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Anthony Martin veut créer une seule unité d'emballage pour ses trois brasseries

Anthony Martin ©Dieter Telemans

Le groupe ne se contente plus de multiplier les microbrasseries, il va centraliser l’activité "conditionnement", tout en l’ouvrant aux tiers.

Anthony Martin, le CEO du groupe brassicole John Martin, fourmille d’idées. Pour les trois ans à venir, il concocte un plan d’investissement de 10 millions d’euros, avec au programme notamment l’ouverture d’une quatrième microbrasserie à Anvers et la construction d’une usine centrale de packaging qui travaillerait pour l’ensemble des brasseries qu’il pilote.

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Le groupe commercialise 250.000 hectolitres de bière par an, dont environ 50.000 hl sont produits dans les trois brasseries artisanales qu’il possède en Belgique: Bourgogne des Flandres à Bruges, Ferme de Mont Saint-Jean à Waterloo et Timmermans à Itterbeek (Dilbeek).

Ses autres bières sont produites chez des partenaires brasseurs, qui appliquent ses recettes propres, sans oublier l’activité historique du groupe, à savoir l’importation en Belgique des bières de la marque Guinness, qui représente grosso modo un cinquième du volume total.

Croissance de 5% par an

Depuis qu’il a repris l’activité en main en 2004, Anthony Martin enregistre une croissance de ses volumes de quelque 5% par an. Il projette à présent d’ajouter une quatrième unité de production propre à Anvers, dans les bâtiments utilisés par son grand-père importateur il y a plus d’un siècle. "On continuerait de brasser notre Pale Ale traditionnelle chez notre partenaire Palm, souligne-t-il, tandis qu’à Anvers, on exhiberait des anciennes recettes, comme la Indian Pale Ale par exemple, tout en brassant aussi des ales plus expérimentales."

10 millions €
Le groupe John Martin prévoit d’investir 10 millions d’euros sur trois ans, notamment dans sa future unité centrale de conditionnement et dans l’ouverture d’une quatrième microbrasserie.

Le groupe vient par ailleurs d’acquérir les bâtiments de Timmermans (il avait repris l’activité et la marque en 1993). Il va saisir l’occasion pour réorganiser "la plus ancienne brasserie lambic au monde" (elle date de 1702), qu’il a sauvée de la destruction – un projet immobilier visait à la transformer en appartements.

"Dans les trois ans, explique le CEO, on va évacuer les installations modernes, ainsi que l’unité de sous-tirage de la brasserie vers un site plus approprié. On va restaurer entièrement le bâtiment pour le remettre dans son jus d’antan, avec ses cuves ouvertes pour faire bénéficier les brassins du processus de fermentation spontanée propre aux lambics." Autrement dit, les volets "brasserie" et "assemblage" de bières demeureront chez Timmermans.

Dans un des Brabant

Ce projet implique la création d’un nouveau site de production, qui sera dédié entre autres à la mise en bouteille des bières lambic produites chez Timmermans. Mais pas uniquement… "On planche sur un site central, qui réunirait les produits de nos différentes brasseries artisanales pour les mettre en bouteilles, en canettes ou en fûts." Economies d’échelle en vue.

Le groupe n’a pas encore choisi le lieu d’implantation de l’usine, mais ce devra être aux alentours de Bruxelles, dans un des deux Brabant. Cette unité de conditionnement pourra également mettre en bouteilles pour les brasseurs artisanaux tiers qui le souhaiteraient. Elle débutera avec une quinzaine d’emplois. À suivre…

"Dès 1985, j'avais prévu la renaissance des bières de tradition"

Êtes-vous en train de vous ériger en conservateur du patrimoine lambic?

Peut-être pas en conservateur du lambic, mais en conservateur, certainement! Déjà par son histoire, ma famille a toujours compté dans ses priorités la conservation du patrimoine. Voyez ce que nous faisons au sein groupe hôtelier Martin: je songe à la transformation de la Sucrerie de Waterloo, à celle du château du Lac à Genval, à celle de l’église à Machelen… Et oui, le lambic est capital.

Quand on a racheté la marque Timmermans en 1993, les gens nous ont pris pour des fous en disant que le lambic était fini. Personne n’a compris pourquoi nous, John Martin, on entrait dans le monde du lambic… Pourtant en 1985, déjà, j’avais donné une conférence lors d’un séminaire organisé par Canadean (Global Data) à Londres, où j’avais prévu la renaissance des bières de tradition. La reprise de la brasserie Timmermans a été le premier grand pas vers le retour de l’artisanat. Il nous a quand même fallu 25 ans pour racheter le bâtiment et la brasserie dans sa globalité, brasserie qui sinon était vouée à la démolition…

Cela vous a-t-il coûté cher?

L’acquisition de bâtiments culturels anciens est souvent onéreuse, pas seulement du fait de leur achat mais aussi en raison des transformations qui sont nécessaires par la suite. Ce sont toujours des solutions bien plus chères que la création d’unités neuves: comptez le double du prix environ.

Ces acquisitions sont-elles supportées à 100% par votre groupe?

Oui. Sans subsides. On fait à présent en sorte que le bâtiment Timmermans soit classé (en Flandre, NDLR). Suite au classement, nous espérons pouvoir bénéficier de certains subsides pour les travaux les plus importants, tels que le remplacement de la toiture ou le renforcement des murs.

Allez-vous ajouter à cela une dimension muséale sur l’univers du lambic?

Oui. Comme nous l’avons fait à Bruges, où nous avons recréé la brasserie Bourgogne de Flandres à quelques mètres de là où elle se situait en 1957. Nous y avons ouvert aussi une activité muséale. Avec succès: elle est aujourd’hui n°3 des endroits à visiter à Bruges sur Tripadvisor. On vise là les 50.000 visiteurs annuels. Et pourquoi ne répliquerait-on pas ce succès au niveau du lambic, chez Timmermans, au cœur du Pajottenland?

Quels sont vos projets pour Waterloo?

La transformation complète des bâtiments en un centre d’interprétation du rôle de la Ferme de Mont Saint-Jean sur le champ de bataille de Waterloo, d’une part, et du rôle de cet endroit dans l’histoire des grandes fermes brabançonnes, d’autre part. Cela passe par la brasserie, la distillerie, la fromagerie, la poterie aussi et, pourquoi pas, par une chocolaterie? On y retrouvera à terme tous les métiers de la bouche qui tournent autour de l’agriculture.

Nous avons négocié durant de nombreuses années avec les autorités pour obtenir un permis d’exploitation, un permis d’environnement et un permis de construire. Nous avons enfin réussi à les obtenir. Nous allons terminer la reconstruction de la ferme comme elle a toujours été, avec le bâtiment classé dénommé l’Hôpital des Anglais (c’est l’aspect muséal); on a encore environ 12 mois de travaux à l’issue desquels la ferme sera entièrement restaurée.

Et à la place des anciennes étables, on va reconstruire un bâtiment horeca et muséal qui contiendra un restaurant, une salle de dégustation ainsi que d’énormes caves de vieillissement de produits: bière, whisky, fromages et compagnie. Ce sera un centre entier dédié à l’artisanat brabançon.

 

©Dieter Telemans

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