Kevin Systrom: fin de story amère pour le boss d'Instagram

©AFP

En conflit avec Mark Zuckerberg, Kevin Systrom a remis sa démission. Des changements importants pourraient intervenir chez Instagram.

Le départ est soudain. Lundi 24 septembre, dans la soirée, Kevin Systrom a annoncé qu’il allait quitter son poste de directeur général d’Instagram, la plate-forme de partage de photos et de vidéos qu’il a créée avec Mike Krieger, lui aussi sur le départ. Six ans après avoir accepté d’être racheté par Facebook  , le responsable évoque la volonté "de prendre des congés pour explorer à nouveau notre curiosité et notre créativité".

Le profil
  • 30 décembre 1983: Naissance dans le Massachusetts
  • 2006: Premier emploi chez Google
  • 2010: Fonde Instagram.
  • 2012: Accepte une offre de rachat de Facebook.
  • 2018: Démissionne d’Instagram.

Selon la presse américaine, sa démission aurait cependant été précipitée par des tensions grandissantes avec Mark Zuckerberg, le patron de Facebook. La semaine dernière, Kevin Systrom a même donné une interview au magazine mensuel du Wall Street Journal pour un portrait à paraître mi-octobre. Il figurait aussi au programme de deux importantes conférences.

Diplômé de l’université Stanford, Kevin Systrom a débuté sa carrière au sein du département marketing de Google  . En 2010, il conçoit Instagram. L’application rencontre rapidement un succès avec ses filtres donnant un effet vintage aux photos. Elle surfe sur l’émergence des smartphones, qui placent un appareil photo en permanence dans les mains de ses utilisateurs. En 18 mois, elle séduit près de 30 millions d’adeptes.

Un rachat à un milliard

En 2012, Instagram, deux ans à peine, ne comptait que 12 employés. Ce qui n'a pas empêché Mark Zuckerberg de proposer un rachat à un milliard de dollars. ©Photo News

En avril 2012, les fondateurs d’Instagram sont contactés par Mark Zuckerberg. En quelques jours, l’opération est conclue: l’application est rachetée pour un milliard de dollars. Un montant alors jugé extravagant pour une société ne générant pas le moindre chiffre d’affaires. Mais l’opération est depuis devenue coup de maître. En juin, Instagram a dépassé la barre du milliard d’utilisateurs dans le monde. Selon les estimations du cabinet eMarketer, ses recettes publicitaires devraient atteindre 5,5 milliards de dollars cette année.

Pendant longtemps, la direction d’Instagram a bénéficié d’une certaine indépendance. Ces derniers mois pourtant, les rumeurs de tensions entre Kevin Systrom et Mark Zuckerberg se faisaient de plus en plus insistantes. Ce dernier s’impliquait de plus en plus dans la gestion quotidienne. Et il a aussi imposé des changements dans les commentaires et dans le partage des photos et des vidéos entre les deux réseaux.

Simple division de Facebook

En avril, Instagram avait par ailleurs perdu une partie de son indépendance, en étant placé sous le contrôle direct de Chris Cox, le directeur des produits de Facebook. En outre, son responsable des produits, Kevin Weil, avait été remplacé par Adam Mosseri, un proche de Mark Zuckerberg désormais pressenti pour prendre les commandes de la plate-forme.

Kevin Systrom, à droite, en compagnie de Mike Krieger, à gauche, avec qui il a fondé Instagram. ©Photo News

La démission de Kevin Systrom et de Mike Krieger rappelle celle de Jan Koum, le fondateur et patron de WhatsApp, racheté en 2014 par Facebook pour 19 milliards de dollars. Celui-ci a quitté ses fonctions en avril après de multiples différends avec les responsables de sa maison mère.

Sans ses fondateurs, Instagram devrait devenir une simple division de Facebook. Cela pourrait ouvrir la voie à des changements. Par exemple, une intégration plus poussée avec l’application Facebook, pour inciter, voire forcer, ses utilisateurs à aussi publier sur leurs photos et "stories" sur le réseau social. Des notifications relatives à Facebook pourraient aussi être ajoutées à Instagram, comme cela a déjà été testé. Et la monétisation du service pourrait encore s’accélérer.

Il a vendu sans regrets

Selon les analystes, Instagram vaudrait aujourd’hui plus de 100 milliards de dollars. Mais Kevin Systrom ne regrette pas d’avoir vendu, estimant que la plate-forme a profité de l’aide de Facebook pour prospérer.

Stagiaire chez Twitter

Alors étudiant à Stanford, Kevin Systrom a effectué un stage de quatre mois chez Odeo, l’ancêtre de Twitter. "J’ai beaucoup appris de Jack Dorsey et d’Evan Williams", les deux fondateurs du site, explique-t-il.


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