David Sassoli, de la petite lucarne au grand perchoir

Frédéric Rohart

Avec le social-démocrate italien David Sassoli élu mercredi à la présidence du Parlement européen, les principales fonctions de l’Union reviennent à quatre de ses pays fondateurs.

C’est ce qui s’appelle être élu dans un fauteuil. Le passage de relais entre le chrétien-démocrate Antonio Tajani et son compatriote socialiste David Sassoli n’aura demandé que deux tours de scrutin dans un Parlement pourtant crispé par l’issue du sommet des Vingt-Sept, la veille. Le Conseil revenant à un libéral et la Commission à une chrétienne-démocrate, le perchoir du Parlement européen devait échoir à la famille socialiste, classée deuxième par l’électeur. En toute indépendance, l’hémicycle a donc suivi le schéma suggéré par les chefs d’État et de gouvernement. David-Maria Sassoli a réuni 345 voix lors de ce vote à bulletins secrets, une majorité absolue des suffrages exprimés.

Rassembleur

Le profil
Le profil
  • 1956 Naissance à Florence, où il étudiera les sciences politiques avant d’entamer une carrière de journaliste.
  • 1992 Il entre en télévision. Il deviendra présentateur du journal de la Rai 1.
  • 2009 Il se fait élire sous l’étiquette socialiste (PD) au Parlement européen. Après sa réélection en 2014 il en deviendra vice-président.
  • 2019 Réélu pour la seconde fois, il est nommé président pour un mandat de deux ans et demi.

Ancien journaliste de la Rai, "il connaît très bien les rouages de l’institution parlementaire et il a un profil très rassembleur, ce qui est intéressant pour ce rôle", explique à Strasbourg Marie Arena. Il a aussi été le premier à réclamer au Parlement un cordon sanitaire autour des mouvements d’extrême droite, souligne la socialiste belge: "Il est très attentif à ces questions de droits fondamentaux, ça nous changera de Tajani." Elle souligne au passage qu’en le choisissant, la famille socialiste ne se sera pas laissé dicter le nom du Bulgare Sergueï Stanichev, qui circulait dans les scénarios du Conseil comme une piste de rééquilibrage géographique – aucun des grands postes ne revient à l’Europe centrale ou orientale.

David Sassoli a promis mercredi "de faire respecter, oui respecter!" le Parlement par les autres institutions. Une intention qui laisse Philippe Lamberts, coprésident du groupe des Verts, plus que sceptique: "C’est un brave type, il exécutera ce qu’on lui demandera de faire. Il va se faire bouffer tout cru par Klaus Welle", le secrétaire général de l’institution, un conservateur allemand.

Une promesse qui ne résonne en tout cas pas dans le vide: en désignant mardi Ursula von der Leyen comme candidate pour présider la Commission, le Conseil européen a tué le principe du "spitzenkandidat", selon lequel c’est un des candidats de tête de liste aux européennes qui remporte le poste. L’un des premiers actes demandés au nouveau Parlement sera donc de valider cette défaite institutionnelle en confirmant la nomination de l’Allemande, lors de sa session de fin juillet. Il faudra alors plus que la majorité relative réunie sur le nom de Sassoli, puisque pour cet autre scrutin, 376 voix seront nécessaires, soit 31 de plus que n’en a obtenu le social-démocrate.

Pas l’homme du Conseil

"Je ne suis pas l’homme du Conseil, je sors des rangs du Parlement", a souligné Sassoli mercredi. L’accord trouvé mardi entre les Vingt-Huit impliquait l’élection d’un socialiste à la tête du Parlement. Le nom du Bulgare Sergueï Stanichev avait circulé, qui aurait permis de cocher la case "Europe de l’Est" dans la répartition des grands postes.

400.000 voix

En 2009, il interrompt sa carrière de journaliste pour embrasser la politique quand l’ex-maire de Rome, Walter Veltroni, fait fusionner les deux grands partis de (centre) gauche pour créer le Parti démocrate (PD). Aux européennes, cette année-là, il obtient plus de 400.000 voix.

Encore journaliste

"Je n’ai pas complètement abandonné ma carrière de journaliste", indique-t-il. Il écrit encore pour des quotidiens et des revues et est coauteur d’un livre sur les conseils des ministres pendant l’enlèvement d’Aldo Moro, en 1978.

L’autre moitié

L’opération sera serrée. Le nouveau triumvirat pourrait-il avoir besoin des Verts pour asseoir sa majorité? Le cas échéant, le fait est que David Sassoli n’a qu’un mandat de deux ans et demi, et que l’autre moitié du mandat n’est pas mécaniquement acquise aux conservateurs. Le nom de Manfred Weber a bien été cité par sa Chancelière, mais le fait qu’il soit Allemand comme la candidate à la présidence de la Commission et comme le secrétaire général du Parlement ne l’aidera pas à passer la rampe. Imaginer les Verts venir en renfort de la coalition en échange d’un mandat au perchoir reste envisageable, estime Marie Arena: "Je pense que ça reste ouvert, il faudra voir qui reste autour de la table pendant les discussions programmatiques." Pour le coprésident du groupe écologiste Philippe Lamberts, la messe est dite: socialistes, chrétiens-démocrates et libéraux ont scellé leur accord "et ils ne veulent pas de nous".

David Sassoli, lui, a bien pris la barre de l’hémicycle. En paraphrasant Jean Monnet, père fondateur de l’Union: "Rien n’est possible sans les hommes et les femmes, rien n’est durable sans les institutions."

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