Un substitut wallon au film plastique

Wrapi, une petite boîte qui produit des substituts écolo aux films plastiques alimentaires. La production est assurée par Entranam, une entreprise de travail adapté de Noville-les-Bois.

À Leuze, près de Namur, un jeune couple s’est mis en tête de trouver un substitut "vert" à la feuille d’aluminium ou au film plastique. Il lance un tissu enduit de cire d'abeille et d'huile.

Alors que des centaines de milliers de jeunes du monde entier délaissaient l’école ce vendredi pour réclamer des actes concrets contre le dérèglement du climat, les multinationales de l’agroalimentaire se livrent à une course effrénée aux nouveaux emballages. L’enjeu de ce "marketing vert": doper le recyclage pour arriver à une économie circulaire. Entre-temps, de petits acteurs s’orientent vers des alternatives 100 % écologiques aux emballages en plastique ou en aluminium.

Le déchet le plus respectueux de l’environnement sera toujours celui que l’on ne jette pas. Dans la course au zéro déchet, le film aluminium ou en cellophane qui sert à emballer le pique-nique ou un aliment non consommé fait figure de mouton noir.

Alors que les géants de l’agroalimentaire multiplient les initiatives visant à "verdir" leurs bouteilles et autres emballages en plastique ou capsules en aluminium, des initiatives menées à plus petite échelle, voire individuelles, s’orientent vers les emballages propres, recyclables à l’infini et/ou compostables.

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À Leuze, près de Namur, un jeune couple s’est mis en tête de trouver un substitut "vert" à la feuille d’aluminium ou au film plastique. Depuis des années, François Chasseur et son épouse, Alyne François, multiplient les initiatives visant à favoriser l’écoconsommation.

Graduée en agronomie environnementale, Alyne a suivi un programme de formation à la création de start-up à Namur. De là est née l’idée de créer un magasin en ligne orienté vers l’écoconsommation. Avec son époux, diplômé en informatique, elle crée zerodechet.be en 2007.

Ce magasin en est vite arrivé à proposer des alternatives réutilisables à des produits jetables fabriqués par des artisans belges. Avant de se trouver confronté à une lacune. "En cherchant des alternatives au papier alu, nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait rien en Belgique, voire en Europe. Nous n’avons trouvé que des sociétés thaïlandaise, américaine et canadienne qui fabriquaient ce genre de produit", raconte François Chasseur.

Le couple multiplie alors les essais dans sa cuisine, en ayant d’emblée l’idée d’utiliser du coton certifié öko-tex, un label allemand garantissant l’absence de produits toxiques pour le corps et pour l’environnement.

La seule cire d’abeille utilisée au départ pour enduire le tissu s’est vite avérée insuffisante. Sont venues s’ajouter par la suite de la résine et de l’huile de jojoba, dont le principal atout est de ne pas laisser de film gras.

©Anthony Dehez

 

La mayonnaise prend

Le 15 août 2017, le premier Wrapi était vendu, et en octobre de la même année, la petite entreprise décrochait son premier point de vente. À Namur bien sûr, bon sang ne saurait mentir.

Depuis lors, pas mal d’eau a coulé sous les ponts. Aujourd’hui, la petite société namuroise propose cinq tailles d’emballage: quatre hexagones de 18, 24, 30, 36 cm de diamètre, et un grand emballage rectangulaire de 30 cm sur 40.

Le produit est garanti 100% bio. "Pour la cire d’abeille, nous avons pris le parti d’utiliser une cire certifiée pour la pharmacopée européenne. C’est plus cher, mais c’est un gage de qualité et de constance, tant pour l’approvisionnement que sa pureté", explique François Chasseur.

La mayonnaise prend, si l’on ose dire. Depuis le début de l’aventure, Wrapi a vendu environ 15.000 pièces. "Et grâce à un reportage récent dans le JT, nous en sommes à 1.700 pièces commandées sur cinq jours. C’est très grisant", lance le cofondateur de la start-up.

Visiblement, le consommateur lambda se laisse convaincre par ce produit nouveau, pourtant plus épais et donc moins maniable qu’un film d’aluminium ou de cellophane. "L’atout majeur du Wrapi, c’est que l’on a la possibilité de le modeler. Il est spontanément autocollant et facilement décollable. Le cellophane, une fois collé sur lui-même, est bon pour la poubelle. Notre produit est en outre réutilisable entre six mois et un an. À chaque utilisation et à chaque lavage, un peu de cire se retire. Mais on peut le réenduire, et en fin de vie, le Wrapi est compostable. Il peut aussi servir d’allume-feu pour le barbecue".

