Les Gevers protégeront aussi les Chinois

©Kristof Vadino

Après être récemment redevenu familial, le leader belge de la propriété intellectuelle vient d’ouvrir une antenne à Louvain-la-Neuve. L’idée? Surfer sur la vague de l’incubateur chinois géant qui y verra bientôt le jour.

Changement de capitaine pour Gevers. Le leader belge dans la protection des droits de propriété intellectuelle a fait l’objet d’un management buy out en début d’année, a-t-on appris. Au cours de l’opération, la famille à l’origine de l’aventure est remontée en force au conseil d’administration, reprenant le lead sur le vaisseau amiral avec 55% des parts. Gaelle Gevers, fille du précédent patron, en a, elle, pris la barre au passage, coiffant la casquette de CEO, après un pas de côté de près de dix ans, passés en dehors de la firme.

Elle explique: "Le principal objectif de l’actionnaire précédent a été de chercher à augmenter le chiffre d’affaires à coup d’acquisitions, mais sans améliorer l’ebitda. Je vous passe les détails mais, arrivé un certain moment, notre famille a fait état de son souhait de revenir aux commandes du groupe, après deux ans de tractations, aux côtés de 25 associés de Gevers. Et c’est passé."

Désormais, le mot d’ordre est simple: cap sur le long terme, versus le court-termisme qui a pu exister pendant la période de règne du fonds de private equity français Syntegra Capital, de 2007 à 2017.

Pour ce faire, la nouvelle numéro un vient de donner son blanc-seing à l’ouverture de deux nouveaux bureaux, l’un sur le Corda Campus, ce fameux campus d’entreprises high-tech situé à Hasselt, l’autre à Louvain-la-Neuve, histoire de surfer sur l’arrivée prochaine du premier incubateur chinois d’Europe, le China-Belgium Technology Center (CBTC). L’idée? Trouver de nouveaux relais de croissance.

Et de fait, pour ce qui est de sa fraîche présence néo-louvaniste, Gevers pourra compter sur un gros morceau, avec 97.000 mètres carrés occupés par des représentants de l’Empire du Milieu, pour 1.600 emplois dans les huit ans. Mais patience. Pour l’heure, le futur haut lieu est en phase de construction. Les premiers bâtiments devraient être terminés fin 2018, quand la fin des travaux est, elle, prévue pour 2020.

D’ici là, Benjamin Gevers, cousin de la CEO avec près de 20 ans de maison, a été chargé de la mise à plat de l’antenne, histoire de déjà préparer le terrain en amont. Et pour cause, "cela fait deux ans que l’on sent que quelque chose s’y passe, que ça bouge là-bas", souligne la CEO.

Chine? Plus qu’un copieur

L’idée derrière tous ces développements? Continuer à créer de la valeur au sein d’un groupe plus que centenaire – Gevers fêtera ses 120 ans courant de l’année – qui pèse aujourd’hui 60 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017 pour 270 équivalents temps plein (ETP).

Et le moment est opportun. En effet, "on n’est plus dans la Chine de la contrefaçon, explique cette diplômée de l’Ichec. Désormais, leurs entreprises viennent avec de vraies innovations et une envie de participer au tissu économique européen." C’est d’ailleurs ce qui a déjà motivé la mise en place d’un "China Desk" il y a cinq ans de cela, afin de capitaliser sur ce qui représente désormais 5% du chiffre d’affaires.

Voilà pour la croissance interne. Côté externe, Gevers, déjà active en Belgique, en France et en Suisse via une dizaine d’antennes, n’exclut pas de nouvelle acquisition. "Nous sommes toujours à l’affût, si quelqu’un prend sa retraite par exemple, mais il faut que cela fasse sens. Croître pour croître n’est pas notre objectif."

Du reste, l’important est de réussir à attirer les bons profils. Un challenge. C’est pourquoi l’entreprise scrute particulièrement les universitaires au sortir des études. Des ingénieurs mécaniciens ou électroniciens aux docteurs en chimie, en passant par des bio-ingénieurs, tous étant capables de comprendre les inventions à protéger. "On les forme alors entièrement en interne au métier de conseil en brevets."

Enfin, concernant les 25 associés (qui détiennent 45% des parts), "il est prévu qu’ils puissent racheter notre majorité à un prix préétabli" à terme, conclut Gaelle Gevers.

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