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Les Écuries d'Ecaussinnes, foyer des futurs champions asiatiques

©Anthony Dehez

Depuis 1997, les Écuries d’Ecaussinnes se sont construites une réputation dans l’élevage équestre haut de gamme. Son propriétaire, Christophe Ameeuw, s’est mis en tête de populariser le sport équestre. Pour cela, il mise sur l’organisation d’événements alliant sport, grand spectacle et happening mondain.

Un havre de tranquillité, au cœur d’une campagne paisible jalonnée de quelques ondulations rompant discrètement la monotonie du relief. C’est ici, sur ces quelque 25 hectares de prairies, pistes d’entraînement et autres stalles ultramodernes, que Christophe Ameeuw gère depuis plus de vingt ans les Écuries d’Ecaussinnes.

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Les installations équestres de la localité hennuyère hébergent ce que l’on fait de mieux en matière d’élevage et de "façonnage" de chevaux. En temps normal, les écuries créées par ce self-made-man hébergent 105 chevaux. Mais jusqu’il y a quelques jours, la plupart étaient disséminés aux quatre coins du monde: à Wellington, à Paris ou encore en Espagne. La rançon de la gloire.

La cinquantaine tout juste franchie, ce natif de Schaerbeek qui a grandi à Ecaussinnes dirige la société EEM (Equestrian Event Management). Son créneau de prédilection: l’événementiel qui permet de rassembler un maximum de monde autour de la plus noble conquête de l’homme. L’entreprise, qui dispose de bureaux à Paris, Hong Kong et Los Angeles, emploie une cinquantaine de personnes, dont 25 à Ecaussinnes. Son chiffre d’affaires tourne autour de 20 millions d’euros.

Le cheval dans le sang

Le cheval, Christophe Ameeuw l’a dans le sang depuis sa plus tendre enfance. "Mes parents nous ont installés dans une maison voisine d’une écurie. C’est là que j’ai été pris par le virus de l’équitation. J’ai commencé à y travailler, tout en montant de temps en temps. Après coup, je peux dire que les chevaux m’ont obligé à me responsabiliser", raconte-t-il.

©Anthony Dehez

Bon cavalier, ce passionné comprend vite que son niveau ne lui permettra pas d’atteindre les sommets. Faute de disposer des moyens qui lui permettraient de se lancer dans l’élevage de chevaux, il se découvre un don pour la vente et enchaîne les métiers commerciaux. Il vend des voitures, des vérandas, des cuisines…

En 1997, l’ancien voisin d’Ecaussinnes met ses écuries en vente. Christophe Ameeuw saute sur l’occasion et s’associe à son ami Jos Kumps, un cavalier de haut niveau. Ce dernier prend en charge la formation des cavaliers. Lui s’occupe de la partie commerciale. Une bonne année plus tard, Jos Kumps part à l’étranger. Christophe Ameeuw rachète ses parts et poursuit seul le projet.

Le nouveau propriétaire des Écuries d’Ecaussinnes fourmille d’idées pour développer cette nouvelle activité qui lui permet de faire de sa passion un métier. Il achète des chevaux, les élève, les "façonne" – autrement dit il les habitue à la conduite de l’homme et leur donne une allure gracieuse et régulière – puis les revend.

Son entregent et sa grande connaissance du monde équestre permettent à Christophe Ameeuw d’accroître progressivement la notoriété des Écuries d’Ecaussinnes. Celle-ci se taille une belle réputation dans le négoce de chevaux de sport, dans l’élevage haut de gamme et dans le coaching des cavaliers de haut niveau. La propriété, limitée à 2 hectares en 1997, s’étend peu à peu.

©Anthony Dehez

En 2004, le propriétaire des écuries hennuyères décide de se lancer dans un nouveau créneau d’activité: l’événementiel. Il commence par relancer le Jumping de Bruxelles. Mais très vite, il ressent l’envie de réinventer le saut d’obstacles en organisant des événements inédits.

Il crée alors le concept des Masters, qui associe en un même lieu le meilleur du saut d’obstacles, le spectacle et le rendez-vous mondain.

En 2009, la société Equestrian Event Management qu’il vient de mettre sur pied relance le Jumping de Paris. En collaboration avec la célèbre maison italienne Gucci, le Grand Slam Indoor voit le jour sous le nom de Gucci Paris Masters et devient rapidement le plus grand rendez-vous équestre en France, avec près de 200.000 visiteurs chaque année.

Sur trois continents

Le concept des Masters s’étend ensuite à Hong Kong. Le Longines Hong Kong Masters est inauguré en 2013 et devient la première compétition de saut d’obstacles 5 étoiles en Asie après les Jeux Olympiques de Pékin 2008.

En 2014, EEM implante les Longines Masters à Los Angeles. Là aussi, le succès est d’emblée au rendez-vous. Trois ans plus tard, l’épreuve est délocalisée à New York. Élue meilleure compétition indoor de saut d’obstacles en Amérique, la série Masters Grand Slam est officiellement reconnue par la FEI (Fédération équestre internationale).

