De la réalité virtuelle à la réalité toute crue

Jérôme Marin

Déjà en difficultés, le fondateur d’Oculus a été condamné par la justice américaine pour violation d’un accord de confidentialité.

Les ennuis se poursuivent pour Palmer Luckey, le fondateur d’Oculus, le fabricant de casques de réalité virtuelle racheté en 2014 par Facebook. Mercredi 1er février, un tribunal de Dallas l’a en effet reconnu coupable d’avoir violé un accord de confidentialité signé, quelques mois avec la vente de sa société, avec ZeniMax, un éditeur américain de jeux vidéo. Conséquence: Facebook, qui a fait appel, pourrait devoir verser 500 millions de dollars au plaignant.

Cette condamnation fragilise encore plus la position du jeune homme de 24 ans, déjà mise à mal en septembre dernier après des révélations sur son activité anonyme au sein d’un groupe de trolls sur internet soutenant Donald Trump. Démasqué, il s’était excusé. Depuis, ses fonctions ne sont plus très claires. Oculus assure qu’il n’a pas été remercié.

En 5 dates
  • Né le 19 septembre 1992.
  • 2009: Commence à s’intéresser à la réalité virtuelle.
  • 2011: Fonde Oculus VR
  • Septembre 2012: Oculus lève 2,5 millions de dollars sur Kickstarter.
  • Mars 2014: Oculus est racheté par Facebook pour 2 milliards de dollars.

Mais Palmer Luckey se fait discret. En octobre, il n’était ainsi pas présent à la conférence annuelle de la société à destination des développeurs. De fait, son témoignage mi-janvier lors du procès face à ZeniMax représentait sa première apparition publique depuis l’automne.

Porte-étendard de la réalité virtuelle

Palmer Luckey s’est fait connaître en 2012 avec les premières démonstrations publiques d’Oculus. L’enthousiasme est alors grand pour cette technologie enterrée depuis les années 90. Oculus lance une campagne sur Kickstarter, la plateforme de financement participatif. Un succès: 2,5 millions de dollars sont levés pour financer la conception d’un premier prototype. L’année suivante, la start-up entre dans la cour des grands en levant 90 millions de dollars auprès d’investisseurs.

De présentation en présentation, de salon en salon, le jeune homme devient une vedette que l’on se presse d’aller écouter. Véritable passionné, il est le porte-étendard de la réalité virtuelle. Il raconte ses premières expérimentations dans le garage de ses parents, qu’il finance en réparant des iPhone. Et il décrit sa collection de casques, qu’il déniche auprès d’hôpitaux ou de l’armée américaine. "La réalité virtuelle sera l’une des technologies les plus significatives du XXIe siècle, explique-t-il alors. Elle a le potentiel de changer drastiquement la manière dont nous jouons, communiquons et apprenons."

Racheté par Facebook

Mais la roue va vite tourner. En 2014, Oculus est racheté par Facebook pour deux milliards de dollars. Une partie de la communauté de passionnés considère cette opération comme une trahison. Palmer Luckey répond aux critiques, assurant que cela va permettre d’aller encore plus vite et d’investir davantage. Mais son image est durablement écornée.

Début 2016, c’est le prix de vente du Rift, la première version commerciale du casque d’Oculus, qui fait polémique. 600 dollars alors que le responsable avançait quelque mois plus tôt le montant de 350 dollars. Nouvelles excuses. Mais le mal est déjà fait. Les ventes ne décollent pas: moins de 250.000 exemplaires écoulés l’an passé selon les estimations de SuperData. Et sur les forums spécialisés, la condamnation de Palmer Luckey est saluée.

En bref

Dans le garage de ses parents

À 16 ans, Palmer Luckey décide de fabriquer un casque de réalité virtuelle pour ses jeux vidéo. Il fait alors le tour des enchères puis bricole. "Au bout d’un certain temps, je me suis rendu compte qu’il fallait repartir de zéro", raconte-t-il.

Groupe pro-Trump

En septembre dernier, le jeune homme verse 10.000 dollars à un groupe internet pro-Trump qui diffuse de fausses informations sur Hillary Clinton. Face à la polémique, Facebook lui demande de prendre du recul.

Lire également

Publicité
Publicité