Des capitaux frais pour les tests sanguins de détection du cancer de Belgian Volition

Gaëtan Michel ©Anthony Dehez

La biotech namuroise, dont la maison mère a levé 17 millions de dollars en 2018, progresse dans le développement de ses tests sanguins de dépistage du cancer. Elle vise également le marché vétérinaire.

Cela bouge chez Belgian Volition, la société namuroise spécialisée dans le diagnostic précoce du cancer à partir d’échantillons sanguins. Sa maison mère a – discrètement – levé un total de 17 millions de dollars ces derniers mois pour la poursuite des développements cliniques et le lancement de nouvelles activités, dont l’exploration de débouchés dans la médecine vétérinaire.

Installée dans le parc scientifique Crealys à Isnes près de Gembloux, Belgian Volition est la filiale de VolitionRx (VNRX), une société américaine sans actifs locaux cotée sur le Nasdaq. C’est le site wallon qui centralise toutes les activités opérationnelles de Singapore Volition, la société faîtière créée à l’origine en Asie par des investisseurs australiens et britanniques.

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L’entreprise a mis au point une technologie basée sur des biomarqueurs (des modifications sur les nucléosomes, un assemblage de protéines et d’ADN) qui permet de détecter très tôt un cancer ciblé avec une simple goutte de sang. Une petite révolution en oncologie. La première application est le cancer colorectal. La biotech doit valider ce premier test dans le cadre d’une campagne nationale de dépistage de cette pathologie au Danemark.

Ce pays a été choisi comme terre d’expérimentation car il connaît un taux élevé de faux positifs engendrés par les campagnes de tests classiques, qui envoient trop de gens effectuer une coloscopie. Prévue pour 2018, cette campagne a été quelque peu retardée, car Volition est en train d’affiner sa plateforme, appelée Nucleosomics, qui est à la base des produits de la société. Le test devrait être disponible fin 2019. Une autre étude clinique va se dérouler à Taiwan.

Grâce à une collaboration avec l’hôpital Erasme, la société namuroise a également obtenu des résultats très prometteurs dans la détection du cancer de la prostate. "L’idée est de distinguer les patients à bas risque et à haut risque, parce que le test PSA (antigène prostatique spécifique, NDLR) a des performances relativement réduites, indique le CEO Gaëtan Michel. On veut éviter d’envoyer des gens vers une biopsie inutile tout en aidant le médecin à donner un traitement correct. Notre test permet un diagnostic beaucoup plus précis. Il peut déceler 94% des cancers de la prostate qui nécessitent un traitement, contre 33% pour le test PSA. Mais il faut valider analytiquement tous les nouveaux biomarqueurs et leur combinaison, ce qui est un processus assez long."

A priori, d’autres indications sont possibles, comme le cancer du pancréas. À plus long terme, le CEO de Belgian Volition estime même possible de pouvoir associer sa plateforme avec d’autres technologies, afin de créer des outils de détection encore plus performants. Le Graal? Une simple prise de sang pour détecter non plus un cancer spécifique, mais bien n’importe quel cancer qui se développerait chez un individu.

Mais on n’en est pas là. Dans l’immédiat, la biotech wallonne a commencé à fournir des biomarqueurs pour le marché de la recherche, en s’alliant avec un partenaire aux USA pour la fabrication et la production. "Ce sont des produits utilisés par les universités et les centres de recherche dans les hôpitaux dans le cadre de leurs propres recherches, souligne encore Gaëtan Michel. Ils rejoignent un peu notre pipeline de développement en interne. Mais ce sont des marchés fort différents car pour la recherche, les validations cliniques ne sont pas nécessaires." Cette initiative apportera les premiers revenus à Volition, bien que ceux-ci resteront "très très modestes", selon le CEO.

Le marché vétérinaire envisagé

"Il n’existe pas de tests de dépistage de cancer aujourd’hui pour les animaux."
Gaëtan Michel
CEO de Belgian Volition

Suite à un récent déplacement aux USA, l’entreprise envisage par ailleurs de se lancer sur le marché vétérinaire. Elle a conclu un accord de coopération avec l’Université Texas A&M pour le développement de tests de détection sur les chiens et les chevaux, pour le diagnostic du cancer mais aussi d’autres pathologies. "Il n’existe pas de tests de dépistage de cancer aujourd’hui pour les animaux, explique le CEO de Volition. Le marché vétérinaire américain est le plus important au monde. Les Américains investissent des sommes considérables pour la santé de leurs animaux. Il y a même des assurances santé pour les animaux. La différence avec l’humain, c’est que la taille des études est beaucoup plus faible que pour les hommes. Ce qui fait que l’accès au marché et aux revenus est plus rapide, parce que les produits peuvent être validés plus rapidement".

Tous ces développements ont fait passer l’entreprise d’une quinzaine de personnes à 28 aujourd’hui, avec l’objectif de la trentaine pour la fin de l’année. Sur le plan financier, Volition a bénéficié en août d’un placement privé de 9 millions de dollars fournis par un investisseur spécialisé, qui avait été précédé en mars d’une souscription de nouvelles actions ordinaires, qui avait rapporté 8,4 millions de dollars. La Région wallonne a aussi apporté son écot, avec un financement non dilutif de 700.000 euros. Les réserves de cash s’élevaient à plus de 16 millions d’euros fin septembre, ce qui couvre les dépenses jusque fin 2019. À moins de possibles accords de partenariats, la société ne devrait pas générer de revenus substantiels pour ses tests avant 2020, prévoit Gaëtan Michel.

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