©Anthony Dehez

Riche de ce nouveau succès, EEM officialise l’année suivante, en partenariat avec la maison horlogère suisse Longines, la série Longines Masters sur trois continents. À Los Angeles (puis New York), Paris et Hong Kong, avec une diffusion dans plus de 120 pays, l’événement touche près de 800 millions de foyers.

Autour de l’excellence équestre, les rendez-vous allient spectacle, glamour, art contemporain et gastronomie, tout en réunissant les passionnés de sport, les amateurs, les célébrités et les décideurs d’entreprise du monde entier.

Pour Christophe Ameeuw, c’est à Hong Kong que la mayonnaise a le mieux pris. "Les gens là-bas ne connaissent pas les chevaux. Ils viennent voir un spectacle. Hong Kong est devenu un hub qui nous permet de bien nous renforcer en Asie. Peut-être irons-nous en Chine d’ici dix ans, mais nous voulons d’abord créer un Davos équestre à Hong Kong."

"Paradoxalement, la culture du cheval plus développée en Europe et en Asie nous dessert. Ce sport a une image plutôt has been."
Christophe Ameeuw
Propriétaire des Écuries d’Ecaussinnes

En Europe et en Amérique, les choses évoluent moins vite. "Paradoxalement, la culture du cheval plus développée en Europe et en Asie nous dessert. Le sport équestre y a une image de marque plutôt has been", dit le propriétaire des Écuries d’Ecaussinnes.

Organiser tout cela à partir de la Belgique ne pose aucun problème, selon lui. "La Belgique est un véritable hub équestre, du fait de son accès aisé au trafic aérien. L’aéroport de Liège s’est notamment spécialisé dans le transport de chevaux, un domaine dans lequel il a acquis une grande expertise. Sans compter le réseau autoroutier et la situation du pays au cœur de l’Europe."

Le nec plus ultra

La situation géographique n’est pas le seul élément favorable. Les écuries de Christophe Ameeuw offrent en effet le nec plus ultra dans le domaine équestre. "Les Écuries d’Ecaussinnes, c’est comme un vignoble. Comme le terroir fait fructifier les vignes, nous faisons grandir les chevaux. Une de nos activités principales, c’est de développer des champions, tant du côté des chevaux que des cavaliers."

©Anthony Dehez

Depuis l’après-guerre, les éleveurs belges ont développé une race qui produit les meilleurs sauteurs actuels. Et cela se sait. Et ils se donnent les moyens de leur politique en s’entourant des compétences et équipements nécessaires (vétérinaires, maréchaux-ferrants, prestataires logistiques, nourriture, confort des chevaux).

En témoignent les infrastructures de qualité offertes par la plupart des centres équestres du pays, dont les plus connus sont gérés par d’anciens champions comme Ludo Philippaerts, meilleur cavalier de saut d’obstacles belge de l’histoire, à Meeuwen-Guitrode (Limbourg), ou encore François Mathy, double médaillé de bronze aux JO de Montréal, à Aywaille, en région liégeoise.

À Ecaussinnes, le visiteur est ainsi frappé par la qualité des stalles et des pistes d’entraînement. La piste indoor en sable, par exemple, garde une hygrométrie constante grâce à la couche de mousse placée sous le sable, qui lui confère une souplesse optimale. Les connaisseurs ne s’y trompent pas. Outre de grands champions du sport équestre comme les Brésiliens Nelson et Rodrigo Pessoa, le Canadien Eric Lamaze ou les Belges Jérôme Guéry et Jos Lansink, one ne compte plus les célébrités passées par les installations d’Ecaussinnes, de Guillaume Canet à Jessica Springsteen, la fille de la star du rock américain, en passant par la fille de Bill Gates.

©Anthony Dehez

Tout cela a bien sûr un coût, qui peut être conséquent. "Hors entraînement et compétition, il faut compter au minimum 500 euros par mois pour l’entretien d’un cheval", dit Anouk Blain-Mailhot, directrice du marketing d’EEM. Pour les chevaux de compétition, la facture mensuelle peut dépasser les 1.200 euros si l’on inclut les frais annexes comme les amortissements, les assurances ou l’énergie nécessaire pour les soins (couvertures et lampes chauffantes, bains refroidissants…).

Mais le jeu peut en valoir la chandelle. Car la vente de chevaux haut de gamme peut atteindre des sommets. "Certains grands champions peuvent se vendre à 10 ou 12 millions d’euros", affirme Christophe Ameeuw. A fortiori quand il est jeune. En jumping, le cheval entame sa carrière vers 8 ou 9 ans, celle-ci pouvant se prolonger jusque vers 16-18 ans.

Si l’activité équestre est onéreuse, elle est aussi gratifiante, estime le patron des Écuries d’Ecaussinnes. "Élever un cheval de course n’est pas très compliqué. Tout est dans son ADN, on ne peut pas augmenter sa capacité de vitesse. Un cheval de jumping, par contre, peut évoluer au fil de la relation que l’on noue avec lui. On peut nouer avec lui une relation forte. Un cheval peut vous sauver de beaucoup de vos démons."

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