Le wallon N-Side s'arme contre les Gafa dans la data

Philippe Chevalier, cofondateur de N-Side, et Jacques Parlongue, son CEO. ©Dieter Telemans

Fort d’une levée de fonds de 5 millions d’euros, le spécialiste de l’analyse de données pour la pharma et l’énergie entend muer vers un modèle orienté logiciel.

Coup d’accélérateur pour N-Side. L’entreprise néo-louvaniste spécialisée en analyse de données vient de conclure un accord en vue de la levée de quelque 5 millions d’euros auprès de la Région wallonne et de Belfius.

L’idée? "De donner un coup de boost à la croissance", explique Jacques Parlongue, CEO d’N-Side, d’environ 30% par an depuis son arrivée il y a quatre ans maintenant. Une avancée qui passera par une adaptation du business model actuel, l’entreprise devant passer d’une société de services sur-mesure à la commercialisation d’une solution logicielle d’analyse avancée de données. Sans abandonner son premier cheval de bataille complètement. En fait, "on vise une croissance combinée, mais accélérée via ce modèle de licences", résume l’homme aux commandes.

Tendance de fond

5 millions €
La pépite technologique wallonne a conclu un accord en vue de la levée de quelque 5 millions d’euros auprès de la Région et de Belfius.

Une tendance de fond sur le marché. Car, "après les premiers pas du big data, les entreprises en sont vite arrivées à se demander ce qu’elles pouvaient faire des données collectées, en termes d’analyse et de représentation, ce qui a amené à l’émergence de plateformes de business intelligence (facilitant les choix des décideurs et dirigeants d’entreprises, NDLR) notamment. Nous, nous avons toujours été plutôt actifs sur la partie modélisation et optimisation, avec la création de modèles numériques permettant de les faire évoluer et de les comparer", résume Jacques Parlongue. "Un créneau où l’on a été précurseur, avant que ça devienne trendy".

Un pas logique donc, mais qu’N-Side ne fait pas sans expérience. Fondée en 2000 par deux chercheurs, Philippe Chevalier et Yves Pochet, elle emploie aujourd’hui 80 personnes et est en marche pour atteindre les 10 millions d’euros de chiffre d’affaires cette année, se félicite son CEO. Spécialiste du "data analytics", la scale-up travaille sur deux axes principaux que sont la pharma (60% des revenus) et l’énergie (40%).

Modélisation numérique

D’un côté, elle s’occupe de la gestion des essais cliniques grâce à un modélisation numérique de l’ensemble de la supply chain. Car, du fait que "ces essais sont sujets à une variabilité énorme, ils doivent être réalisés rapidement partout dans le monde (pour maximiser le temps d’utilisation commerciale du brevet, NDLR), sans savoir dans quels hôpitaux les futurs patients rejoindront le programme, ni quels seront les niveaux de dose ou les évolutions de traitement en cours de route. À cela, s’ajoute le passage de l’industrie vers des molécules organiques, ce qui entraîne une hausse en flèche du prix des médicaments et un problème côté capacité de production, avec des dates de péremption plus courtes". Là, N-Side permet des scénarios et d’optimiser l’ensemble de la chaîne auprès de 50% du top 20 mondial du secteur.

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De l’autre, pour ce qui est de l’énergie, activité plus récente, tout a démarré avec le projet Euphemia, du nom de l’algorithme qui fixe tous les jours la référence de prix au niveau européen sur le marché de l’électricité. "Un domaine assez chaud aujourd’hui, sourit Jacques Parlongue, toute l’Europe étant interconnectée et s’échangeant continuellement des ressources. Une bonne chose pour la Belgique. Surtout prochainement". Cela a formé l’entreprise, de par la responsabilité d’un système où circulent 200 millions d’euros par jour. De là, elle a capitalisé sur cette carte de visite pour servir Bourses, opérateurs, producteurs… mais aussi industrie, où elle conseille à quel moment produire en fonction des prix.

Autant d’activités où elle se retrouve en concurrence avec les Gafa, côté ressources humaines, qui "cherchent exactement le même genre de profils", soit des spécialistes en maths appliquées, précise le patron.

Pour faire face, N-Side se doit donc d’investir fortement dans son personnel. Et lequel… Plus d’un tiers sont docteurs, quand plus de 90% ont au moins un master en poche. Ce qui n’a rien d’illogique, après tout, "on ne produit que de l’intelligence, indique Jacques Parlongue. Ça demande d’avoir des personnes aux formations très poussées (résultat, les ressources en personnes pèsent près de 80% des coûts dans la boîte, NDLR). Aujourd’hui, de par nos applications très métier, l’on cherche aussi des ingénieurs commerciaux et des bioingénieurs".

2014, année charnière

Ce vaste plan de transformation est né d’un changement stratégique majeur opéré en 2014, moment où le capital a été ouvert et où Jacques Parlongue est venu prendre les rênes de l’entreprise "avec l’objectif de continuer à se développer de manière plus professionnelle pour croître encore plus vite", explique Philippe Chevalier, cofondateur. À l’époque, ont fait leur entrée au board et à l’actionnariat, François le Hodey (IPM), Jean Stéphenne (Bone Therapeutics), Jacques van Rijckevorsel (Cliniques Saint-Luc et Cofinimmo), Gaëtan Hannecart (Matexi), Constantin Blome (UCL et université du Sussex), Yves Crama (HEC Liège), Jean-Roger de Bandt (Traxxeo).

