Une start-up wallonne veut révolutionner le renseignement depuis l'espace

©RV DOC

La start-up wallonne Aerospacelab vient de lever 11 millions d’euros auprès de différents fonds dont la SRIW. Elle entend lancer cinq satellites dans l’espace d’ici 2 ans et révolutionner depuis Mont-Saint-Guibert le monde du renseignement civil et militaire.

Le bâtiment est des plus classiques, moderne et similaire à ses voisins du zoning de Mont-Saint-Guibert. C’est pourtant d’ici, au premier étage, que la jeune start-up Aerospacelab pourrait révolutionner la surveillance civile et militaire depuis l’espace.

Cette pépite, lancée par Bernard Deper il y a à peine 18 mois, est encore en plein développement. La salle blanche où seront fabriqués les futurs satellites miniatures d’Aerospacelab est en cours d’installation. Dans les bureaux, une trentaine de personnes aux accents divers s’activent derrière les écrans. On y trouve de nombreux ingénieurs. Beaucoup sont passés par l’Agence spatiale européenne (ESA).

"Nous avons déjà acheté une place dans un lanceur indien. La fenêtre de tir est prévue pour la fin de l’année."
Benoît Deper
Fondateur d’Aerospacelab

Bernard Deper a, lui, fait ses stages à la Nasa dans un laboratoire qui a donné naissance à un des leaders mondiaux dans le new space avec ses satellites miniatures. "Il n’y a pas de concurrent en Europe. On arrive 5-6 ans après eux. Nous allons profiter de leurs erreurs pour les rattraper et surtout pour être moins cher. Notre objectif est de devenir leader européen du renseignement stratégique", assure le jeune patron d’une trentaine d’années qui s’est entouré de consultants de choix comme l’ancien Space commander de l’armée française ou un ancien directeur général de l’ESA.

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Sur un des bureaux se dresse une maquette de leurs futurs satellites. La taille est miniature et rentre dans la définition du "New space". "C’est ce que nous faisons. Des satellites miniatures. Avant, il fallait entre 10 et 15 ans pour développer un satellite et cela coûtait 100 millions. Nous parvenons aujourd’hui, en suivant les innovations de l’électronique grand public, à faire des satellites plus petits, moins chers, mais aussi performants que les satellites classiques. On nous a pris pour des farfelus au début mais un audit de l’ESA a validé notre projet et Amos a commencé à produire des pièces pour notre satellite", explique Benoît Deper.

Cinq satellites dans l’espace d’ici deux ans

Pour commercialiser son futur service de surveillance, la start-up vient de lever 11 millions d’euros auprès du fonds européen XAnge, déjà investisseur dans la scale-up belge Odoo, le business angel BelAero, CMNE Innov & Thic et du holding public wallon SRIW via un prêt convertible de 1,5 million à travers son nouveau fonds dédié au spatial (lire ci-contre).

"C’est la première fois que la Belgique va octroyer une licence commerciale pour des satellites. Cela ne facilite pas la procédure."

L’argent va principalement servir à financer la construction des cinq premiers satellites d’Aerospacelab et leur lancement d’ici deux ans. "Nous avons déjà acheté une place dans un lanceur indien. La fenêtre de tir est prévue pour la fin de l’année."

À terme, la société espère piloter depuis Mont-Saint-Guibert une constellation de 10 à 15 satellites dédiés à l’imagerie de haute résolution dans l’espace. À côté, les équipes négocient avec les autorités fédérales une licence d’opérateur de satellite. "C’est la première fois que la Belgique va octroyer une licence commerciale pour des satellites. Cela ne facilite pas la procédure."

Surveillance du web

Dédiés à l’imagerie, les satellites d’Aerospacelab serviront à offrir à ses futurs clients des précieux renseignements dans le domaine de surveillance civile et militaire. Outre le poids des satellites (entre 25 et 50 kilos), l’innovation se concentre surtout dans la rapidité de l’analyse des milliers d’images qui seront transmises depuis l’espace. Et à l’ère du big data, les algorithmes d’Aerospacelab semblent multiplier à l’infini les usages dans le domaine de la surveillance.

"À côté des images satellites, nous faisons de la veille sur le web et le dark web pour confronter les informations. Une veille des réseaux sociaux permet d’orienter les satellites."

L’écran du centre de contrôle vient par exemple de simuler une alerte. Elle vient des réseaux sociaux. "À côté des images satellites, nous faisons de la veille sur le web et le dark web pour confronter les informations. Une veille des réseaux sociaux permet d’orienter les satellites. Ici, c’est un tremblement de terre qui a été détecté en Italie. L’information est apparue sur Twitter. Nous allons pouvoir réorienter les satellites sur la zone car on sait qu’un client va nous le demander." Après analyse des images par les puissants algorithmes, l’ordinateur identifie les routes encore praticables sur la zone. Tout va extrêmement vite. "Cela va permettre d’orienter les services de secours sur place."

Les possibilités semblent infinies et à côté de la surveillance des zones de combats, l’intelligence économique pourrait être un important vecteur de croissance. "Nous pourrions mesurer les niveaux des stocks de pétrole des raffineries pour un trader en prenant en image les cuves et en mesurant la position du toit qui flotte et ainsi connaître le niveau de pétrole dans la cuve. Il y a aussi moyen d’extrapoler le chiffre d’affaires de supermarchés en mesurant le nombre de voitures qui rentrent et sortent des parkings. Un autre case simulait le scan de l’Australie en 2 heures et a pu pointer les piscines construites sans permis. Un autre test élaboré avec un assureur belge doit permettre de voir les toitures dévastées après une tempête."

Mais d’ici la conquête de l’espace, Benoît Deper pointe un autre challenge: l’humain. "C’est difficile de trouver les profils spécifiques."

La stratégie wallonne

Avec une quarantaine de sociétés, des centres de recherche, des institutions académiques et un chiffre d’affaires de 360 millions en 2017 pour 1.800 équivalents temps plein, le secteur spatial wallon est en pleine croissance. Le ministre de l’Économie Pierre-Yves Jeholet (MR) veut néanmoins le renforcer à travers un plan stratégique en quatre points qui sera adopté par le gouvernement wallon ce jeudi.

Reconnaissance d’un comité de référence: la Wallonie va confier à l’association Wallonie Espace, présente dans le pôle Skywin, un rôle de veille stratégique sur les enjeux du secteur spatial. "Elle devra aussi faire des recommandations sur les mesures et actions à prendre", souligne le ministre, qui estime qu’il est essentiel pour la Wallonie de mieux accompagner les besoins du secteur spatial wallon par rapport à l’échelon fédéral et de s’impliquer davantage dans la négociation en matière de défense et du juste retour géographique.

Sensibiliser les jeunes:à travers l’Euro Space Center de Redu et le centre de formation de l’ESA à Transinne, la Wallonie veut renforcer les actions de sensibilisations des jeunes aux sciences.

Soutien financier des entreprises:un fonds d’investissement de 20 millions dédiés au "New space", qui induit une pression sur l’ensemble des prix, a été créé au sein de la SRIW.

Investissements dans les infrastructures: la Région étudie la possibilité d’upgrader le Galilea Integrated Logistics Support Center situé à Transinne. La Wallonie pourrait également se doter d’une infrastructure de gestion de big data dans le cadre du projet européen Copernicus.


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