La start-up AuXin Surgery veut faciliter la tâche du chirurgien

L’équipement d’AuXin Surgery permet de séparer des tissus sains et pathologiques sans endommager d’organes ou de nerfs. ©BELGAIMAGE

AuXin Surgery, une jeune société de Louvain-la-Neuve, lance un dispositif médical pour faciliter les opérations compliquées. Le principe: affaiblir l’adhérence des tissus pathologiques pour les couper plus précisément. Un nouveau CEO, Benoît Verjans, prendra les rênes de l’entreprise au 1er juillet. Il succédera à Gilles Capart, fondateur de la société.

En chirurgie, de nombreuses opérations sont entravées par la difficulté de séparer sans dommage des tissus pathologiques des éléments sains environnants. C’est le cas notamment pour les otites chroniques, les ré-opérations de la colonne vertébrale ou certaines tumeurs.

AuXin Surgery, une jeune société de Louvain-la-Neuve est en train de lancer un dispositif médical qui permet aux chirurgiens de disséquer plus efficacement. L’entreprise a été fondée en 2014 par Gilles Capart, un ancien directeur des investissements de chez UCB qui a été notamment administrateur-délégué de Sopartec et du fonds d’amorçage Vives.

Le profil
AuXin Surgery
  • AuXin Surgery a été créée en 2014 par Gilles Capart, qui en est le CEO jusque fin juin.
  • Benoît Verjans reprendra les rênes de la société au 1er juillet.
  • L’entreprise, basée à Louvain-la-Neuve, compte aujourd’hui 8 personnes et doit procéder à une augmentation de capital d’ici la fin de l’année.

Appelé Cadiss, le système mis au point par AuXin affaiblit les adhérences entre les tissus en quelques secondes. Les tissus pathologiques (kystes, tumeurs, fibroses) peuvent ainsi être séparés plus facilement des tissus sains sans crainte d’endommager un organe, une veine ou un nerf. "Il y a plusieurs scénarios où notre dispositif peut être utile: lorsqu’il y a un risque d’effets secondaires en endommageant les tissus sains ou de rechute dans les cas de tumeurs, explique Benoît Verjans, futur CEO de la start-up. Actuellement, quand on arrache ou lorsqu’on coupe une tumeur, on ne passe pas spécifiquement à l’endroit de séparation des deux tissus, avec le risque de laisser un morceau et que la tumeur repousse. Dans le cas d’autres pathologies, on risque d’endommager des tissus sains, comme la dure-mère pour une intervention dans la colonne vertébrale, avec tous les effets secondaires que cela entraîne. Il y a aussi les actes chirurgicaux particulièrement difficiles, où là il s’agit de faciliter le travail du chirurgien".

Un produit lancé par UCB

Simple à utiliser et peu onéreux, le dispositif médical est constitué d’un kit composé d’éléments stériles à usage unique, d’instruments chirurgicaux réutilisables et d’une solution chimique, le mesna.

Cette dernière molécule a déjà toute une histoire: il s’agit d’un produit lancé par UCB dans les années septante et utilisé comme mucolytique (un produit favorisant l’expectoration) pour le traitement de la mucoviscidose.

Il y a un peu plus de vingt ans, des chirurgiens italiens ont découvert de façon fortuite que le mesna possédait une propriété insoupçonnée, celle de fragiliser l’adhésion entre deux tissus. Approché, UCB n’a pas voulu à l’époque le développer comme produit pharmaceutique dans de nouvelles indications. Par contre, il s’est avéré plus facile de le déployer comme dispositif médical ("medical device"). Ce qui permet de le mettre beaucoup plus facilement sur le marché et d’éviter de longues et onéreuses études cliniques.

C’est ce qu’a entrepris Gilles Capart en créant AuXin il y a cinq ans. L’idée, c’était de combiner le produit avec un équipement permettant de l’administrer, via des instruments particuliers, directement à l’endroit où intervient l’acte chirurgical. Le mesna n’intervient finalement qu’en adjuvant de l’instrument chirurgical pour lui permettre d’agir.

Ces cinq dernières années ont été mises à profit par AuXin pour développer l’équipement, mettre au point la chaîne d’approvisionnement, établir toutes les preuves que l’entreprise était capable de le fabriquer et enfin, collecter des données supplémentaires pour rentrer un dossier d’enregistrement.

Dans quatorze pays

Une étape aujourd’hui dépassée: l’enregistrement comme "medical device" de classe 3 (le plus difficile à obtenir) a été accordé en janvier et la commercialisation a été entamée dans quatorze pays européens. Les rentrées financières restent toutefois pour l’instant limitées car le dispositif est seulement en train de se faire un nom dans le milieu médical. L’appareil est utilisé pour deux types d’opérations: les otites chroniques et les ré-opérations dans la colonne vertébrale.

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Les investisseurs de départ sont Gilles Capart (pour 40%), Noshaq (ex-Meusinvest) pour 30% et des business angels, parmi lesquels Benoît Verjans, pour les 30% restants. Au premier juillet, Benoît Verjans, qui est également CEO d’Arlenda (groupe Pharmalex) et manager du site Accessia à Liège, succédera à Gilles Capart comme CEO, ce dernier devenant président de l’entreprise.

Celle-ci est en train de finaliser un prêt convertible d’environ un million d’euros, dans l’attente d’une importante augmentation de capital, qui devrait être finalisée à la fin de l’année ou début 2020.

De l’argent frais qui servira notamment à financer la recherche et à étendre les indications. Des données publiées montrent en effet que le dispositif Cadiss fournit de grands bénéfices dans huit indications, dont des tumeurs gynécologiques, des cancers gastriques, de l’œsophage ou de la prostate. "Nous avons des signaux très clairs que le spectre des indications possibles serait assez large", précise encore Benoît Verjans. Les futurs fonds devront aussi permettre d’obtenir l’enregistrement aux Etats-Unis, d’automatiser la production de cartouches pour la faire passer de 70.000 à 400.000 unités par an et de renforcer les activités marketing.

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