Guillaume Hachez, le Belge qui fait chanter 500.000 GSM

À 23 ans, cet étudiant a créé QuickLyric, une application qui affiche les paroles des chansons que l’on écoute. En six mois, l’appli, traduite en 20 langues, a trouvé un public mondial.

"C’est parti d’un projet de week-end, que j’ai codé moi-même dans ma chambre en amateur." Casquette vissée sur la tête, serré dans un sweat-shirt American Apparel, Guillaume Hachez ressemble à n’importe quel étudiant. Avec un côté jeune geek qui aurait grandi trop vite.

Il faut dire que ce bachelier en sciences informatiques a de la suite dans les idées. Quand il a du mal à trouver les paroles de ses chansons préférées, il décide de remédier lui-même au problème. "Sur encore beaucoup d’applications, il faut faire une recherche manuelle. Il suffit de voir les milliards de recherches ‘lyrics’ sur Google." Guillaume crée donc sa propre application, pour "exploiter toutes les capacités du smartphone". Comme Shazam, elle est capable de reconnaître une chanson enregistrée au micro, et de scanner toute une librairie musicale. Elle compile alors les paroles, qui défilent automatiquement sur l’écran du smartphone. Publiée sur le Google Play Store en mars 2015, l’application accumule près de 500.000 téléchargements en deux mois. "Mais je ne payais pas de royalties, donc ils ont fermé mon app", explique Guillaume Hachez en riant.

Le profil
  • Né le 16 août 1994.
  • Bachelier en sciences informatiques à l’ULB.
  • Lance une application en amateur en mars 2015.
  • Fonde la start-up QuickLyric en février 2016.

Le jeune développeur décide donc de tout recommencer, cette fois en toute légalité et en bonne compagnie. L’incubateur Molengeek l’accueille dans sa communauté de start-ups, tandis que le fonds d’investissement wallon W.IN.G. lui octroie un prêt convertible de 25.000 euros. Fort de ces nouveaux chaperons, Guillaume Hachez a relancé son application en mars 2017. Six mois plus tard, QuickLyric est sur le point de dépasser le fameux cap des 500.000 téléchargements. Les plus grands utilisateurs se trouvent au Brésil, en Inde et en Indonésie.

Pour souder ce public international, Guillaume Hachez a misé sur la transparence: "L’application est gratuite, elle est même en open source." Open source, cela veut dire que n’importe quel utilisateur un tant soit peu versé dans l’art du code peut explorer les entrailles du logiciel, et y apporter sa touche. Comme cet Américain qui a ajouté une fonctionnalité pour retrouver les paroles de chansons récentes. Sous la double casquette de CEO et CTO, Guillaume gère presque toute l’application, de l’accueil des utilisateurs à la monétisation. Les contributions bénévoles sont une vraie bouffée d’air pour se développer gratuitement. L’entreprise grandissant, le codeur américain a même été pris pour faire un stage.

À l’assaut de San Francisco

QuickLyric 3.0 for Android

Guillaume Hachez doit tenir dès lundi un stand au TechCrunch Disrupt de San Fransisco. Plongé dans cette grand-messe des start-ups digitales, le jeune entrepreneur aura trois cibles: "La presse, les contacts et les investisseurs." Si sa popularité se confirme, QuickLyric a de quoi constituer toute une communauté d’utilisateurs capables de retranscrire et traduire des chansons du monde entier. Mais son fondateur reste prudent, notamment pour le portage sur l’Apple Store: "Android est un peu un public-test pour les différentes fonctionnalités. On veut devenir une plateforme mature, ensuite on pourra passer sur IOS." Guillaume Hachez ne cherche pas non plus les profits immédiats. Pour l’instant son appli profite surtout de son statut de petit nouveau. "On est encore en phase de croissance, mais je suis très confiant. Je sais que mon concurrent n’est devenu rentable que l’année dernière."

Alors pour le jeune Belge, l’avenir semble encore plein de promesses: "On aimerait clairement être un acteur massif, être présent sur toutes les plateformes, avoir des bureaux à travers le monde en Asie par exemple, on a de bonnes perspectives. Le rachat, c’est aussi une possibilité. Mais j’aimerais que QuickLyric reste indépendant et durable."

Le défi des profits

Face à une concurrence plus ancienne, le principal atout de QuickLyric est l’absence de pub intrusive. Mais la publicité est encore son unique business model. Alors Guillaume Hachez songe à d’autres sources de revenus: "Forcément, on récolte des informations, donc on pourrait recommander des artistes ou des concerts à proximité de l’utilisateur."

De Molenbeek à Tokyo

Quoi de plus normal pour une appli de paroles musicales que de cartonner au pays du karaoké? C’est un utilisateur japonais qui a créé la version nippone de QuickLyric. L’appli peut aussi transcrire les chansons japonaises, coréennes et chinoises en lettres latines. "Un exemple typique d’une demande du public à laquelle on ne s’attendait pas."

Carnet de paroles

Il n’y en a pas que pour les fans de karaoké. Dans la ville américaine de Georgetown, un homme de 70 ans utilise l’application pour chanter en même temps qu’il reprend ses chansons préférées au piano.


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