Une biotech allemande s'installe à Liège et lève 7 millions d'euros

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Grâce à cette levée de fonds, CryoTherapeutics, qui développe un dispositif de traitement de l’artériosclérose par cryothérapie, pourra financer des essais cliniques et des embauches.

Miracor Medical, la société d’origine autrichienne qui développe un cathéter pour les insuffisances cardiaques, n’est plus seule dans son écrin d’Awans. Elle vient en effet d’être rejointe par CryoTherapeutics, une société créée il y a bientôt dix ans en Allemagne et qui vient de transférer ses activités en banlieue liégeoise.

Cette entreprise développe un système de cryothérapie breveté pour le traitement de la coronaropathie. Pour cela, CryoTherapeutics met au point un cathéter intravasculaire, relié à une console contrôlée par un logiciel, qui peut délivrer à son extrémité des températures inférieures allant de -10 à -20°C. La cryoénergie doit permettre de soigner les zones enflammées de l’artère coronaire.

L’objectif, c’est de traiter de manière non invasive les plaques d’artériosclérose qui "entartrent" les artères coronaires et risquent d’entraîner un infarctus.

De Cologne à Awans

La start-up vient de déménager de Cologne à Awans. Une localisation qu’elle a choisie par l’entremise de deux de ses actionnaires, le fonds allemand Peppermint Venture Partners et l’invest liégeois Noshaq (ex-Meusinvest). Tous deux sont en effet présents dans Miracor Medical, également active dans les dispositifs médicaux dans le domaine cardiologique.

Seule subsiste en Allemagne une filiale gérant la propriété intellectuelle. "Nous sommes à présent une société belge", souligne John Yianni, CEO et cofondateur de CryoTherapeutics.

"Il y a une interaction forte entre les deux sociétés, dont les activités sont complémentaires. D’où leur volonté de s’installer dans le même bâtiment, afin de pouvoir procéder à des échanges de compétences et partager des équipements", explique de son côté Johanna Tykeridis, investment manager chez Noshaq.

Le patron de CryoTherapeutics ne débarque pas en terre inconnue. Au début des années 2000, John Yianni a en effet été impliqué dans la création de la société Thermocore Medical, une start-up gantoise qui a mis au point un cathéter doté de senseurs permettant de détecter les hausses de température préfigurant un infarctus.

"La Belgique possède par ailleurs des atouts majeurs, comme la sophistication de son système hospitalier, la présence de cardiologues de réputation internationale et un réservoir de chercheurs de qualité", ajoute John Yianni.

Fonds propres, dette et avances régionales

À ce jour, le dispositif développé par CryoTherapeutics a fait l’objet de tests précliniques réalisés sur des lapins. Ceux-ci ont donné des résultats satisfaisants.

Place, à présent, aux essais cliniques proprement dits, qui doivent démontrer l’efficacité du dispositif sur des patients humains.

Ces tests cliniques seront effectués sur 20 patients dans un premier temps, puis sur 40. L’objectif est de pouvoir soumettre le dispositif de cryothérapie au marquage CE pour le premier semestre 2021, la phase de commercialisation pouvant alors débuter l’année suivante.

Pour cela, il faut des effectifs et des capitaux. CryoTherapeutics vient de clôturer à cet effet un financement de 7 millions d’euros émanant de Noshaq – qui injecte 1,5 million d’euros – et de ses actionnaires "historiques" (Peppermint Venture Partners, Creathor Ventures et Getz Brothers). Cet appel d’air financier provient de l’injection de fonds propres, de crédits et d’avances de trésorerie non dilutives consenties par la Région wallonne.

Cet apport d’argent frais doit permettre à CryoTherapeutics de couvrir ses besoins durant les deux prochaines années. La société désormais liégeoise, qui peut actuellement s’appuyer sur une équipe d’une petite dizaine de personnes – dont une partie partagée avec la société Miracor –, prévoit notamment d’engager dix à quinze personnes d’ici le premier semestre 2021.

Pas d’implantation

John Yianni se dit convaincu par le potentiel de la technologie mise au point par son entreprise dans le traitement de l’athérosclérose et de la coronaropathie. Celle-ci offre en outre l’avantage de recourir à "une technologie non-implantaire qui évite les complications et les problèmes associés à la génération actuelle de technologies de traitement", souligne de son côté Joanna Tyrekidis.

Les traitements actuels consistent en effet à placer des "stents", autrement dit des petits implants métalliques, pour dilater le vaisseau sanguin.

Le CEO de CryoTherapeutics voit déjà plus loin. "A moyen terme, nous envisageons de travailler avec une société d’imagerie pour localiser les zones d’inflammation dans l’artère coronaire, qui finissent par provoquer l’infarctus. Nous pourrions alors agir préventivement en intervenant avec un cathéter de cryothérapie", explique John Yianni.

Ce qui permettrait aussi d’éviter l’implantation de stents dans des vaisseaux sanguins peu atteints. Ceux-ci ne se justifient en effet que dans le cas d’artères rétrécies d’au moins 70 %.

Le coût de la cryothérapie risque d’être élevé. Mais à entendre John Yianni, le jeu en vaut la chandelle.

"Notre système doit être envisagé comme une thérapie globale puisqu’il se substitue aux stents et à des traitements médicamenteux agressifs. Et à plus long terme, il représentera une économie substantielle s’il permet de prévenir les attaques cardiaques", souligne-t-il.

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