Cesare Battisti, clap de fin pour un irréductible

L’activiste italien d’extrême gauche Cesare Battisti, condamné en Italie pour sa participation à quatre meurtres, est arrivé en Italie pour purger une peine de réclusion à perpétuité, après des décennies de cavale.

Irréductible militant d’extrême gauche pour certains, vulgaire criminel pour d’autres, le "terroriste rouge" Cesare Battisti est arrivé hier, à l’aéroport romain de Ciampino, attendu par une foule de journalistes, un impressionnant dispositif de sécurité et le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini en personne.

"Il est grand temps qu’il pourrisse en prison."
Matteo Salvini (La Ligue)
ministre de l'Intérieur italien

Après une cavale qui a duré 37 ans, Battisti a été capturé samedi dernier à Santa Cruz, en Bolivie, par une équipe de l’Interpol, et immédiatement expulsé vers la péninsule à bord d’un avion militaire italien, un Falcon 900 blanc, siglé du drapeau national. "Il est grand temps qu’il pourrisse en prison", a répété Salvini, ne cachant pas sa satisfaction.

Années de plomb

Soutenu par les intellectuels

Battisti a toujours bénéficié de la protection d’intellectuels et de militants de gauche. Gabriel García Márquez, Fred Vargas, Bernard-Henri Lévy, Daniel Pennac ont lancé des appels en sa faveur. Et hier, à Rome, sur une banderole arborant le symbole des Brigades rouges, on pouvait lire: "Battisti libero".

 

Le fugitif le plus connu d’Italie, âgé aujourd’hui de 64 ans et condamné par contumace à la réclusion à perpétuité pour quatre assassinats commis au cours des sanglantes "années de plomb", n’affiche désormais plus son habituel regard défiant qui plaisait tant à ses défenseurs et qui horripilait ses victimes et les proches de ces dernières.

Son incroyable talent pour convertir des vols à main armée et l’homicide de commerçants innocents en courageux actes de militance politique avait séduit et convaincu une fidèle communauté d’intellectuels et d’hommes politiques à travers le monde, à commencer par l’ancien président français, François Mitterrand, qui lui avait offert protection et la possibilité d’une nouvelle vie à Paris.

Chanceux

"La prisonne résout rien"

Interviewé, pendant son long séjour français, par la télévision italienne qui l’exhorte à parler de ses innombrables crimes et lui demande pourquoi il n’assume pas ses responsabilités, Cesare Battisti, d’un air innocent, explique: "Ce n’est pas avec la prison que l’on résout les choses…"

Battisti a, en effet, longtemps été un homme profondément chanceux. Après une rocambolesque évasion d’une prison italienne, en 1981, il entame un parcours de clandestinité internationale qui l’amène au Mexique, à Paris et ensuite dans l’accueillant Brésil du président de gauche, Luiz Inácio Lula da Silva. Au cours de son éternelle fuite, il arbore d’innombrables identités, se forgeant une nouvelle virginité existentielle en France. A Paris, pendant un "exil" qui dure près de quinze ans, il se transforme en gardien d’immeubles et écrivain de romans policiers.

Il ne renie jamais ses idées politiques et son ancienne militance aux côtés des Prolétaires armés pour le communisme. L’assassin en fuite devient ainsi, dans les milieux parisiens d’une certaine gauche, l’indomptable icône d’une foi politique, un héros à protéger, l’innocente victime d’une impitoyable Justice d’Etat.

Petit cadeau

"Le climat international a changé. L’Italie est à nouveau respectée à travers le monde," a expliqué Salvini en se félicitant de la collaboration avec le Brésil du président Jair Bolsonaro qui, en campagne électorale, avait promis de livrer, en cas de victoire, "ce petit cadeau" aux autorités italiennes.

La politique a sauvé Battisti pendant quatre décennies de cavale, la politique à nouveau – au travers une inédite "internationale" de gouvernements populistes – le condamne aujourd’hui à la détention à perpétuité.

"Tu peux toujours compter sur nous," a twitté Bolsonaro à Salvini, juste après l’arrestation de Battisti, qui, retrouvant hier le ciel romain de sa jeunesse tourmentée, s’est rendu compte d’avoir définitivement épuisé tous ses jokers.

Le profil
  • Cesare Battisti est né en 1954 à Cisterna di Latina, près de Rome.
  • Condamné en 1981 pour appartenance à bande armée, il s’évade et fuit au Mexique.
  • En 1990, il s’installe à Paris, protégé par la "Doctrine Mitterrand".
  • L’année dernière, le Brésil, où Battisti s’est réfugié, signe un acte d’extradition vers l’Italie.
  • Le 12 janvier 2019, il est arrêté en Bolivie.

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