reportage

À Wavre, chez GSK, le plus grand site de production de vaccins au monde

Dernière étape avant la libération des lots, le conditionnement fait lui aussi l’objet de contrôles très poussés. ©Tim Dirven

En une décennie, le géant britannique a investi 3 milliards d’euros dans ses infrastructures belges dédiées aux vaccins.

Du haut d’une baie vitrée, les visiteurs peuvent apercevoir différentes unités de production où s’entremêlent cuves, vannes et tuyaux de toutes tailles. Complètement désert, l’endroit pourrait faire penser à une brasserie ou à une cuisine industrielle. Seul le passage d’un opérateur en combinaison bleue, ganté et masqué, ainsi que les procédures de sécurité draconiennes pour entrer dans le bâtiment, rappellent qu’il n’est nullement question ici d’alimentaire, mais bien de vaccins.

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Nous sommes dans un des deux bâtiments flambant neufs érigés par GSK Vaccines sur son implantation de Wavre, le plus gros site de production de vaccins au monde. Un peu moins de 7.000 personnes y travaillent quotidiennement. GSK à Wavre, c’est une surface totale de 550.000 m2. L’équivalent de 70 terrains de football. Une ville dans la ville.

Le géant pharmaceutique britannique – 100.000 emplois dans le monde et un chiffre d’affaires de 34 milliards d’euros – a exceptionnellement ouvert les portes de certaines de ses installations à quelques journalistes en vue de la journée mondiale contre la polio de ce 24 octobre.

Le bâtiment que l’on visite est celui consacré à la production du vaccin contre la coqueluche, le Boostrix, qui prévient également le tétanos et la diphtérie. En revanche, celui dédié à la polio, juste à côté, restera porte close. Les conditions d’accès sont encore beaucoup plus drastiques. "Même moi, je n’ai pas l’occasion d’y entrer", souligne une de nos accompagnatrices. C’est que la poliomyélite, maladie fortement infectieuse, reste très redoutée à cause des terribles paralysies qu’elle occasionne.

Incurable, elle peut toutefois être prévenue facilement par un vaccin. Fatiha El Azzouti a contracté la maladie dans sa prime jeunesse, dans les montagnes marocaines. Elle a 55 ans, mais les muscles d’une centenaire. Le mal, qui lui a causé et qui lui cause encore de profondes souffrances, l’a poussé à rejoindre GSK, dont elle a littéralement fait le siège pendant des années. "Je voulais travailler ici parce que je voulais faire passer le message que les vaccins sont essentiels. J’en suis la preuve", assène-t-elle.

À la recherche du Saint Graal

Les chiffres
9.000 salariés

GSK Vaccines compte environ 9.000 salariés en Belgique, ce qui en fait le plus gros employeur privé du sud du pays. L’entreprise britannique revendique la création de 3.000 emplois en Belgique ces dix dernières années.

800 millions

GSK a distribué 800 millions de doses en 2017. 2 millions de doses sont produites par jour, dont 80% en Belgique. Soit 25 doses par seconde.

40 vaccins

GSK commercialise une quarantaine de vaccins, le plus grand portefeuille au monde. Quatorze autres sont en cours de développement.

L’Europe a été déclarée exempte de la maladie en 2002. Au niveau mondial, le nombre de cas a diminué de 99%. La polio n’a pas complètement disparu pour autant, mais elle est en voie d’éradication, d’après l’OMS. "Seuls 42 cas ont été recensés en 2016. Et 12 en 2017, explique le docteur Bernard Hoet, responsable Global Medical Affairs de GSK Vaccines. Mais de très nombreuses personnes infectées par le virus ne sont pas malades et ne présentent aucun symptôme." La vaccination reste donc indispensable.

