Emma Walmsley, management à la hussarde

Moins d’un an après avoir pris la tête de GlaxoSmithKline, Emma Walmsley a profondément transformé le groupe pharmaceutique, qui vient d’acquérir les parts de la joint-venture avec Novartis pour 13 milliards de dollars.

En dehors des exigences purement financières des actionnaires, c’est la success story de l’année dans la City. Il n’a en effet fallu que onze mois à Emma Walmsley, directrice générale de GSK, pour reconfigurer le groupe pharmaceutique et l’installer solidement dans la décennie à venir. Le rachat de Novartis est peut-être le plus gros coup de l’année dans cette industrie. Il arrive à point nommé pour redonner quelques couleurs au drapeau britannique, même si l’indice boursier FTSE 100 ne s’est jamais aussi bien porté que depuis le Brexit, en raison notamment de l’effondrement de la livre sterling.

Le profil
  • Né en juin 1969 à Barrow-in-Furness (Angleterre)
  • 48 ans, mariée, 4 enfants
  • Etudié les Lettres modernes à Oxford
  • Carrière à L’Oréal, notamment dans la division healthcare (1993-2010)
  • Démarre une nouvelle carrière chez GSK en 2010

Emma Walmsley n’a pas eu besoin d’attendre cette acquisition, parfaitement orchestrée, pour tirer un bilan positif de sa première année aux manettes, malgré les fortes pressions actionnariales.

Les résultats annuels, annoncés en février, ont en effet vu GSK générer un montant record de ventes – 30,2 milliards de livres, en hausse de 3%. Son arrivée au pouvoir est trop récente pour conclure qu’elle a joué un rôle prépondérant dans ces bons résultats, mais elle n’est pas anodine si l’on considère le rythme qu’elle a très rapidement impulsé.

La décision la plus spectaculaire est de toute évidence le remplacement de 40% de l’équipe managériale au sommet. Une cinquantaine de "top managers" ont été priés d’aller exercer leurs talents ailleurs, au profit de nouvelles têtes venues de l’extérieur (Novartis, Google), ou promues des rangs inférieurs.

©EPA

"Au-delà de l’exécutif de court terme, nous voulons accentuer nos efforts sur la recherche et le développement, et nous préparer à la prochaine vague de croissance dans les années 2020", a justifié Emma Walmsley.

Ces changements menés au pas de charge sont aussi le fait de fortes pressions du conseil d’administration et des actionnaires. Depuis sa prise de fonction, et malgré la hausse importante du chiffre d’affaires, le cours a perdu environ 15% de sa valeur.

Convaincante mais impitoyable

Ceux qui connaissent de près Emma Walmsley ne doutent pas de sa faculté à résister aux tempêtes à venir, grâce à une personnalité dure, parfois rude, qui lui permet d’assumer le statut de première femme à diriger un grand groupe de l’industrie pharmaceutique.

Pas de place aux fausses excuses: Emma Walmsley est décrite comme un leader fort, dynamique et qui ne perd jamais de vues ses objectifs. La légende dit que petite, elle gagnait systématiquement le débat annuel avec ses parents sur le meilleur lieu de vacances en listant précisément les avantages et les inconvénients de chaque destination. Cette capacité à convaincre est généralement considérée comme sa principale qualité, aujourd’hui encore. Pour ce qui est du côté obscur de la force, Emma Walmlsey est décrite comme impitoyable avec les professionnels qui font preuve de faiblesse ou d’incompétence. D’où les quelques charrettes de départ de ces derniers mois…

Elle se décrit elle-même comme une fonceuse, à tout le moins une directrice qui voit davantage d’opportunités que d’obstacles. "Les gens regrettent beaucoup plus ce qu’ils ne font pas que ce qu’ils font", a-t-elle récemment affirmé.

L’histoire dira si cette vision s’applique au retrait de dernière minute de l’offre sur l’Américain Pfizer quelques jours avant le deal avec Novartis…

Les enfants suivront…

Mariée depuis 1995, elle est la mère de quatre enfants. Elle a occupé diverses postes dans plusieurs grandes villes comme New York, Londres, Paris et Shanghaï. Elle a considéré que le dépaysement était une chance pour ses enfants et a préféré les laisser s’immerger dans les cultures locales plutôt que de rejoindre des communautés d’expatriés.

Touche à tout

Longuement passée par la division healthcare de L’Oréal, Emma Walmsley a rejoint GSK en 2010. Elle occupait à L’Oréal un poste dans le marketing. Le virage vers les médicaments de GSK a donc été radical. Ses études n’avaient également rien à voir avec la médecine puisqu’elle a étudié les Lettres modernes à Oxford.

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