Giovanni Tria, l'équilibriste ambigu

©Bloomberg

Modéré, circonspect, diplomate, le ministre italien de l’Economie et des Finances, Giovanni Tria, ne ressemble nullement au gouvernement auquel il appartient.

Le profil
  • 28 septembre 1948: Naissance à Rome
  • De 2002 à 2009: Economiste de renom, il a été le directeur du Centre for Economic and International Studies de l’université Tor Vergata.
  • De 2002 à 2006 et de 2009 à 2012, il a été membre du conseil d’administration de l’Organisation internationale du Travail.
  • De 2010 à 2016, il a présidé l’Ecole nationale d’administration.
  • Le 1er juin 2018, il est nommé ministre de l’Economie et des Finances du gouvernement jaune-vert italien.

Depuis quelques semaines, contraint de défendre une manœuvre économique qu’il n’approuve secrètement pas et un projet de budget pour 2019 que la Commission européenne, la BCE, la Banque d’Italie ainsi que la Cour des comptes de la péninsule ont vivement critiqué, Giovanni Tria semble patauger entre un  devoir de réserve, le respect de son rôle institutionnel et un latent désir de fuite.

Pourtant, cet économiste romain de 70 ans, estimé en Italie tout comme à l’étranger, résiste. Placé à son poste par le président de la république, Sergio Mattarella, qui continue à voir en lui un précieux garde-fou contre les dérives eurosceptiques et eurocritiques des deux vice-présidents du Conseil italien, Matteo Salvini (Ligue) et Luigi Di Maio (Mouvement 5 étoiles), il n’a pas encore présenté sa démission comme de nombreux observateurs et médias italiens le prédisaient.

Coincé entre ses vice-présidents

Difficile pour Giovanni Tria de concocter un budget compatible avec l'Europe aux côtés d'europhobes convaincus. ©EPA

Dans son long et pénible "effort de résistance", Giovanni Tria a pourtant dû avaler d’innombrables couleuvres. Ce professeur d’économie discret, réservé et polyglotte, à la solide carrière universitaire – il a enseigné à la fois à Pérouse et à Rome – et ayant cumulé de nombreuses expériences professionnelles à l’étranger, semble en effet réduit, par les intempérances des deux encombrants vice-présidents du Conseil, à une simple comparse de la politique nationale.

Il y a quelques semaines seulement, il échouait à imposer – comme il semblait avoir promis à Bruxelles – un déficit à 1,6% du PIB pour 2019. Salvini et Di Maio, fidèles à leurs engagements électoraux et à leur rôle de pyromanes de la politique en Europe, l’ont contraint à présenter une manœuvre économique contemplant un déficit à 2,4% du PIB. Et, malgré les remontrances des partenaires européens, Giovanni Tria a dû, encore une fois, succomber aux pressions des deux vice-présidents du Conseil en gardant la première version du projet de budget substantiellement inchangée. Version officiellement rejetée hier par Bruxelles.

Raison d’Etat

S'il est un économiste réputé internationalement, Giovanni Tria n'est pas formé pour la politique comme ses confrères européens. ©EPA

Président de 2010 à 2016 de la prestigieuse Ecole nationale d’administration de la péninsule, Giovanni Tria sait pourtant parfaitement bien ce que représente la raison d’Etat, le respect des institutions et la défense de l’image internationale de son pays. "Lors de ma nomination, j’ai juré sur la Constitution de défendre l’intérêt de toute la nation", a-t-il déclaré à la presse italienne dans une tentative mal comprise d’expliquer sa paradoxale résilience gouvernementale.

Le regard timide, un sourire rassurant, Giovanni Tria est ainsi devenu une sorte d’ambigu équilibriste essayant de sauver le rapport névralgique de la péninsule avec l’Union européenne tout en se faisant le porte-parole d’un exécutif qu’il est appelé à apprivoiser et à légitimer au niveau international. Il s’agit probablement de la plus difficile mission que cet intellectuel de l’économie prêté, presque malgré lui, à la politique, a été contraint d’affronter.

Mieux informé par la presse

Selon les indiscrétions, Giovanni Tria aurait découvert l’ambition du gouvernement de renationaliser la compagnie aérienne nationale, Alitalia, en lisant la presse de la péninsule, pas par ses collègues au gouvernement.

Imité par un comique

Un comique italien connu vient de faire une très appréciée imitation de Tria où l’on voit le ministre démentir face aux journalistes, par un regard désespéré et des gestes affolés, ses propres déclarations sur la manœuvre économique.

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