Interrogé sur ce qu’il verrait bien comme prochain défi, Philippe Chevalier est clair: "On pourrait être plus connu en Belgique. Quand on regarde la situation, on a parfois eu l’impression de ne pas être prophète dans notre propre pays puisqu’entre 80 et 90% de notre chiffre d’affaires se fait à l’étranger. Il y a certainement plus de possibilités ici."

De spin-off à pépite mondiale

N-Side n’a rien d’un nouveau venu sur le marché. L’histoire de l’entreprise remonte à l’an 2000 déjà. À l’époque, ce qui n’est encore qu’un simple projet naît d’une "double frustration", se souvient Philippe Chevalier, professeur à la Louvain School of Management (UCL) et cofondateur d’N-Side. "D’une part, le fait que les entreprises n’utilisaient pas les méthodes d’optimisation qui se développaient pourtant à toute vitesse, quand, d’autre part, les contrats de recherche, que je recevais en tant que professeur pour développer des prototypes, débouchaient sur pas grand-chose, alors même que l’université fournissait à ses partenaires le code, toute la documentation et une explication de tout ce qui avait été fait. Les entreprises nous disaient en fait qu’elles n’avaient aucun informaticien à disposition capable de mettre en œuvre le genre de modèles que nous développions."

Là, le jeune professeur qu’il est alors comprend qu’il a une carte à jouer, que ce soit pour faire connaître les capacités des méthodes employées, permettant de faire plus avec moins, ou bien même tout simplement pour accompagner leur implémentation dans le monde professionnel. Il fonde alors N-Side, aux côtés d’un collègue, Yves Pochet, aujourd’hui devenu directeur logistique chez Puratos, à une époque où les spin-offs sont en vogue.

Le départ? Une réduction de 30% des stocks chez Stow

Au départ, l’équipe qui porte le projet est constituée d’un noyau de trois personnes, les deux fondateurs ayant été rejoints par une chercheuse qui faisait à l’époque un doctorat et s’intéressait à l’aventure. Puis, "cela a très vite pris".

En effet, après avoir gagné une bourse de la Fondation Roi Baudouin, un membre du jury, en la personne de Philippe D’heygere (aujourd’hui actionnaire et patron du producteur de machines à laver Lapauw), les a rapidement recontactés. À la tête du spécialiste ouest-flandrien du rayonnage industriel Stow, le patron leur dit chercher exactement la solution développée par N-Side et leur demande, dans la foulée, de commencer leur mission sur-le-champ. "On a donc dû démarrer l’activité en catastrophe, sourit Philippe Chevalier. Nous avons été chargés de la rationalisation et de l’amélioration du planning de production." Avec succès puisque la jeune pousse permet alors une réduction de 30% des stocks.

De spin-off à pépite mondiale, tout en discrétion

N-Side n’a rien d’un nouveau venu sur le marché. L’histoire de l’entreprise remonte à l’an 2000 déjà. À l’époque, ce qui n’est encore qu’un simple projet naît d’une "double frustration", se souvient Philippe Chevalier, professeur à la Louvain School of Management (UCL) et cofondateur d’N-Side. "D’une part, le fait que les entreprises n’utilisaient pas les méthodes d’optimisation qui se développaient pourtant à toute vitesse, quand, d’autre part, les contrats de recherche, que je recevais en tant que professeur pour développer des prototypes, débouchaient sur pas grand-chose, alors même que l’université fournissait à ses partenaires le code, toute la documentation et une explication de tout ce qui avait été fait. Les entreprises nous disaient en fait qu’elles n’avaient aucun informaticien à disposition capable de mettre en œuvre le genre de modèles que nous développions."

Là, le jeune professeur qu’il est alors comprend qu’il a une carte à jouer, que ce soit pour faire connaître les capacités des méthodes employées, permettant de faire plus avec moins, ou bien même tout simplement pour accompagner leur implémentation dans le monde professionnel. Il fonde alors N-Side, aux côtés d’un collègue, Yves Pochet, aujourd’hui devenu directeur logistique chez Puratos, à une époque où les spin-offs sont en vogue.

Le départ? Une réduction de 30% des stocks chez Stow

Au départ, l’équipe qui porte le projet est constituée d’un noyau de trois personnes, les deux fondateurs ayant été rejoints par une chercheuse qui faisait à l’époque un doctorat et s’intéressait à l’aventure. Puis, "cela a très vite pris".

En effet, après avoir gagné une bourse de la Fondation Roi Baudouin, un membre du jury, en la personne de Philippe D’heygere (aujourd’hui actionnaire et patron du producteur de machines à laver Lapauw), les a rapidement recontactés. À la tête du spécialiste ouest-flandrien du rayonnage industriel Stow, le patron leur dit chercher exactement la solution développée par N-Side et leur demande, dans la foulée, de commencer leur mission sur-le-champ. "On a donc dû démarrer l’activité en catastrophe, sourit Philippe Chevalier. Nous avons été chargés de la rationalisation et de l’amélioration du planning de production." Avec succès puisque la jeune pousse permet alors une réduction de 30% des stocks.

 


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