Un nouveau fonds de 30 millions pour Internet Attitude

Thierry Beauvois TreeTop Asset Management ©Dieter Telemans

Le fonds d’investissement wallon concentré sur l’internet est devenu une pricaf privée. Cette mue lui permettra d’ouvrir un second compartiment et de lever trois fois plus de moyens.

Spécialisé dans les jeunes entreprises en croissance actives sur le web, le fonds d’investissement Internet Attitude fait sa mue. Ce véhicule de venture capital lancé en 2010 par Olivier de Wasseige, l’actuel administrateur délégué de l’Union wallonne des entreprises, vient de changer de forme juridique pour adopter le statut de pricaf privée. Pour l’occasion, ses actionnaires ont recréé une nouvelle société au même nom, dans laquelle ils ont transféré le portefeuille qui comprend six participations. Le changement n’est pas que cosmétique, comme nous l’expliquent les dirigeants du fonds wallon.

"Notre mission est de réunir un groupe d’investisseurs partageant la même philosophie et soucieux d’irriguer le tissu économique des PME en Belgique et en Europe, dit son CEO Benoît Georis pour planter le décor. Nous ciblons des sociétés en phase de croissance commerciale. Nous ne sommes donc pas un fonds d’amorçage, il faut que la cible ait un modèle économique déjà démontré. Et bien sûr, qu’elle ait une vocation internet."

30 millions €
Internet Attitude pèse 10 millions d’euros. Ses dirigeants songent à lancer un nouveau compartiment où ils tripleraient la mise.


Le fonds, qui s’est doté d’un comité d’investissement comptant une vingtaine d’experts, n’a pas chômé depuis sa création il y a neuf ans. "Nous avons vu plus de 1.000 dossiers, nous en avons analysé une centaine et investi dans douze, résume Benoît Georis. Six d’entre elles ont été classées comme pépites." Cinq ont donné de moins bons résultats: Internet Attitude est sortie des cinq sans casse (elles ont poursuivi leur vie avec d’autres actionnaires). Quant à la dernière, elle a été revendue… deux fois, puisque sa première "incarnation", Social Karma, a été rachetée par Synthesio, dans laquelle le fonds a réinvesti, avant que Synthesio ne soit elle-même rachetée l’an dernier par Ipsos, le géant français des études de marché.

Thierry Beauvois. ©Dieter Telemans

Six pépites, trois constats

Constitué en 2010 pour une durée de vie de dix ans, Internet Attitude s’apprêtait à aborder la dernière phase de son déploiement avec ces six sociétés en portefeuille (lire ci-contre). "Deux pépites très attrayantes, Solendro et Auctelia, deux autres profitables et en pleine croissance, Freedelity et Targer2Sell, et deux moins matures, Ambassify et CV Trust", poursuit le CEO.

"Nous avons fait trois constats, souligne Thierry Beauvois, qui préside le conseil du fonds. Un, le développement de nos pépites prend plus de temps que prévu; il serait dommage de forcer la sortie du fonds de leur capital. Deux, avec les changements législatifs récents sur les organismes de placement collectif alternatifs, on devait se (re) mettre en conformité. Trois, nos actionnaires ont exprimé la volonté de créer un Internet Attitude n°2 pour prendre le relais et assurer la continuité du ‘deal flow’. Ces trois raisons nous ont poussés à faire évoluer la société."

Les pépites en portefeuille
Freedility

Logiciel de CRM (gestion de la relation client) pour le secteur retail. La base de données clients est mise à jour en permanence. En Profit. Limitée au marché belge.

Target2Sell

Solution d’intelligence artificielle pour e-commerçants, qui personnalise l’expérience de shopping du client. En profit. Active en France, Espagne et Russie.

Auctelia

 Site de revente de matériel industriel de 2e main par enchères, avec un service client développé. En profit depuis 2 ans. 15 emplois.

Solendro

Site de vente de sous-vêtements masculins. Postule que les hommes achètent souvent les mêmes et génèrent peu de retours. Forte croissanceRentable en France, a investi aussi en Espagne et Allemagne.

Ambassify

A mis au point un outil pour développer la notoriété des marques via les influenceurs. Plus présente en Flandre. Pas encore bénéficiaire en 2017.

 

CVtrust

Solution de diplôme numérique certifié. Son premier marché est la France, où de grandes écoles ont signé. Pas encore bénéficiaire, mais croissance constante.


Montée en puissance

Le choix de la nouvelle structure s’est porté sur la pricaf privée, parce qu’elle "correspond à nos atouts", dixit Benoît Georis. La loi du 26 mars 2018 a, pour rappel, rendu ce véhicule d’investissement plus attrayant que par le passé: possibilité de créer des compartiments, suppression de l’interdiction de détenir une part majoritaire, etc.

Sous son nouvel habit, le fonds est reparti pour douze ans. Ses pères prévoient de saisir l’occasion pour y ouvrir, à terme, un deuxième compartiment. "Quand on aura réalisé une transaction sur une de nos pépites pour matérialiser notre performance, on déclenchera le processus", précise Benoît Georis. Ses associés et lui en profiteront pour augmenter sa taille. Le premier fonds avait été formaté pour héberger pour 10 millions d’euros d’investissements: 5 millions en prises de participation minoritaires et 5 autres millions pour suivre les tours suivants. Ce modèle a généré plusieurs contraintes, expose le CEO: "Comme on ne pouvait investir plus de 20% du fonds dans une société (répartition des risques), on était coincé à maximum 2 millions par entité. Or si le ticket initial est trop petit, on obtient peu de pourcent du capital et donc peu d’influence dans la société." Alors qu’une des marques de fabrique d’Internet Attitude est qu’elle accompagne l’entrepreneur en puisant dans son équipe d’experts.

Conclusion, les associés envisagent de lever davantage de fonds au sein du futur compartiment. "On n’a pas encore pris de décision, nuance Thierry Beauvois, mais on est prêts. On a appris énormément de choses durant ces neuf années. On n’est plus des novices, on a une belle expérience de gestion. Utilisons le nouveau compartiment pour nous améliorer et mieux cibler encore nos investissements."

Le fonds, qui s’est donné pour mission de produire, au stade des premiers tours ("early stage"), des scale-ups en devenir en prenant des parts de 20 à 30%, aimerait détenir à terme une dizaine de participations de 3 à 4 millions. Ce qui présuppose une levée de fonds d’une trentaine de millions d’euros. CQFD?

Lire également

Publicité
Publicité