Ahed Tamimi, Jeanne d'Arc pour les uns, provocatrice pour les autres

Les images de cette jeune Palestinienne de 16 ans en train de frapper deux soldats israéliens ont fait le tour du monde. Issue d’une famille activiste, elle n’en était pas à son coup d’essai et attend aujourd’hui son procès en garde à vue.

Elle n’a que 16 ans, et pourtant cela fait déjà plusieurs années qu’Ahed Tamimi est une icône pour la résistance palestinienne face à l’occupation israélienne en Cisjordanie. Depuis la mi-décembre, son visage est désormais connu aux quatre coins du monde. C’est une vidéo prise d’elle le 15 décembre dernier alors qu’elle est en train de frapper deux soldats israéliens impassibles, en compagnie de sa mère et d’une cousine, qui lui a valu ce regain de notoriété. Et de graves ennuis.

"N’importe quel Palestinien vaut deux Erdogan, car on se bat pour notre terre."
Ahed Tamimi

Arrêtée quatre jours plus tard, elle est en garde à vue et attend son procès. Douze chefs d’inculpation pèsent contre elle, dont cinq pour des faits antérieurs. Le procureur l’accuse notamment d’actes d’agression, de jets de pierre et de participation à des émeutes. Le tribunal militaire israélien saisi de l’affaire doit en principe décider ce lundi s’il suit les réquisitions du procureur. Bien que mineure, la jeune fille pourrait encourir une peine de prison.

Tamimi est devenue un symbole pour les Palestiniens depuis qu’elle est apparue sur une vidéo en train de défier des soldats israéliens alors qu’elle n’avait que neuf ans. Vêtue d’une robe taillée dans un keffieh, elle y a l’air d’un ange déterminé et un peu effrayé. Depuis, elle n’a cessé de lutter contre l’occupation israélienne avec ses moyens. Ceux d’une jeune fille pas farouche à l’ère de l’internet et du smartphone.

Les vidéos d’elle en train de défier et de frapper des soldats se propagent sur la toile. Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre, est séduit et l’invite en Turquie en 2012. Pas plus impressionnée que cela, elle aurait déclaré à l’époque que "n’importe quel Palestinien vaut deux Erdogan, car on se bat pour notre terre."

Combat familial

Cette terre, cela fait plusieurs décennies que sa famille se bat pour elle. Son père, Bassem Tamimi, est un activiste cisjordanien connu qui a déjà été plusieurs fois emprisonné. Sa mère, Nariman, aussi. Un de ses oncles a même été abattu par l’armée israélienne. Le président palestinien Mahmoud Abbas a d’ailleurs appelé le père d’Ahed Tamimi il y a quelques jours pour saluer l’engagement de la famille.

La droite israélienne accuse la jeune fille de n’être qu’une provocatrice et s’insurge contre l’image de nouvelle Jeanne d’Arc ou Malala (la jeune Pakistanaise prix Nobel de la paix en 2014) que lui collent certains.
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Certaines voix se sont élevées pour accuser les parents d’Ahed d’utiliser leur fille à des fins politiques. La droite israélienne accuse la jeune fille de n’être qu’une provocatrice et s’insurge contre l’image de nouvelle Jeanne d’Arc ou Malala (la jeune Pakistanaise prix Nobel de la paix en 2014) que lui collent certains. Mais ce qui semble rester le plus en travers de la gorge de certains Israéliens, c’est l’image de soldats semblant impuissants face à une adolescente.

L’armée s’est défendue en estimant que les deux soldats de la vidéo avaient agi "avec professionnalisme". On peut en effet très facilement imaginer comment les choses auraient pu dégénérer si les deux hommes avaient répondu de façon musclée aux coups de pieds et aux gifles de la jeune Palestinienne.

L’avocate de Tamimi espère que certaines des charges pesant contre elle seront abandonnées. Mais elle craint que la justice israélienne ne se montre pas tendre. Enfant, la jeune fille voulait devenir joueuse de foot. Puis, elle a rêvé être avocate pour défendre les droits de sa famille et de son peuple. Confrontée dès sa naissance aux difficultés, injustices et vexations liées à l’occupation, Ahed a choisi de se battre au risque de sacrifier ses rêves.


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