Avec Axel Dumas, Hermès ne connaît pas la crise

Sous son impulsion, la célèbre marque à la calèche enregistre une année record. Le groupe de luxe affiche une capitalisation de plus de 45,2 milliards d’euros.

Ventes, bénéfice, marge… 2016 est l’année de tous les records pour le groupe de luxe Hermès International, le joyau français du Faubourg Saint-Honoré. Le sellier-maroquinier a publié hier un bénéfice net de 1,1 milliard (+ 13% sur un an), après avoir déjà annoncé début février des ventes annuelles record, à 5,2 milliards d’euros (+ 7,4% de progression organique sur un an). "Des niveaux historiques ont été atteints, ce qui prouve la solidité d’Hermès au cours de cette année", s’est félicité hier le président Axel Dumas lors d’une conférence téléphonique. La rentabilité opérationnelle atteint 32,6%, en hausse de 0,8 point, son plus haut niveau historique, notamment grâce à l’impact favorable des changes. "Nous étions forcément prudents sur cette année, qui s’est passée presque mieux qu’on ne l’aurait pensé", explique le président.

Le profil
  • Né le 3 juillet 1970 à Neuilly-sur-Seine.
  • Entre en 2003 chez Hermès International.
  • Est nommé directeur général des opérations en 2011.
  • En 2013, est nommé co-gérant aux côtés de Patrick Thomas.
  • Devient seul gérant d’Hermès International en janvier 2014.
  • Clôt le conflit avec Bernard Arnault qui réduit sa participation dans le groupe à 8,5% du capital en septembre 2014.

Malgré la crise, toutes les zones géographiques ont été en croissance en 2016 et l’activité Maroquinerie et Sellerie – le pilier du groupe – a contribué pour moitié au chiffre d’affaires total (contre la soie en 1998), clôturant l’année sur une hausse de 14%. Aux côtés des emblématiques sacs Birkin et Kelly, les Constance, Halzan et Lindy ont su séduire à leur tour, ces modèles ayant été produits l’an passé "à un rythme soutenu" par les quinze manufactures nationales qui fournissent les quelque 300 boutiques mondiales. "Près de 600 personnes ont été recrutées l’an dernier, essentiellement dans la production et la vente, dont plus de 400 en France", a tenu à souligner le dirigeant du groupe qui comptait 12.834 salariés à fin décembre (dont 7.881 dans l’Hexagone). Pour Axel Dumas, Hermès entre "en 2017 avec une base solide", mais reste tout de même "prudent face aux incertitudes globales qui nous entourent et au monde très incertain (…), mais nos objectifs de ventes sont ambitieux par rapport au marché".

Fier de son indépendance

La prudence est le maître mot de ce protestant, père de deux enfants. "Il faut toujours être prudent, pour tout", aime-t-il à dire. Héritier de la sixième génération qui a fondé la marque à la calèche en 1837, Axel Dumas tient à l’indépendance de sa maison. Le neveu de Jean-Louis Dumas qui transforma la maison française en marque de luxe mondiale l’a prouvé. Il fait ses armes en résolvant le violent conflit qui opposait le groupe familial à LVMH entre 2010 et 2014. C’est lui qui convainc dès 2011 la centaine de membres de la famille de réunir leurs actions dans un holding (H51 regroupant 51% du groupe où chaque héritier s’engage à conserver ses parts pendant vingt ans) pour contrer la menace d’une prise de contrôle hostile par Bernard Arnault qui a discrètement croqué plus de 23% du capital. Unie, la famille Hermès parvient alors à contrecarrer les plans de l’impétrant homme d’affaires.

Vite repéré

©BELGAIMAGE

À 46 ans, ce patron aux allures de dandy (avec ses costumes croisés impeccables) a un joli parcours. Côté diplôme, il dispose d’une maîtrise de droit, d’une licence de philosophie et sort lauréat de Sciences Po Paris. Côté expériences, il les accumule à travers le monde. Impressionné par la Chine, il rêve de vivre à Pékin et y pose ses valises de banquier. Il n’y reste finalement pas si longtemps et rejoint Paris avant de découvrir New York. À la mort de sa mère en 2003, son oncle Jean-Louis lui propose d’intégrer l’entreprise familiale. Il accepte sans trop réfléchir et le voilà nommé auditeur à la direction financière d’Hermès. Il y fait ses classes avant d’être rapidement repéré par le patron de l’époque, Patrick Thomas. Sous son aile, il grimpe les échelons. Il devient directeur commercial France puis prend la direction d’Hermès Bijouterie en 2006 avant de reprendre celle de la maroquinerie-sellerie deux ans plus tard. Nommé directeur général des opérations en mai 2011, il devient mi-2013 co-gérant aux côtés de son mentor Patrick Thomas et à sa retraite six mois plus tard, le seul gérant du groupe de luxe français épaulé par son cousin Pierre-Alexis, directeur artistique.

L’Orange Hermès

La couleur emblématique de la marque est liée à une rupture de stock de colorants pendant la seconde guerre mondiale. La pénurie de pigments marron – couleur d’origine de la manufacture – pendant l’Occupation a contraint la luxueuse marque à produire ses boîtes en orange. Depuis, l’orange est devenue partie intégrante de son identité.

Tradition familiale

Comme tous les membres de la famille, Axel Dumas a appris à coudre pour s’imprégner du travail des artisans. S’il sait fabriquer un porte-cartes ou un semainier, le patron d’Hermès est moins doué pour la couture que pour l’astiquage du cuir et sa teinture selon son propre aveu.

 

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