Cécile Djunga, chantre malgré elle de l'antiracisme

©RTBF

En proclamant sur Facebook son ras-le-bol des attaques racistes dont elle est victime, la comédienne devrait provoquer un indispensable électrochoc.

C’était au départ un "simple" coup de gueule comme on en trouve chaque jour des dizaines sur les réseaux sociaux. Mais en postant sur Facebook une vidéo où elle clame son exaspération d’être victime d’incessantes d’attaques racistes, Cécile Djunga, comédienne et présentatrice de la météo à la RTBF, a sans doute provoqué un énorme appel d’air pour celles et ceux qui sont victimes d’une xénophobie rampante.

La goutte qui a fait déborder ce vase nauséabond? Ceci: "Si vous voulez rire, j’en ai une bonne pour vous aujourd’hui. Hier, au boulot, à la météo, il y a une dame qui a appelé pour dire que j’étais trop noire, qu’on ne voyait rien à l’écran, qu’on ne voyait que mes vêtements et que je ne passais pas bien à la télé parce que j’étais trop noire et qu’il fallait me le dire." Au début le ton est assez détaché, la comédienne semble tourner en dérision cette remarque pathétique, avant d’être submergée par ses émotions et de fondre en larmes, appelant les victimes de discrimination à ne plus se laisser faire, espérant ainsi libérer la parole, secouer les consciences, "faire bouger les choses", pour reprendre une expression éculée.

La "magie" des réseaux sociaux fit le reste. Jeudi après-midi, 24 heures après avoir été postée, la vidéo avait été vue un million de fois, suscité près de 9.000 commentaires sur sa page et partagée 28.000 fois. Libération, Le Monde, la BBC et TF1 pour ne citer qu’eux se sont emparés du sujet. Sans surprise, le politique a opportunément rebondi sur l’affaire et l’intéressée a déjà été sollicitée pour intervenir dans des débats sur le racisme.

Étoile montante

Jusqu’alors, Cécile Djunga était surtout connue pour être une étoile montante du Landerneau médiatico-humoristique belge. D’origine congolaise, la jeune femme de 29 ans, dit être belge à 100%, parle le néerlandais couramment et à ceux qui lui demandent de "retourner dans son pays", elle répond dans sa vidéo que c’est impossible puisqu’elle y est déjà, en Belgique.

Le grand public a appris à la connaître en juin 2017 lorsqu’elle devint une des présentatrices de la météo de la RTBF. Ce qui lui permet de mettre du beurre dans les épinards, et, elle le reconnaît dans ses interviews, de doper sa visibilité. Car son premier job, c’est comédienne, un métier de saltimbanque payé au lance-pierres quand on se lance. "À Paris, au Cours Florent, j’ai vécu pendant six ans à découvert. Maintenant j’arrive à en vivre, ça va mieux. Souvent les artistes font des projets qui leur tiennent à cœur, mais qui sont mal payés", confiait-elle à L’Echo en juin dernier. C’est en effet dans la prestigieuse école de théâtre qu’elle s’est formée à la comédie musicale. Elle en est sortie en 2011 avec la mention "très bien". Auparavant, cette artiste éclectique, pétillante et spontanée, avait suivi à Bruxelles des formations en chant, danse et guitare.

©France Dubois

Dans l’audiovisuel, on la vit d’abord dans une pub pour McDonald’s tournée par Jacques Audiard, cinéaste multiprimé. Elle fit quelques apparitions au cinéma, au théâtre avant de se révéler à la télévision dans le Jamel Comedy Club sur Canal +. La RTBF la repéra et la mit à toutes les sauces: météo, coprésentation de The Voice, séquences sur la plateforme Tarmac dédié à la culture hip-hop, animation de Time’s Up! sur OufTivi. En France, les téléspectateurs français peuvent actuellement la voir dans la série Tattoo Cover sur NT1 (groupe TF1).

Parallèlement, Cécile Djunga écrit ses propres one-woman shows: d’abord "One Killeuse Show", joué à Paris et à Bruxelles et, cette année, "Presque célèbre" – dans lequel elle évoque, déjà, le racisme. Dans les semaines qui viennent, 25 dates sont au programme en Belgique, en France et en Suisse pour ce spectacle au titre prémonitoire. Car aujourd’hui plus grand monde sans doute n’ignore qui est Cécile Djunga.

 

Peu de diversité dans les médias

Le Baromètre de la Diversité et de l’Égalité du CSA observe une faible visibilité des personnes "non blanches" et particulièrement des femmes issues de la diversité dans les programmes télévisés. On y trouve moins de 4% de personnes issues de la diversité dans le rôle journaliste-animateur.trice. Quand elles le sont, c’est dans des rôles de figurants (notamment sportifs), de vox populi ou de candidat à un jeu.

Spontanéité

Un peu agacé, Pierre-André Itin, son manager, insiste: "On m’a demandé si c’était un coup marketing! Mais non! Sa démarche est totalement spontanée, elle ne veut pas faire que ça. Certes, cela va doper sa notoriété mais il faudra voir quand le soufflé sera retombé… Elle est comédienne et ne veut pas devenir présidente de SOS Racisme!"

Nombreux soutiens

Outre des milliers de messages sur les réseaux sociaux, Cécile Djunga a reçu de nombreuses marques de soutien. Visiblement choqué, le patron de la RTBF, Jean-Paul Philippot, a rappelé que le racisme est et reste un délit passible de poursuites judiciaires. Et d’ajouter: "Nous allons faire respecter la loi et poursuivre toutes ces personnes. Il n’y a pas d’impunité au racisme." De son côté, Unia, le centre interfédéral pour l’égalité des chances va ouvrir un dossier de sa propre initiative.

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