Une soixantaine de points de vente

Le succès de ce nouvel emballage a en tout cas dépassé les espérances de ses fondateurs. Qui ont très vite dû abandonner le stade de la production en cuisine.

Pour pouvoir répondre à une demande en hausse constante, le couple s’est tourné, en septembre dernier, vers la société Entranam, une entreprise de travail adapté basée à Noville-les-Bois (Fernelmont), à un jet de pierre de Leuze. "Deux de ses ouvriers travaillent à mi-temps pour Wrapi. Et la société envisage de mettre une deuxième équipe en place", précise François Chasseur.

Aujourd’hui, Wrapi peut s’appuyer sur une soixantaine de points de vente à Namur, Bruxelles ou Liège. Tous décrochés quasiment sans démarchage direct, via les réseaux sociaux ou grâce au bouche-à-oreille déclenché par des clients séduits.

Une dizaine de ces points de vente se trouvent même en France. Merci les réseaux sociaux…

"En consultant une page Facebook, le gérant d’un magasin Day by Day, une grosse chaîne de magasins spécialisés dans le commerce en vrac, est tombé sur notre produit et a été aussitôt intéressé. Par effet boule de neige, nous en sommes arrivés à être présents dans une quinzaine de points de vente Day by day", dit François Chasseur.

"Notre projet, c’est de vendre les Wrapi à plus grande échelle, mais toujours de manière raisonnée."
François Chasseur
Cofondateur de Wrapi

Pour le moment, la petite entreprise namuroise privilégie le commerce de proximité. "Notre projet, c’est de vendre l’emballage Wrapi à plus grande échelle, mais toujours de manière raisonnée", souligne son cofondateur.

À ce stade, travailler avec une entreprise de travail adapté donne entière satisfaction, même si, comme dit François Chasseur, "nous avons envie de pouvoir être davantage maîtres de la production".

Des projets d’expansion vers la Flandre sont déjà dans les cartons. A plus long terme, une véritable industrialisation de la production, qui passerait notamment par une automatisation, pourrait être envisagée. Mais les contacts doivent encore être pris.

Le succès des emballages Wrapi dépasse en tout cas déjà les espérances de ses créateurs. "Chaque Wrapi, c’est autant de plastique qui ne part pas à la poubelle. Mais si nous avons développé un produit, nous n’avons pas encore mis sur pied une véritable entreprise. Il reste à mettre une structure, une équipe en place. Mais nous avons franchi un cap en étant en mesure de nous verser un salaire. C’est très gratifiant".

"Je rêve d'un PET recyclé moins cher"

(Maarten Van Leeuwen, Danone)

La course aux plastiques recyclés et/ou biosourcés est lancée. Les industriels des boissons (Nestlé, Danone, Coca-Cola…) rivalisent d’efforts pour montrer l’acuité de leur conscience "verte". Non sans arrière-pensées comptables: en Belgique, par exemple, les entreprises paient à Fost Plus une écotaxe liée à leurs efforts pour rendre leurs emballages réutilisables ou recyclables.

Danone Waters Belgique vient d’annoncer que les trois formats de bouteilles d’Évian les plus vendues (75 cl, 1 l et 1,5 l) sont désormais composés à 50% de PET (polyéthylène téréphtalate, un des plastiques les plus répandus) recyclé. Objectif: faire du plastique une matière première circulaire en visant le PET recyclé à 100% d’ici 2025.

Maarten Van Leeuwen, CEO de Danone Waters, appelle la concurrence à l’union sacrée. Son ambition: créer un cercle vertueux pour faire du plastique recyclé un produit rentable.

Du PET recyclé à 50%, c’est plus cher que du PET vierge…
Je ne vais pas donner de chiffre, mais passer à du PET recyclé à 50% constitue en effet un investissement. Nous croyons que c’est nécessaire pour le futur de l’industrie des eaux. Nous n’avons pas le choix. Une marque ne peut plus nier son rôle dans la lutte contre le changement climatique, dans la manière dont laquelle les ressources naturelles sont gérées.

De quoi dépend l’objectif d’un PET recyclé à 100% que vous visez en 2025?
Dans le monde, il n’y a pas assez de plastiques pour permettre la production de plastiques 100% recyclés. D’où la nécessité d’impliquer le consommateur dans cette évolution. Nous voulons le motiver à recycler davantage, à être plus sélectif dans la collecte des plastiques.

Mais passer à un plastique 100% recyclé ne peut se faire tout seul. Nous voulons donc amorcer le débat, créer un mouvement et nous espérons que beaucoup de nos concurrents nous aideront à faire ce mouvement.

