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Quatre millions pour dépister l'apnée du sommeil

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Meusinvest et le fonds paritaire Invest for Jobs apportent quatre millions d’euros à la medtech liégeoise Nomics pour l’aider à imposer ses systèmes de dépistage de l’apnée du sommeil.

Créée en 2002 au départ d’un bureau d’études par des ingénieurs électroniciens, la start-up liégeoise Nomics vient de lever 4 millions d’euros pour commercialiser sa technologie de dépistage du syndrome d’apnées du sommeil. Les fonds seront apportés par Meusinvest et le fonds paritaire Invest for Jobs, un instrument original créé par des syndicalistes de la métallurgie et la fédération patronale Agoria.

L’invest liégeois et IfJ apportent chacun 500.000 euros pour une augmentation de capital immédiate, le solde (3 millions d’euros) sera fourni ultérieurement – sous une forme qui reste encore à définir – avec une clause de rendez-vous qui laisse à l’entreprise le temps d’évoluer et de franchir certaines étapes. L’argent levé servira à promouvoir la diffusion internationale du Brizzy, un enregistreur portable du sommeil qui permet, très simplement, avec une grande fiabilité et un coût minime, de dépister le Syndrome d’apnées du sommeil (SAS).

49%
Selon la revue Lancet, le syndrome d’apnées du sommeil toucherait 49% des hommes et 23% des femmes âgés de 40 à 85 ans.

Selon la très sérieuse revue médicale Lancet, ce syndrome toucherait 49% des hommes et 23% des femmes âgés de 40 à 85 ans. Mais une infime partie seulement de cette population fait l’objet d’un diagnostic. Nouveau mal du siècle, l’apnée du sommeil, qui peut engendrer de nombreuses pathologies (problèmes cardiovasculaires, hypertension…) sans compter les accidents liés à la somnolence, est donc également une maladie cachée.

Le fait que les technologies actuelles utilisées pour le diagnostic soient très gourmandes en personnel et en coûts – en Belgique, 1.250 euros pour une nuit dans un centre spécialisé – n’y est pas étranger.

Dépistage de première ligne

Très largement fabriqué en Belgique, le Brizzy est un appareil de screening avec un seul capteur près de la bouche, qui permet d’évaluer l’importance de l’effort ventilatoire durant le sommeil. Nomics le propose à la vente aux médecins généralistes ou à quelques spécialistes qui eux-mêmes le fourniront à leurs patients.

À chaque enregistrement, les données sont envoyées et traitées sur un serveur sécurisé de la petite société, basée dans le zoning Liege Science Park. Un rapport de synthèse est ensuite fourni directement au médecin traitant. Ce dernier paie une prestation par patient.

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"Nous ne vendons pas un appareil, nous fournissons un service", explique Pierre Ansay, CEO et cofondateur de Nomics. "Le Brizzy n’est pas un appareil de diagnostic, mais fonctionne comme un appareil de dépistage, qui effectue en première ligne un triage efficace du SAS, avant un contrôle futur dans un centre spécialisé du sommeil. Des centres qui sont aujourd’hui surchargés. Cela permet de désengorger ces centres spécialisés puisque dans quasiment un cas sur deux, le patient ne souffre pas du syndrome", poursuit l’entrepreneur, ingénieur de formation.

Nomics a été créée il y a quinze ans comme spin-off de l’Université de Liège. Elle a été incubée par WSL, l’incubateur des sciences de l’ingénieur. "La première levée de fonds s’est faite avec les amis, se rappelle Pierre Ansay. Il s’agit ici de notre premier véritable tour de table."

La société a ensuite autofinancé toute la recherche et le développement, ainsi que les publications scientifiques, grâce à de nombreux contrats de service (notamment des applications connexes et de l’électronique médicale) auprès de plus grandes entreprises.

En 2016, les responsables de Nomics se sont concentrés sur l’apnée du sommeil, ayant la certitude d’avoir le meilleur capteur existant. La medtech a également mis au point un autre appareil performant, appelé Somnolter, qui est quant à lui destiné aux centres du sommeil. Il s’agit d’un appareil de seconde ligne, permettant un diagnostic précis.

"Avant cela, le marché n’existait pas vraiment. On parlait peu de l’apnée du sommeil, cela restait confiné dans les centres du sommeil", fait encore remarquer Pierre Ansay. Le Brizzy a déjà été testé via les médecins généralistes sur plus de 8.000 patients dans les provinces de Liège et de Namur. Il est considéré comme une technologie mûre et reconnue.

Bientôt un nouveau CEO

Les nouveaux fonds serviront à alimenter un business plan de développement international, en commençant sur six grands pays européens. "Notre objectif à 5 ans est de passer de 9 personnes aujourd’hui à 80 emplois", annonce Pierre Ansay.

Un modèle économique et des ambitions qui ont séduit les responsables d’Invest for Jobs. "Dans les critères d’attractivité et de décision d’un projet, il y a un volet emplois qui est très important. On a ici un projet porteur d’emplois de qualité et durables", commente de son côté Christophe Picard, investment manager du fonds paritaire.

Pour mener ce plan de développement, la société va se doter d’un nouveau CEO. Pierre Ansay, qui se définit lui-même comme un "spécialiste produit", estime en effet qu’une personne avec un autre profil que le sien est nécessaire pour assurer le développement international de la start-up. La recherche de la perle rare a déjà commencé.

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