André de Barsy, celui qui a fait de l'actionnariat un métier

Censeur des sociétés belges cotées, capable d’argumenter aussi bien en assemblée générale qu’en justice, André de Barsy participe à la fronde actuelle des minoritaires de Spadel.

Il se présente comme un simple analyste financier mais il est bien plus que cela. André de Barsy est l’archétype de l’actionnaire activiste. Depuis une trentaine d’années, cet abonné des assemblées générales de nombre de sociétés belges cotées interroge, critique, interpelle des dirigeants parfois confus de trouver, parmi ceux qu’on appelle les "petits investisseurs", une personne aux questions aussi pointues et pertinentes.

  • Né en 1939
  • Titulaire d’un diplôme d’ingénieur commercial
  • Actionnaire actif dans plusieurs sociétés belges cotées depuis une trentaine d’années
  • Est à la tête d’un holding de droit luxembourgeois appelé Sogemindus Holding S.A.
  • Dit mettre "un point d’honneur à bien suivre ses investissements"
  • Fut qualifié par Maurice Lippens d’actionnaire "qui fait très bien ses devoirs".

Cet homme policé, volontiers sentencieux, friand de conjugaisons désuètes, manie aussi bien les chiffres que les lettres. Il se fait connaître lors de l’affaire Schneider/Didier Pineau-Valencienne. Tout part d’une offre d’acquisition lancée en 1992 par le français Schneider sur ses filiales belges Cofibel et Cofimines. Dans le cadre de cette opération, la justice belge enquête sur des soupçons de malversations impliquant le patron français Didier Pineau-Valencienne. André de Barsy se constitue partie civile. "DPV" sera finalement reconnu coupable en 2006 mais il faudra encore des années de procédure pour que de Barsy obtienne un dédommagement. Ce dernier a eu lieu hors de la procédure judiciaire: une transaction a été conclue et André de Barsy s’est désisté de son action en justice.

Moyens et compétence

Ce dossier qui l’a fait connaître au grand public est emblématique du travail d’André de Barsy. Car c’est un travail à part entière d’étudier les petits détails de grandes opérations financières, d’y déceler des anomalies dans les estimations de prix, d’interroger le management à cet égard, de s’opposer à ces opérations, d’abord en assemblée générale, ensuite en justice, et ce pendant des années de procédure si nécessaire, et d’enfin parvenir encore à négocier et obtenir un accord satisfaisant en échange d’un renoncement à la voie judiciaire.

Affaire de gros sous

Dans l’affaire Spadel, où il intervient en collaboration avec Deminor actuellement, André de Barsy formule une série de propositions pour que la société rende davantage de valeur aux actionnaires. Il réclame notamment un dividende complémentaire de 8,70 euros par action. Fin 2015, il avait acquis près de 26.000 nouvelles actions Spadel…

Une liste à la pointe

Avant l’assemblée générale d’une société dont il détient des actions, André de Barsy épluche les documents officiels de l’entreprise et prépare minutieusement une liste de questions très pointues à destination des dirigeants. Ces derniers ont parfois été désarçonnés par le niveau de ses interpellations.

Transaction"satisfaisante"

En 2011, soit près de 20 ans après le début de l’affaire Schneider/Didier Pineau-Valencienne qui l’a placé sous les feux de la rampe, André de Barsy a conclu une transaction avec le groupe français. Le montant n’a jamais été dévoilé. "Vous pouvez imaginer que je n’aurais jamais signé une transaction qui ne me satisfaisait pas", avait-il déclaré à l’époque. En justice, sa société Sogemindus avait estimé son préjudice à près d’un million d’euros.

Voilà sans doute ce que ferait ou devrait faire tout actionnaire soucieux de défendre au mieux ses intérêts. Mais tous n’ont pas les moyens voire les compétences nécessaires. André de Barsy, lui, les a.

Il a dès lors mobilisé ses talents d’actionnaire activiste lors de plusieurs grandes opérations financières qui ont émaillé la cote belge ces dernières décennies: Suez-Electrabel, BNP-Cobepa, Umicore-Nyrstar, Punch International-Prolion, Nyrstar-Trafigura ou encore BNP Paribas-Fortis Banque. On n’est donc pas étonné de voir ce censeur du monde financier récidiver en participant désormais à la fronde des petits porteurs contre l’offre de reprise des actions Spadel.

Preuve qu’en Bourse, on peut encore jouer au-delà de 77 ans, son âge actuel, André de Barsy a le mérite de mettre ses théories en pratique sur les marchés, parce qu’il y croit. Ainsi, ayant jugé le prix de l’offre sur Spadel trop faible à 95 euros par action, il n’a pas hésité à augmenter sa position dans la société en achetant, entre septembre et décembre 2015, près de 26.000 actions Spadel supplémentaires pour un total de 2,5 millions d’euros. Et ces acquisitions ont été réalisées à un prix supérieur à celui de l’offre, signe que de Barsy est convaincu qu’il en obtiendra davantage…

Alors qu’il avait toujours agi en solitaire dans le passé, André de Barsy travaille, dans ce dossier, main dans la main avec le bureau Deminor, spécialisé dans la défense d’actionnaires minoritaires. Il n’est jamais trop tard pour partager son expérience avec autrui.

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