Grosses retombées wallonnes sur la commande de blindés

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La décision controversée de la Belgique d’opter pour le F-35 a occulté d’autres commandes militaires. La Belgique va acheter 442 blindés à la France pour 1,6 milliard d’euros. Un contrat qui aura des retombées positives importantes pour la FN Herstal et pour CMI – on parle de centaines de millions d’euros de chiffre d’affaires potentiel à terme.

En février dernier, Bernard Serin, le patron de l’entreprise CMI, installée à Seraing, s’insurgeait du choix du gouvernement fédéral d’opter pour du matériel français en matière de véhicules blindés, alors que CMI était capable de fournir du matériel belge, et moins cher, en l’occurrence les tourelles de moyen calibre qui vont équiper une partie de ces véhicules – les 60 engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar.

Le gouvernement n’a pas changé d’avis: il a décidé de commander 442 blindés (les 60 Jaguar évoqués plus haut, ainsi que 382 véhicules blindés Griffon) au consortium français formé par Nexter, Arquus et Thales pour 1,6 milliard d’euros dans le cadre du programme CaMo.

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L’explication? Ces véhicules ont également été retenus par l’armée française dans le cadre de son programme Scorpion, et la Belgique voulait du matériel interopérable avec celui des Français, non seulement en termes de systèmes, mais aussi de chaîne logistique, avec des pièces de rechange et des équipes logistiques identiques lors des opérations sur le terrain.

Même si ce scénario n’était pas le scénario idéal pour CMI, l’entreprise wallonne a réussi à se positionner, et table sur d’importantes retombées économiques suite à ce contrat.

Un accord de coopération a en effet été signé entre CMI Defence et Nexter, qui prévoit de sous-traiter des prestations d’assemblage des Griffon en Wallonie – à Loncin ou à Aubange, c’est encore à déterminer. Les deux entreprises étudient aussi la possibilité que CMI assemble les tourelles qui équiperont les Jaguar.

CMI se refuse, pour l’instant, à chiffrer les retombées de cet accord. Mais on parle tout de même vraisemblablement de dizaines de millions d’euros de chiffre d’affaires.

Plus important encore: CMI espère également assurer la maintenance de tous ces véhicules. "Nexter s’est engagée à soutenir CMI auprès de l’armée belge, et à nous fournir les données et les formations nécessaires", explique Xavier Rigo, porte-parole de CMI Defence.

"Les retombées pourraient être plus importantes encore en termes de maintenance."
Xavier Rigo
Porte-parole de CMI Defence

Là non plus, pas question pour CMI de citer des montants. "Il s’agit d’engagements, mais les contrats n’ont pas encore été signés. On parle d’activités qui ne démarreront qu’une fois les systèmes livrés à l’armée belge, en 2025 et 2030, et qui iront crescendo durant une vingtaine d’années", précise toutefois Xavier Rigo.

Schématiquement, sur une vingtaine d’années de durée de vie des véhicules, les frais de maintenance représentent grosso modo 50% du prix d’achat. On parle donc d’un contrat qui pourrait théoriquement atteindre quelque 800 millions d’euros.

Stratégique pour la FN Herstal

Une autre entreprise wallonne va bénéficier directement de cette commande: la FN Herstal, qui doit fournir les tourelles plus légères (que les Français appellent tourelleaux) qui équiperont une partie des Griffon.

Une étape stratégique pour l’entreprise liégeoise, qui a lourdement investi ces dix dernières années dans la conception et le développement de ces tourelles. D’abord, parce que la FN Herstal ne va pas simplement livrer le matériel, mais jouer un véritable rôle d’ensemblier sur ces tourelles, sur lesquelles seront placés d’autres produits made in Herstal. Aussi, parce que le choix de cette technologie pour un véhicule français destiné à l’armée belge constitue une reconnaissance importante. De quoi ouvrir des opportunités sur d’autres véhicules – français dans un premier temps, sans doute autre ensuite.

Difficile également d’obtenir une estimation chiffrée de cette partie des retombées pour la Belgique du programme CaMo. Mais à nouveau, on parle en dizaines de millions d’euros, apprend L’Echo.

Au total, le programme CaMo devrait engendrer 889 millions d’euros de retombées pour la Belgique, dont 60% pour la Wallonie et 40% pour la Flandre, indiquait il y a quelques jours une source gouvernementale. Et ce chiffre ne comprend pas la maintenance.

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