Avec Opel, l'ambitieux Carlos Tavares tient sa revanche

Sous l’impulsion de Carlos Tavares, PSA opère un virage historique en s’offrant le constructeur allemand Opel pour 1,3 milliard d’euros.

Quelle revanche! À 58 ans, Carlos Antunes Tavares règne sur le deuxième groupe automobile européen derrière Volkswagen . Il réussit le tour de force de doubler son rival Renault dont il a été viré en 2013. Avec le rachat d’Opel, propriété de General Motors depuis 1929, le groupe automobile français fait coup triple: il détient désormais trois marques (Peugeot , Citroën, Opel), produit plus de 4 millions de voitures par an et se renforce sur deux marchés majeurs (l’Allemagne et le Royaume-Uni.)

Beau tableau de chasse pour le patron de PSA, obnubilé lui-même par la performance. Ingénieur passionné d’automobile, manager féru de compétition, Carlos Tavares a transformé en trois ans PSA en entreprise conquérante. Pour l’ex-grand malade du secteur, ce retour en grâce relève presque du miracle. Il y a à quatre ans à peine, le groupe moribond est aux abois, plombé par des finances catastrophiques (5 milliards d’euros en 2012 puis 2,3 milliards en 2013), des ventes en chute… Appelés à son chevet, l’Etat français et un actionnaire tiers, le constructeur automobile chinois DongFeng, renflouent le groupe en perdition et s’octroient ensemble 14% de son capital, diluant au passage le groupe familial historique (les Peugeot désormais propriétaires de 14% du capital). Ils impulsent aussitôt une nouvelle direction, propulsant début 2014 à sa tête un transfuge de chez Renault, son numéro deux qui se voyait déjà prendre la place de Carlos Ghosn.

Le profil
  • Né le 14 août 1958 à Lisbonne (Portugal)
  • 1981 Diplômé de l’Ecole centrale Paris, il entre chez Renault
  • 2005 Responsable des opérations de la région Amériques chez Nissan
  • 2011-13 Directeur général délégué aux opérations chez Renault
  • 31 mars 2014 Président du directoire de PSA

Surnommé "le petit Carlos" en référence justement à Carlos Ghosn, Tavares n’a pas froid aux yeux. C’est un homme de défis. En deux ans aux commandes de PSA, il lance deux plans stratégiques.Il le passe à la paille de fer d’un premier plan, baptisé "Back to the Race" (Retour dans la course) pour le remettre sur les rails. Les opérations industrielles sont rationalisées au maximum pour limiter le gaspillage, quitte à trancher dans le vif en supprimant des modèles non rentables et des lignes de montage dans certaines usines. Les employés acceptent davantage de flexibilité et une modération salariale contre l’engagement de maintenir des sites industriels. Et ça marche: il atteint ses objectifs avec deux ans d’avance sur son plan, porté il est vrai par la reprise du marché automobile européen et une meilleure rentabilité. Restructuré de fond en comble, PSA renoue avec le vert et peut repartir à l’offensive. PSA engrange un bénéfice de 1,2 milliard d’euros dès 2015 et le double presque en 2016.

Pied au plancher

Extrêmement exigeant avec lui-même comme avec ses collaborateurs, Carlos Tavares réclame discipline et efficacité à ses troupes. Connu pour son visage anguleux, ses fines lunettes et ses costumes austères, l’homme n’aime pas perdre son temps et minute tout, notamment ses réunions et ses repas. C’est l’heure de son second plan stratégique début 2016 "Push to Pass", du nom du système sur les voitures de course qui déclenche plus de puissance moteur pour aider à doubler. Les trois marques voient leur identité évoluer: Peugeot devient la marque généraliste premium, Citroën la marque populaire tandis que DS incarne le label haut de gamme. Et le groupe se fixe un plan de lancement de 28 nouveaux modèles entre 2016 et 2020.

Avec Opel dans son escarcelle, Carlos Tavares réussit une prise de guerre éclair à l’image de son parcours. Né au Portugal, le jeune Carlos étudie au lycée français de Lisbonne, où sa mère enseigne le français. Son père, expert-comptable, travaille, lui, pour une compagnie d’assurance française. Fan d’automobile, le brillant élève intègre, dès ses 17 ans, une classe préparatoire en maths à Toulouse avant d’entrer du premier coup à l’Ecole centrale en 1978. à sa sortie, l’ingénieur débutant fait ses débuts chez Renault où il gravit quatre à quatre les échelons jusqu’à devenir le dauphin de Ghosn. Aujourd’hui aux commandes de son principal rival, l’ambitieux a plus que jamais soif de compétition.

Un conquistador

Quand il signe ses e-mails, Carlos Tavares emploie volontiers des formules de conquistador. Du type "Let’s win" (il faut gagner), ou "Keep on fighting" (Continuez le combat)… Des anglicismes dont il use aussi pour mobiliser ses équipes.

Fan d’autos

Le week-end, lorsqu’il n’est pas sur les circuits, Carlos Tavares aime bricoler des modèles anciens dans l’atelier attenant à sa maison de Rambouillet. Il a déjà disputé plus de 500 courses et ne manque jamais le Monte-Carlo historique qu’il court dans une vieille Peugeot 504 entretenue par ses soins.

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