L’histoire du vaccin contre la poliomyélite est intimement liée à l’histoire de GSK dans notre pays, puisque leur premier vaccin a vu le jour en 1956, dans les laboratoires en Belgique. Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. À la pointe de la technologie, le nouveau bâtiment polio de 15.000 m² va prendre le relais d’une unité de production sur le site historique de Rixensart, tout proche, où se situe également la recherche et le développement de l’entreprise. D’où le suffixe "rix" que l’on retrouve pour la majorité des vaccins produits par GSK Vaccines. Le Priorix prévient ainsi de la rougeole, des oreillons et de la rubéole. L’un des derniers nés est l’Alpharix-Tetra, un vaccin contre la grippe.

La liste est impressionnante: GSK a dans son portefeuille quelque 40 vaccins, dont une grande majorité est produite à Wavre. Quatorze autres sont en cours de développement. Chaque jour, "plus de 2 millions de doses de vaccins sont produites" par GSK Vaccines – dont 80% en Belgique –et partent vers les quatre coins du monde, souligne de son côté Emmanuel Hanon, vice-président de la R&D, dont les yeux s’animent lorsqu’on évoque les technologies en cours de développement, comme les vaccins ARNm (ARN messager), "qui permettront au corps de produire lui-même le vaccin". Le Saint Graal, selon lui, ce sera la découverte "d’un vaccin universel contre la grippe qui serait efficace pendant plusieurs années sans devoir prédire le virus qui circulera".

 

Au total, GSK a investi 3 milliards d’euros dans ses infrastructures belges en une décennie. Un montant auquel il faut encore ajouter un milliard pour la Recherche et le développement! L’entreprise pharma revendique la création de 3.000 emplois en Belgique ces dix dernières années, dont un millier rien qu’en 2017. Les trois sites belges (Wavre, Rixensart et Gembloux) ne comptent pas moins de 9.000 salariés. GSK est le plus gros employeur privé du sud du pays, et l’un des plus importants en Belgique

Dernière étape avant la libération des lots, le conditionnement fait lui aussi l’objet de contrôles très poussés. ©Tim Dirven

Il faut une usine pour chaque antigène repris dans les vaccins. Ce qui explique en partie l’extraordinaire développement de la firme britannique en Belgique. "Il n’y avait rien ici il y a dix ans. Que des prairies et des vaches", s’amuse un de nos guides, en désignant l’aile où se situent les deux nouveaux bâtiments. "Et la voie sur laquelle nous nous trouvons était une route publique."

Trente ans pour la malaria

L’usine polio a coûté 340 millions d’euros. Celle pour la coqueluche à peine moins. Si les deux installations doivent être inaugurées officiellement ce mercredi, aucun des deux vaccins dont l’antigène est déjà produit ici n’est encore vendu sur le marché pour le moment à partir des nouveaux sites.

©Tim Dirven

"Une usine de vaccins doit être testée pendant des années", commente Raphaël Drion, directeur de la production de GSK Vaccines. La construction de l’usine coqueluche a commencé en 2012 et s’est achevée trois ans plus tard. Il faut ensuite environ cinq ans pour qu’une installation soit validée par les autorités compétentes. Les autorités belges doivent donner leur blanc-seing, mais également les gendarmes sanitaires de toutes les régions où GSK exporte. Certains pays, comme le japon, ont leur propre réglementation en matière de médicaments et de vaccins.

Dans l’ensemble, il faut donc de huit à dix ans entre la pose de la première pierre et la fourniture des premiers lots. Tout cela sans compter la recherche en amont, dont la durée moyenne est souvent de dix ans également. Faites le compte… Le développement du Mosquirix contre le paludisme a quant à lui été une véritable saga: il a débuté dans les années 80. Plus de trente ans avant un résultat concret.

La fabrication en elle-même est aussi plutôt lente. Dix à douze mois sont nécessaires pour la production des antigènes vaccinaux et de 6 à 10 mois pour la formulation, le remplissage et les innombrables contrôles de qualité, qui représentent au final 70% du temps de production. Pas étonnant dès lors qu’à l’échelle mondiale, la demande de vaccins reste supérieure à l’offre.

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