariage.

La société possède en outre un pipeline d’une trentaine de plantes mais toutes n’ont pas encore forcément un marché. C’est le cas de plantes rares et protégées comme l’hydraste du Canada ou encore la sauge tibetaine. "C’est un peu le serpent qui se mord la queue. Si certaines plantes existent dans l’environnement mais ne sont pas accessibles, il n’y a pas de marché", conclut Pierre-Antoine Mariage.

©Tim Dirven

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