Bruno Roger-Petit, de la "langue de p…" à la langue de bois

Philippe Bonnet

Le journaliste Bruno Roger-Petit a été nommé porte-parole de l’Elysée. Sa mission? "Relayer la parole publique." On le savait très très proche de Macron.

Grâce à la mémoire infaillible de l’Institut national de l’audiovisuel, on peut voir le journaliste Bruno Roger-Petit tout sourire, jeter un soir les fiches du Journal de la nuit qu’il présentait sur la deuxième chaîne au mois d’octobre 1997. Nommé hier porte-parole de l’Elysée avec prise de fonction dès le premier septembre, celui qui est devenu un chroniqueur politique réputé pour son impertinence, va devoir reléguer au fond d’un tiroir sa carte de presse. De même qu’avec l’aide des services de l’Elysée, il a supprimé dans la foulée son compte Twitter: tout un symbole.

"BRP", comme le surnomment familièrement ses confrères, va devoir s’atteler au délicat, voire douloureux, exercice de la langue de bois. Ce qui ne manque pas de piquant pour ce journaliste qui animait encore il y a quelques années une émission intitulée "Langue de p…" sur l’antenne de BFM. Ce vieux jeune homme de 54 ans renonce ainsi à cette liberté qui fait tout le sel du métier de chroniqueur, afin d’accompagner Emmanuel Macron.

Le profil
  • Né le 30 septembre 1962.
  • Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, section Service public (1987)/Maîtrise en droit public.
  • Recruté à Antenne 2 en 1988, Bruno Roger-Petit devient présentateur des journaux du matin et de la nuit (1994-1998).
  • En 1998, Bruno Roger-Petit anime l’émission Langue de p… sur la radio BFM.
  • Contributeur du Nouvelobs.com jusqu’en 2015, il rejoint par la suite le site web de Challenges.
  • Consultant régulier de l’émission Sport et news sur i-Télé. Alimente un blog sur le site Sport24.com.

Si peu tendre avec les personnages qu’il brocardait de sa plume, il avait cependant assoupli son langage au vitriol dans les colonnes de l’hebdomadaire Challenges, à l’égard d’un candidat dont il était de toute évidence tombé sous le charme. À l’instar de la journaliste Laurence Haïm qui fut un temps porte-parole du mouvement En Marche! Au point que la rédaction de Challenges avait fini par s’émouvoir de la tendance pro-macron qui prévalait dans les pages et en particulier celle de Bruno Roger-Petit, lequel avait par exemple fermement défendu l’invitation faite à Donald Trump d’assister au défilé du 14 juillet. Il dénonçait, la veille de la fête nationale, cette France minoritaire, "souverainiste", hostile à cette venue, occupant "une place médiatique démultipliée (…) au regard de la réalité de son espace électoral". La Société des journalistes de Challenges avait alors demandé aux éditorialistes de l’hebdomadaire "de bien vouloir faire preuve de plus de mesure, voire de recul, dans leurs articles", c’est dire si le feu couvait.

L’allégeance ainsi matérialisée du chroniqueur a donc fini par ressembler à une candidature spontanée pour celui qui avait néanmoins assuré ses arrières en prévoyant, selon l’édition en ligne du Monde d’hier, de rejoindre en septembre l’équipe de Christophe Hondelatte sur Europe1. Selon le communiqué du palais, le polémiste "aura pour mission de relayer la parole publique de l’Elysée et utilisera pour ce faire tous les moyens à sa disposition, notamment le compte Twitter de la présidence". Cette nomination est d’évidence un pari pris par Emmanuel Macron qui entend ainsi reconfigurer dans le bons sens ses relations avec la presse. A contrario, ce sera aussi un soulagement pour ceux qui voyaient le cuir de leur peau régulièrement percé par les banderilles de "BRP". Sur le compte Twitter de la présidence de la République où chaque mot devra être soupesé au milligramme près, l’ex-journaliste devra faire montre de cette retenue propre à toute communication officielle. Combien de temps pourra-t-il tenir, muré dans cette posture de moine cloîtré, là est la question.

Railleries

"Officialisation d’un rôle officieux" pouvait-on lire sur Twitter parmi les réactions trempées à l’acide à cette nomination. "BRP" est réputé avoir été le seul journaliste à fêter à la brasserie La Rotonde la qualification d’Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle.

Imitations

S’inspirant de la maire de Lille Martine Aubry, "BRP" tweetait le 7 juillet 2017 à propos de la maire de Paris: "Hidalgo comment dire? Ras-le-bol!" soit exactement ce qu’avait dit Martine Aubry à propos d’un certain… Emmanuel Macron en 2015.

 

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