Déjà 1,15 million levé pour la tête d'impression 3D d'Aerosint

©Anthony Dehez

En un an, la jeune pousse liégeoise Aerosint a levé 1,15 million d’euros pour sa tête d’impression innovante. Après validation de la solution, l’heure est désormais à la recherche de partenaires pour une commercialisation d’ici 2019.

L’impression 3D devait tout changer, l’on promettait monts et merveilles. Pourtant, aujourd’hui, force est de constater que tout est loin d’être possible et que les défis restent nombreux, même si des perspectives concrètes se dessinent peu à peu, après l’euphorie des débuts, et ce, dans divers secteurs.

Tirant son épingle du jeu, la start-up liégeoise Aerosint a récemment levé 850.000 euros, venus compléter une première levée de fonds de 300.000 euros intervenue l’année passée. Derrière ces opérations, l’on retrouve Meusinvest, l’Innovation Fund et Peter Mercelis (Layerwise), entré lui dans l’aventure au dernier tour de table.

Aerosint

• Spin-out du start-up studio Make It, l’entreprise est fondée en 2016 par Edouard Moens de Hase et Matthias Hick.

• Développe une tête d’impression 3D innovante permettant d’utiliser plusieurs matières à la fois.

• levé 1,15 million d’euros depuis 2017 auprès de Meusinvest, de l’Innovation Fund et de Peter Mercelis (Layerwise).

• Emploie 6 personnes pour l’heure, mais cherche à engager.

• La commercialisation de sa solution est prévue pour 2019.

Et pour cause, dans son QG – que l’équipe a baptisé le "bunker" en raison de sa localisation sous terre et de son revêtement en béton –, la jeune pousse travaille d’arrache-pied à une avancée prometteuse: une tête d’impression 3D innovante permettant de travailler différentes poudres de polymères en simultané, à l’image d’une imprimante laser classique (2D donc) qui utilise l’un des principes physiques de base qu’est l’électricité statique pour ne plaquer une encre en poudre (toner) qu’à certains endroits du papier. Si la dimensionnalité et la technique sont différentes, toutes deux permettent le même résultat, à savoir de recréer l’image voulue. "C’est la prochaine étape de l’impression 3D", lance Matthias Hick, cofondateur d’Aerosint et ingénieur civil de formation.

Deux après la création de la société, spin-out du start-up studio Make It qui a financé les premiers tests, "notre technologie a désormais été validée (un prototype équipe une machine en fonctionnement, NDLR). Forts de ce résultat, nous travaillons maintenant à différentes variantes de notre tête d’impression qui doivent permettre d’utiliser aussi bien du métal que de la céramique par exemple, mais aussi, dans le futur, d’arriver à des impressions avec des combinaisons de matériaux différents".

"Il n’existe aujourd’hui pas de technologie alternative à ce que l’on fait."
Edouard Moens de Hase
Cofondateur d'Aerosint

Une avancée significative. D’ailleurs, la recherche multi-matière est l’un des sujets chauds à l’heure actuelle dans le domaine de l’impression 3D de par les portes qu’elle ouvre à court ou moyen terme. En effet, ce type de technologie permet d’imaginer notamment des pièces imprimées composées d’éléments conducteurs de chaleur ou d’électricité et d’autres qui ne le sont pas, comme des combos acier-cuivre, pour l’aspect rigidité du premier et celui d’évacuation de chaleur du second, solution intéressante notamment dans le spatial au niveau des échangeurs de chaleur. "Mais l’on peut aussi imaginer des pièces avec ces parties flexibles couplées à d’autres plus rigides aux points charnière, ce qui serait utile pour des plâtres plus confortables pour les patients, voire même pour des semelles de chaussure sur-mesure."

Déjà trois brevets

Et si les applications sont nombreuses, Aerosint fait pour l’heure office de précurseur dans sa niche. "Il n’existe aujourd’hui pas de technologie alternative à ce que l’on fait", souligne Edouard Moens de Hase, autre cofondateur de la start-up et ingénieur commercial. Avec ces fonds fraîchement levés, la jeune pousse, qui détient déjà trois brevets, compte donc bien renforcer sa propriété intellectuelle, alors que la concurrence se prépare tout doucement, mais aussi engager de nouvelles recrues au passage, histoire d’accélérer la marche en prévision de la réaction des autres acteurs du secteur, notamment venus d’Allemagne. En l’état, l’équipe dénombre déjà six personnes, quand des postes sont ouverts. "On aimerait encore engager une à deux personnes d’ici la fin de l’année", nous indique-t-on.

"On ne savait pas que ce que l’on voulait faire n’était a priori pas possible. Alors, on y a quand même travaillé et ça a marché."
Matthias Hick
Cofondateur d’Aerosint

Une sacrée avancée quand on sait que la petite équipe a démarré avec très peu de connaissance dans l’impression 3D. "On ne savait pas que ce que l’on voulait faire n’était a priori pas possible quand on a démarré. Alors on y a quand même travaillé et ça a marché, sourient les deux fondateurs d’Aerosint. Le projet était pourtant atypique, car, d’habitude, ce sont plutôt de grosses boîtes qui s’attaquent à de tels projets."

Rentrées prévues d’ici 2019

Côté opérationnel, l’équipe souligne qu’il faudra encore "une bonne année" pour voir les premières rentrées financières. "Nous tablons sur un horizon 2019 pour une commercialisation chez les fabricants de machines, évoque Matthias Hick. Nous cherchons aujourd’hui des collaborations, un financement, voire un sponsoring de la part d’un gros groupe industriel à cette fin."

Alors la jeune pousse frappe aux portes. "Il faut démontrer notre valeur. Les gens nous demandent à voir ce qu’on fait vu que c’est nouveau." Pour s’y préparer, l’équipe a pu compter sur l’arrivée au conseil de Peter Mercelis, entrepreneur flamand à succès dans l’impression 3D qui réinvestit désormais une partie de ce qu’il a gagné dans des start-ups du secteur. "Quelqu’un comme lui nous ouvre des portes, de par ses nombreux contacts dans l’industrie", souligne Matthias Hick. Un défi qui influencera l’avenir de la boîte.

Diversification possible

Et puis, il y a les perspectives de diversification. À terme, la technologie développée par Aerosint pourrait être amenée à être utilisée dans d’autres domaines que l’impression pure, comme dans l’industrie pharmaceutique par exemple. Pour l’heure, les grands groupes du secteur y utilisent principalement des systèmes basés sur des pipettes pour tout ce qui touche au dosage des médicaments. L’inconvénient? Le processus est particulièrement lent. "Ici, avec notre tête d’impression, ce serait comme d’avoir 1.000 pipettes en série… qui travaillent en une fois", souligne-t-on du côté de la jeune pousse liégeoise, signe du potentiel de la solution. L’alimentaire et l’industrie sont aussi concernés. Mais tout cela, c’est pour après. "Pour l’instant, notre priorité reste l’impression 3D."

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