PORTRAIT: Joe Kennedy III, l'héritier discret et pas pressé

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Petit-neveu de JFK, le député Joe Kennedy III s’est jusqu’à présent montré discret. Hier, il a répondu, au nom des démocrates, au discours sur l’état de l’Union du président Trump, dénonçant avec vigueur le virage identitaire du successeur de Barack Obama.

C’est Joe Kennedy III, le petit-fils de Robert Kennedy et le petit-neveu de John F. Kennedy, qui a prononcé hier soir la réponse des démocrates au discours sur l’état de l’Union du président Trump. Rejetant l'idée selon laquelle les tensions de l'année écoulée résultaient du jeu politique traditionnel, Kennedy a dénoncé avec force une administration "qui ne s'attaque pas seulement aux lois qui nous protègent mais aussi à l'idée même que nous sommes tous dignes de protection".

Le contraste n’aurait pas pu être plus symbolique. Et c’est sans doute ce qui a poussé Nancy Pelosi, la chef de file de la minorité démocrate de la Chambre, à désigner l’un des nombreux héritiers du président et du sénateur assassinés pour ce rôle.

Dans le même temps, il n’y avait pas de garantie de résultat. S’il y a bien quelque chose d’aléatoire en génétique, c’est la transmission des caractères héréditaires.

Le profil
  • Joe Kennedy III naît le 4 octobre 1980, quelques minutes après son frère jumeau Matt.
  • Son père, Joseph Kennedy II, est député du Massachusetts de 1987 à 1999.
  • Il fait des études d’ingénieur commercial à Stanford et de droit à Harvard.
  • Il travaille comme juriste pour plusieurs procureurs avant de se lancer en politique.
  • Il est facilement élu au poste de député du Massachusetts en 2012 et réélu en 2014 et 2016.

Le principal intéressé a d’ailleurs lui-même soigneusement évité de jouer le rôle du Kennedy investi d’une mission historique. Le jeune député à la chevelure flamboyante a même carrément fait profil bas après l’annonce de sa désignation. "Regarder droit dans une caméra pendant 8 à 10 minutes, ce n’est pas facile à faire, à moins de s’appeler Al Pacino ou Robert Redford", affirmait-il sur une des chaînes locales de Boston dans les jours précédant le discours sur l’état de l’Union. "J’espère juste que je parviendrai à monter et à descendre de scène sans trébucher, me déshydrater ou ruiner ma carrière", confiait-il au Washington Post. En 2013, le sénateur républicain Marco Rubio s’était arrêté de parler au beau milieu de sa réponse au discours sur l’état de l’Union du président Obama pour boire de l’eau. L’épisode, raillé par la presse et sur les réseaux sociaux, l’avait poursuivi jusque dans sa campagne pour l’investiture républicaine en 2016.

Faire profil bas, c’est visiblement dans les habitudes de Joe Kennedy. Le jeune homme, qui exerce actuellement son troisième mandat de député du Massachusetts, n’a jusqu’à présent pas fait beaucoup de vagues au Congrès. Salué par les élus des deux bords pour son sérieux et sa modestie, il s’est surtout concentré sur les questions concernant le quotidien de ses électeurs du 4e district électoral du Massachusetts, pendant ses deux premiers mandats. Jusqu’à ce que Donald Trump soit élu et qu’il s’en prenne à l’Obamacare, aux transgenres et aux immigrés…

La révélation

C’est là que le côté justicier, défenseur de la veuve et de l’orphelin, du jeune Kennedy s’est réveillé. Il s’est alors ouvertement attaqué au président Trump et au chef de file des républicains à la Chambre, Paul Ryan. En mars 2017, il créait le buzz sur internet en s’en prenant vertement à Ryan, qui venait de déclarer assez maladroitement que vouloir abroger l’Obamacare était un "acte de pitié". "Avec tout le respect que je dois à notre Speaker (président de la Chambre, NDLR), lui et moi n’avons pas dû lire les mêmes Saintes Écritures", avait-il lancé avant de donner une véritable leçon de morale chrétienne et d’humanisme à Ryan. De quoi retenir l’attention des pontes du parti en quête de sang neuf. Et des médias…

Avec un nom comme ça, inutile de préciser que les ambitions politiques du jeune député suscitent leur lot de spéculations. Compte-t-il briguer le siège de sénateur du Massachusetts, qui avait été occupé par JFK et son autre grand-oncle, Ted? Pas tant qu’Elizabeth Warren ou Ed Markey, les deux sénateurs de l’État, n’ont pas annoncé qu’ils laissaient leur place, a-t-il dit et répété. Quant à la Maison-Blanche, il se montre encore moins pressé d’y entrer, et avoue ouvertement vouloir d’abord se consacrer à sa famille.

Un héritier fortuné

À quoi reconnaît-on un Kennedy? À son sourire et à son compte en banque, pourrait-on dire en schématisant franchement. Et de fait, Joe Kennedy a le sourire éclatant des Kennedy et la fortune qui l’accompagne. D’après le site opensecrets.com, elle se situait dans une fourchette de 19,55 à 66,97 millions de dollars en 2014.

Warren comme prof

Lorsqu’il étudiait à Harvard, Joe Kennedy a suivi les cours de droit d’Elizabeth Warren, à qui il pourrait bien succéder un jour au Sénat. C’est d’ailleurs à son cours qu’il a rencontré son épouse, Lauren Anne Birchfield, avec qui il a deux jeunes enfants. Warren et lui sont restés proches.

Le maillon sérieux

Joe Kennedy n’a apparemment rien à voir avec ses aïeux volages, fêtards et pas toujours très scrupuleux. Pour commencer, il ne boit pas d’alcool. À l’université, ce sont des verres de lait qu’il affonait pendant les épreuves de bizutage. Et entre ses études à Stanford et à Harvard, il est parti travailler pendant deux ans en République dominicaine pour les Peace Corps, une agence gouvernementale américaine s’occupant de questions humanitaires.

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