Benoît Nihant, l'artisan chocolatier apprend à planter

L’événement est rarissime: voilà un artisan chocolatier qui investit dans une plantation de cacaoyers. Le Liégeois Benoît Nihant recherche le goût ultime…

Il était déjà cacaofévier, c’est-à-dire qu’il transforme lui-même les fèves de cacao en confiserie de chocolat, ce qui ne court pas les rues dans le secteur des artisans chocolatiers: il y en aurait une quarantaine tout au plus dans le monde. Désormais, il pourra ajouter "planteur" à la liste de ses métiers. Car Benoît Nihant vient d’acheter des terres à San José de Sisa, au Pérou, et d’y planter une série d’espèces rares de cacaoyers. Le maître chocolatier liégeois y a installé une équipe qui lui fournira, d’ici quatre ou cinq ans, les premières fèves à transformer. Une telle intégration verticale est sans doute une première dans le domaine artisanal.

Les débuts d’une success story

Pour Benoît Nihant et son épouse Anne, l’aventure a commencé il y a une dizaine d’années… Après avoir travaillé sept ans durant dans l’industrie sidérurgique et de la défense, Benoît décide de tout lâcher pour s’adonner à sa passion: le chocolat.

Le profil
  • Né le 16 février 1974
  • Crée avec sa femme Anne leur société Ben & Chocolats en 2005
  • Décroche ses premières commandes auprès de deux restaurants étoilés à Bruxelles
  • Emménage sur 1.300 m² à Awans au printemps 2015
  • Crée un partenariat au Japon, où ses produits sont écoulés via 17 points de vente
  • Acquiert des terres au Pérou et y plante ses premiers cacaoyers en septembre 2016

Ingénieur commercial de formation, il se lance avec pour objectif de "créer le meilleur chocolat qui soit", pas moins.

Il met ses premières recettes au point avec sa femme dans un garage. Ambitieux, il prend le pari d’aller proposer ses premiers chocolats en dégustation à la "Villa Lorraine" et au "Comme chez soi", deux des restaurants les plus réputés de Bruxelles. "On en est ressorti avec des commandes!" C’est le début d’une success story. "C’est un métier où l’on crée sans cesse et où l’on touche les gens", dit-il.

Aux quatre coins du globe

À la recherche "du goût ultime" et d’une large palette d’arômes, Benoît prend son bâton de pèlerin pour visiter les plantations aux quatre coins du globe. il privilégie les petites plantations familiales où il est sûr de pouvoir acheter des fèves non mélangées. "En mêlant les fèves de différentes plantations, les industriels du chocolat en annulent les goûts." Il transforme les fèves et développe des chocolats et pralines qu’il classe par terroir, par origine.

©AFP

La réputation de la maison grandit vite. Le garage est remplacé par un atelier, puis un autre, à Trooz. L’an dernier, Benoît déménage toute son entreprise, Ben & Chocolats, de Trooz à Awans, où elle intègre un espace dédié de 1.300 m². Dans la foulée, le chocolatier-cacaofévier réalise un de ses vieux rêves: faire installer deux anciennes machines dans ses ateliers, un broyeur à cacao datant du XIXe siècle et un torréfacteur des années 1950, "pour arriver à mieux maîtriser les nuances aromatiques qui existent dans le chocolat", explique-t-il.

Aujourd’hui, Benoît règne sur un groupe qui emploie 24 personnes et compte cinq magasins en Belgique, plus dix-sept points de vente exploités en partenariat au Japon. Il vient d’ouvrir un premier établissement à Dubaï début de ce mois. Et pour ceux qui en douteraient encore, l’investissement qu’il vient de faire dans la plantation confirme que cet homme de 42 ans s’inscrit dans le long terme.

En bref

Affaire de goûts

"Chaque terroir a ses caractéristiques en matière de goût: un chocolat fait au départ de fèves malgaches aura, par exemple, une robe de fruits rouges en entrée de bouche, tandis qu’un chocolat cubain aura des notes de fumée, de tabac et de café."

Terroirs

Benoît Nihant invite au voyage par chocolat interposé. Les produits qu’il propose aujourd’hui ont été élaborés au départ de fèves provenant de Madagascar, Cuba, Nicaragua, Guatemala, Venezuela, Honduras, République dominicaine et Equateur.

Commerce équitable

Le chocolatier tient à rémunérer correctement ses planteurs et à les inciter, entre autres, à conserver leurs anciens arbres, dont les fèves donneront plus de goût. Il achète le kilo de fève de cacao au prix de 6 à 12 euros, alors qu’actuellement, son cours de Bourse tourne autour des 3,30 dollars.

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