La start-up carolo Warq à l'assaut du secteur de la défense

©Emy Elleboog

Après avoir conquis le marché européen de l’airsoft, le fabricant de casques de protection Warq veut quitter les terrains de jeux pour les salles d’entraînement des forces de l’ordre.

Il y a quatre ans, Quentin Mulders et Zoé Absil n’avaient encore aucune expérience de l’entreprenariat. Aujourd’hui, leur start-up de casque intégral de protection Warq vient de clôturer sa deuxième levée de fonds et s’apprête à s’ouvrir à de nouveaux marchés tant stratégiques que géographiques. "Je m’occupe de tout ce qui est papier, lui de tout ce qui est plastique", explique en souriant le bras féminin de ce duo.

"Tout est parti d’un projet de développement personnel, ajoute son compagnon de fortune. Je cherchais une solution pour éviter la formation de buée dans mon casque tout en assurant une protection suffisante en cas de chute et d’impact de billes." À 33 ans, ce diplômé en électromécanique de l’Isat, qui fut un temps scaphandrier tout en travaillant parallèlement pour une ASBL qui fabriquait du décorum pour les arts de la scène, est également un grand amateur d’Airsoft.

L’Airsoft, un cousin du paintball

L’Airsoft, c’est en quelque sort le "cousin" du paintball. "Historiquement, le paintball est né en Australie. Les cow-boys utilisaient des pistolets à peinture pour marquer le bétail. Et puis un jour, ça a un peu dégénéré et ils ont commencé à jouer entre eux", explique Quentin Mulders. Quant à l’Airsoft, il est né au Japon suite à l’interdiction des armes au peuple.

"En réaction, les Japonais ont commencé à réaliser des répliques d’armes pour satisfaire les déçus. Globalement, le paintball doit se dissocier de tout ce qui est relatif aux armes et à la guerre. L’Airsoft, lui, relève de la reconstitution contemporaine de guerre mais sa pratique reste relativement basique par rapport à du Milsim (pour Simulation Militaire), par exemple", ajoute le cofondateur de Warq.

Selon ce dernier, qui fait également partie du quator fondateur du jeu de rôle GN (Grandeur Nature) Ragnarok, la communauté des "airsofteurs" est encore plus grande que celle des "liveurs". "C’est lors d’une partie regroupant 400 joueurs à Givet que je me suis rendu compte que j’avais potentiellement entre les mains un produit qui correspondait à un besoin du marché", explique-t-il encore.

Désacraliser le monde de l’entreprenariat

Mais industrialiser un produit, aussi performant et innovant soit-il, nécessite des ressources financières, un minimum d’expérience et un bon réseau. "Nous n’avions rien de tout cela, reconnaît Zoé Absil. Mais nous avons fait une première rencontre capitale qui a contribué à désacraliser le monde l’entreprenariat."

Dès 2015, Quentin Mulders est à 100% sur le projet. Il rejoint le programme Innov2Go à Louvain-la-Neuve et participe au salon Entreprendre. "Cela nous a donné les outils pour aller chercher l’information au bon endroit", assure-t-il. Warq obtient alors une bourse de pré-activité de la Région wallonne: 12.000 euros pour subsidier 80% des premières dépenses et 6.000 euros complémentaires pour évaluer la faisabilité du plan commercial.

Plus d’un million levé

L’année suivante est entièrement consacrée à la recherche de fonds. Et la tâche se révèle ardue même si, au final, elle sera plus que concluante. "On cherchait 800.000 euros, on en a finalement obtenu 1,05 million mais ça n’a pas été sans mal, se souvient Zoé Absil. Nous sommes d’abord allés voir toutes les banques, tous nos amis ainsi que Novalia et Sambrinvest."

Au bout de six mois, Warq obtient des accords conditionnés de Novalia (150.000 euros en prêt) et Sambrinvest (120.000 euros en capital et 125.000 euros en prêt), mais suite à un concours de circonstances, la start-up n’obtient pas tous les pré-accords convenus. "Tout s’est effondré", se rappelle Zoé Absil. Début juin 2016, les fondateurs de Warq recourent au service d’Ekkofin, une société de conseil financier. "Ils nous ont accompagnés, énormément challengés", soulignent-ils.

Récemment, Warq a clôturé une levée de fonds de 220.000 euros auprès de Be Angels. À cette somme viennent s’ajouter différents apports sous la forme de prêts, et dans une moindre mesure en capital, des FFF, de la BNP, de Novalia et de Sambrinvest. Au total, c’est un peu plus d’un million d’euros que la jeune pousse a sécurisés pour entamer la phase d’industrialisation de ses casques de protection.

Au-delà de l’Europe

En janvier 2017, Warq a débuté la production des moules à injection nécessaires pour la fabrication. "Cela nous a pris un an pour arriver à un résultat satisfaisant. Les sociétés spécialisées qui les fabriquent sont situées en France, en Italie, en Allemagne et en Belgique et nous sommes propriétaires de tous les moules", commente Quentin Mulders.

Un casque personnalisé coûte dans les 250 euros TTC. Warq revendique plusieurs milliers de ventes sur les 12 derniers mois. "Environ 90% de notre chiffre d’affaires est réalisé hors Belgique, essentiellement en Angleterre, en Allemagne et en France, et nous commençons à vendre un peu en Russie, en Israël et en Suisse", détaille Zoé Absil.

Avec son capital tout frais, la start-up ambitionne d’attaquer de nouveaux marchés en Europe et ailleurs. "Nous sommes en cours d’obtention de la certification US, et démarrons la commercialisation vers les États-Unis début 2019. C’est l’un de nos gros chantiers", poursuit Zoé Absil.

Des hommes et des policiers

Grâce à l’obtention de la plus haute norme oculaire des normes européennes (EN66A), Warq souhaite aussi diversifier son marché. Si actuellement, le secteur des loisirs constitue sa première cible à travers son réseau de distribution physique et son site internet, ses casques "made in Europe" sont désormais utilisés par des policiers pour leurs entraînements.

"Dans le domaine de la défense, les protections sont encore peu performantes. Nous avons commencé à équiper des forces de l’ordre en France et en Belgique. Nous sommes en train de développer un nouveau casque destiné au secteur professionnel. Tout le défi consistera à être en mesure de proposer un produit crédible", estime Quentin Mulders.

Les fondateurs de Warq s’estiment relativement peu concurrencés. "Il y a de la concurrence, oui mais peu d’entreprises sont en mesure de proposer une protection oculaire aussi performante et aux normes suffisantes", juge Quentin Mulders. Et la start-up ne compte pas s’arrêter là puisqu’elle entend étoffer sa gamme de protections et augmenter les possibilités de personnalisation. Voire, pourquoi pas, proposer de la realité augmentée.

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