Le problème, c’est la collecte…
Oui. En Belgique, le système de collecte des déchets recyclables sous l’égide de Fost Plus est déjà assez performant. Nous arrivons à un taux de recyclage de 87,7%. Tout l’enjeu, c’est d’arriver à collecter les 13% restants. La manière d’y arriver fait encore l’objet de discussions. Il faut une concertation entre tous les acteurs pour pouvoir déterminer quel est le procédé le plus efficace pour arriver à 100% de collecte.

Et à l’échelle mondiale?
Il faut trouver des solutions qui aillent au-delà de notre marque et qui impliquent toute l’industrie. Nous sommes dans un contexte de concurrence, mais nous essayons de trouver des synergies avec des concurrents (Coca-Cola, Spadel…).

L’idée n’est pas de se donner un avantage concurrentiel. Je préférerais que demain, tous les autres grands acteurs passent eux aussi à du PET recyclé à 50%. Car plus nombreux nous serons à adopter cette technologie, plus les coûts de la technologie seront réduits.

L’enjeu, c’est de créer un mouvement. Je rêve de voir un jour le plastique recyclé devenir moins cher que le plastique vierge, ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui. Cela prouvera que nous aurons fait notre devoir.

Ne pas avoir de marque nationale sur le marché belge, n’est-ce pas un handicap face à des Spa ou des Chaudfontaine?
Le fait d’être une marque globale nous permet de compter sur l’expertise de Danone. Les investissements que nous devons réaliser sont importants, mais nous pouvons nous appuyer sur la taille du groupe pour les réaliser. L’usine d’Évian a été rénovée il y a quelques années, elle est aujourd’hui neutre en carbone. Et nous donnons la priorité au transport ferroviaire. L’usine d’Évian a sa propre gare – la plus grande gare privée de France – qui permet d’amener l’eau directement à notre dépôt en Belgique. 

 

Nespresso prêt à recycler ses capsules… avec l'aide du client

 

Les critiques sur le caractère peu écologique de ses dosettes ont beau pleuvoir de partout, les responsables de Nespresso défendent mordicus le modèle mis en place depuis 1991 par cette filiale du géant suisse Nestlé.

Les détracteurs des capsules en aluminium stigmatisent un emballage à usage unique constitué d’un métal dont la production est très prodigue en émissions de CO2 – 8 tonnes de CO2 par tonne d’aluminium extrait de la bauxite.

Mais les responsables du producteur du célèbre expresso promu par le beau George n’en démordent pas: l’aluminium est la solution idoine pour proposer un café gardant toutes ses saveurs, d’autant qu’il est 100% recyclable.

Il y a quelques semaines, Nespresso a invité une escouade de journalistes à visiter le centre de recyclage de la société Remondis, partenaire de Nespresso, à Lichtenvoorde, dans l’est des Pays-Bas. Objectif: démontrer que tous les produits contenus dans une capsule peuvent être valorisés. L’aluminium repart à l’usine pour devenir de nouvelles capsules ou des pièces de voiture, le café est composté et transformé en biogaz.

"L’aluminium est léger, donc peu vorace en énergie lors du transport. Il permet en outre de protéger à 100% le café de l’oxygène, et donc de préserver sa fraîcheur et ses arômes. Enfin, parce que le packaging se suffit à lui-même. Et il est intégralement recyclable à l’infini", affirme Stéphane Detaille, directeur du marketing de Nespresso Belux.

Une capsule permet aussi, selon lui, d’éviter le gaspillage. Une capsule garantit que l’on n’utilise que le café nécessaire, avec une quantité d’eau précise et sans excès d’électricité.

Chez Nespresso, on assure être en mesure de recycler 100% des capsules commercialisées. Mais si des systèmes de recyclage ont été mis en place partout dans le monde, ceux-ci ont des succès variables.

"Actuellement, un peu plus de 25% des capsules consommées en Belgique sont récupérées et recyclées. La Suisse, par exemple, a un système de collecte semblable à la Belgique, mais le taux de recyclage y est plus de deux fois supérieur. Et en Allemagne, on recycle 87% des capsules, pour une raison très simple: un système de collecte intégré a été mis en place. Les capsules sont collectées dans les sacs PMC et les centres de tri sont équipés pour les trier", souligne Stéphane Detaille.

La solution est donc simple, selon les responsables de Nespresso: il faudrait que les capsules puissent être mises dans les sacs bleus et reprises par Fost Plus. "Nous sommes même prêts à y contribuer financièrement", assure le directeur marketing de la filiale belgo-luxembourgeoise.

Un projet-pilote de collecte de capsules Nespresso a été lancé en mai 2018 dans les Recyparcs (parcs à conteneurs) du Brabant wallon et de Braine-le-Comte. L’évaluation doit encore être faite.

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