Günther Oettinger | L'intouchable "Trump" européen

Racisme, misogynie, relents homophobiques et mépris pour la démocratie. Le commissaire allemand Günther Oettinger a cumulé les fautes lors d’un discours indigne des valeurs européennes. Coutumier de ces dérapages, mais "protégé" par Berlin, il ne sera pas sanctionné.

L’Allemand Günther Oettinger a réussi l’exploit de faire parler de lui et de l’Europe durant les féralies, période où les institutions européennes sont d’ordinaire plongées dans un calme relatif.

Lors d’un discours improvisé devant un parterre d’hommes d’affaires à Hambourg, il a qualifié les Chinois de "malins sournois" et de "bridés", indiquant qu’il avait rencontré "neuf hommes appartenant au même parti", "sans démocratie", "tous peignés de gauche à droite avec du cirage noir". Il a affirmé ensuite qu’il est scandaleux que l’on verse une pension aux mères de famille, avant de s’en prendre au mariage homosexuel.

Le commissaire, s’étranglant sur la saga du Ceta, s’est attaqué à la Région wallonne, qu’il a qualifiée de "micro-région gérée par des communistes qui bloque toute l’Europe". Le consul honoraire de Belgique et le représentant de la Région wallonne ont quitté la salle. Le discours, filmé par un participant et révélé par l’hebdomadaire Der Spiegel, a fait le tour des médias.

Le "Trump" européen

Le profil
  • Né en 1953 à Stuttgart, Günther Oettinger est diplômé en droit et en sciences économiques. Il est membre de la CDU (Union chrétienne-démocrate d’Allemagne).
  • Il exerce la profession d’expert-comptable et puis d’avocat. Il mène en même temps une carrière de politicien, d’abord comme président des jeunes CDU en 1977. Il est nommé ministre-président du Land de Bade-Wurtemberg en 2005.
  • En 2010, il devient commissaire européen à l’Énergie. Dans la Commission Juncker (2014), il est chargé du Numérique.

Racisme, homophobie, misogynie, mépris pour la démocratie en un seul discours… M. Oettinger, se croyant probablement à couvert, n’y est pas allé de main morte.

Du coup, le monde découvre que la Commission européenne peut abriter des politiciens de la trempe d’un Trump, Le Pen ou autre Mélenchon. Des adeptes du "parler vrai" et du mépris affiché, l’air de rien, contre l’une ou l’autre minorité pour en faire l’ennemi commun, la cause de tous les maux.

Le style n’est pas neuf, ni propre à la droite. L’ex-Première ministre française Edith Cresson, une socialiste, avait qualifié dans les années 90 les Japonais de "fourmis" et les Anglais d’homosexuels refoulés.

Ce mépris décomplexé pour les minorités reprend vigueur. Il est amplifié par les réseaux sociaux, Twitter et Facebook, la communication instantanée, et se nourrit au terreau du défaitisme pathologique transmis par la crise économique de 2008.

M. Oettinger, né peu après la fin de la Seconde guerre mondiale, doit savoir mieux que quiconque où mènent ces saillies populistes. Ses excuses, à demi-mot jeudi dans un communiqué où il dit avoir été "franc et ouvert", n’en sont pas. Elles confirment, au contraire, la chute qualitative de la communication politique.

©EPA

Intouchable

La Commission Juncker n’a pas bougé. Elle pourtant si prompte à tancer Trump, le Premier ministre hongrois Orban ou les populistes à la tête de la Pologne. Son président Jean-Claude Juncker a eu, tout au plus, deux entretiens téléphoniques avec Günther Oettinger. Le premier avant les excuses, le second après.

Pour Berlin, pas question de le démissionner. "Angela Merkel veut que cette affaire soit enterrée au plus vite. Oettinger est membre de la CDU, mais ils ne sont pas proches. Pour elle, c’est une priorité de l’éloigner à Bruxelles", dit une source européenne. Un câble de l’ambassade américaine, envoyé le jour de la nomination d’Oettinger à Bruxelles, le qualifie de "canard boiteux" d’un bastion, la CDU, que la Chancelière veut écarter, "connu pour ses discours peu flatteurs".

M. Oettinger n’en est pas à son premier dérapage. En 2005, il affirme que les employés plus âgés doivent être moins rémunérés car ils sont moins productifs.

En 2007, il a fait l’éloge funéraire d’un ancien juge nazi, Hans Filbinger, soutenant qu’il n’avait jamais été national-socialiste. Il finit par se rétracter.

"Une chose est mauvaise: il n’est plus possible de faire la guerre", dit-il un jour devant la fraternité de son ancien collège.

Lors de la crise de la dette grecque, il suggère de mettre en berne les drapeaux des pays mauvais payeurs. Dans le Financial Times, il accuse la France d’être un "criminel récidiviste" en matière de budget public.

M. Oettinger doit hériter du portefeuille de vice-président et de commissaire au Budget. Son audition au Parlement européen sera chaude. Les Libéraux ont promis de l’interroger "sur son respect des valeurs européennes". Les Socialistes et les Verts le mettront aussi sur la sellette. "Cet épisode fut lamentable et scandaleux. La Commission donne des leçons, mais lorsqu’elle doit se l’appliquer à elle-même, elle est faible", dit Emmanuel Foulon, un porte-parole du S&D.

Provocateur

En 2000, lors d’un événement de la fraternité nationaliste de son ancien collège, Günther Oettinger chante une version controversée de l’hymne allemand, où il reprend le premier couplet "Deutschland, Deutschland über alles" qui avait été retiré pour sa connotation nazie.

Futur vice-président et commissaire au Budget

M. Oettinger doit reprendre le portefeuille du Budget et la vice-présidence de la Commission suite au départ de la Bulgare Kristalina Gueorguieva. Cette nouvelle controverse fragilise cette nomination.

Eloigné de ses compétences

Le commissaire chargé du Numérique se montre peu intéressé par internet et les nouvelles technologies. Il dit préférer les documents imprimés à Twitter ou Facebook. Malgré tout, grâce à ses liens avec le secteur, il réussit à faire progresser le dossier.

 

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