Alexis Tsipras, l'éternel survivant

Arrivé avec fracas sur la scène politique européenne en voulant mettre fin à l’austérité imposée à la Grèce depuis la crise de 2010, Alexis Tsipras a su durer et changer de peau. pavlos kapantais

Alexis Tsipras voudrait mettre un terme au contentieux vieux de 28 ans entre la Grèce et son pays voisin, la Macédoine, qui empêche cete dernière d’adhérer à l’Otan et éventuellement à l’UE. Une mission historique qui ressemble à s’y méprendre à un suicide politique. Mais Alexis Tsipras n’a pas froid aux yeux. Il l’a déjà prouvé à maintes reprises.

Après un référendum anti-austérité remporté haut la main en juillet 2015, il fait volte-face pour éviter à son pays la faillite. Son parti explose, pourtant il triomphe de nouveau lors des législatives anticipées qu’il convoque lui-même, pour que le peuple valide son choix de "mettre genou à terre" face aux créanciers du pays, pour éviter la faillite.

Leader étudiant

À 16 ans, il est le leader d’un mouvement jamais vu d’occupation des lycées à travers le pays. Sous son leadership, le mouvement prend une ampleur extraordinaire. Résultat: il fait sa première apparition en prime-time à la télévision. L’adolescent charismatique y demande, entre autres, l’interdiction pour les lycées d’avertir les parents si les adolescents sont absents des cours.

 

Soudain il devient le "meilleur élève" de l’UE en appliquant avec zèle des réformes, mais surtout une austérité qui dégage des excédents primaires tellement élevés qu’il reste à l’état de l’argent qu’il redistribue aux plus démunis.

Il va aussi convaincre l’Archevêque de commencer le processus pour séparer l’église de l’État, provoquant un tollé politique à droite et une révolte au sein de l’église de Grèce. Et avant de clôturer ce chantier, il s’attaque aussi au dossier Macédoine. Approuvé par le parlement macédonien, l’accord passé avec son homologue Zoran Zaev en juin 2018 prévoit le changement de nom du pays voisin en Macédoine du Nord et l’acceptation de ce nouveau nom par la Grèce. Il doit maintenant être approuvé maintenant par le Parlement grec.

Pour Panos Kammenos, allié gouvernemental de droite souverainiste, c’en est trop. Pour lui, comme pour près de 70% des Grecs, selon les sondages, cet accord est inacceptable. À leurs yeux, toute utilisation du terme Macédoine peut servir comme levier pour des revendications territoriales.

Affaibli

Ministre de la Défense et chef du parti des Grecs indépendants, il quitte le navire dimanche dernier. Tsipras perd ainsi sa majorité au parlement. Affaibli politiquement et n’ayant plus que 145 députés sur 300, il passe pourtant à l’offensive. Il demande un vote de confiance au Parlement. En trois jours, il trouvera six députés supplémentaires et obtient mercredi soir la confiance du Parlement avec 151 voix. Mais trois d’entre eux sont contre l’accord macédonien.

L’ami de Fidel (ou pas)

Le 5 juillet 2015, quelques heures après le résultat triomphal du référendum rejetant le plan d’austérité proposé au pays par ses partenaires européens, Fidel Castro envoie un dithyrambique message de félicitations au "camarade" Alexis Tsipras. Dix jours plus tard, après la volte-face historique du Premier ministre grec pour éviter la faillite de son pays, il recevra les félicitations d’Angela Merkel. Un comble pour celui qui a nommé son fils aîné Ernesto en référence a Ernesto Che Guevara, révolutionnaire argentin et bras droit du Lider Maximo pendant la révolution cubaine.

 

L’accord sera présenté au Parlement lundi prochain. Tsipras va-t-il trouver les 151 voix nécessaires pour valider l’accord? Difficile. Le seul autre parti à soutenir l’accord, le centriste To Potami, ne veut plus voter en sa faveur.

À Athènes, une manifestation contre l’accord est prévue dimanche. En juin, une foule estimée entre 500.000 et 1.000.000 de personnes a battu le pavé athénien en manifestant contre l’accord. Des affiches ciblant les députés qui voteraient en faveur de l’accord apparaissent à travers le pays. La situation est tendue comme jamais; Alexis Tsipras se sent comme un poisson dans l’eau.

Le profil
  • 28 juillet 1974. Naissance à Athènes, quatre jours après la chute de la junte des colonels.
  • 25 février 2008. Élu chef du Synaspismos, ancêtre du Syriza, à 33 ans. Le parti pèse alors 5% dans les urnes.
  • 25 janvier 2015. Le Syriza remporte les élections avec 37% des suffrages. Il devient Premier ministre.
  • 13 juillet 2015. Il accepte et signe le troisième plan d’austérité pour éviter la faillite.
  • 21 août 2018. Fin du troisième programme d’austérité, la Grèce retrouve une plus grande autonomie budgétaire.

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