Klaus Müller, le cauchemar de Volkswagen

©REUTERS

À la tête de la fédération des associations de défense des consommateurs VZBV, Klaus Müller, 48 ans, est à l’origine du procès collectif de clients allemands contre le constructeur VW.

Son nom était jusqu’à peu inconnu du grand public. Costume gris, chemise claire, cravate, fines lunettes rondes et cheveux plaqués en arrière, Klaus Müller ne ressemble guère malgré sa barbe de trois jours à l’activiste Vert qu’il a été par le passé. Il est depuis novembre dernier le héros d’une partie des clients du constructeur Volkswagen, floués par le scandale des moteurs diesel truqués.

Le profil
  • 1998: entre au Bundestag pour les Verts
  • 2000: devient ministre de la Consommation du Schleswig-Holstein (nord de l’Allemagne) et ainsi le plus jeune ministre d’un Land allemand.
  • 2005: se retrouve sur les bancs de l’opposition
  • 2006: directeur du Centre de défense des consommateurs de Rhénanie
  • 2014: directeur de la Fédération allemande des centres de défense des consommateurs

À la tête depuis cinq ans de la Fédération des centres de défense des consommateurs, la VZBV, sa première victoire a été d’obtenir au premier novembre 2018 une réforme du code pénal autorisant les plaintes groupées. Le jour même, une procédure de ce type était lancée contre VW. La VZBV représente dans ce procès qui s’est ouvert lundi quelques 450.000 propriétaires.

Depuis 10 ans, les défenseurs des consommateurs tentaient en vain d’obtenir du gouvernement la possibilité pour les clients de se grouper pour défendre leurs intérêts.

Klaus Müller, dont la carrière de défenseur des consommateurs a commencé voici neuf ans en Rhénanie, peut compter sur les nombreux appuis dont il jouit en politique. Il est notamment proche de Gerd Billen, secrétaire d’Etat au ministère de la Consommation, lui-même ancien chef de la VZBV.

Venu du monde politique

Müller lui-même vient de la politique. En 1998 il entre au Bundestag. Deux ans plus tard, il devient ministre de l’Environnement et de l’Économie du Schleswig Holstein. À 29 ans, il devient ainsi le plus jeune ministre d’un État régional allemand. Il quitte finalement la politique pour la défense des consommateurs, d’abord en Rhénanie puis au niveau fédéral.

La VZBV regroupe les 16 centres de défense de consommateurs régionaux financés par l’État, ainsi que 25 associations de protection des consommateurs, allant des droits des locataires à ceux des clients de Deutsche Bahn. La défense du consommateur en Allemagne? "Elle a un bon niveau, estime Klaus Müller, même si certains pays sont plus avancés, comme la Grande-Bretagne pour l’étiquetage des produits alimentaires malsains ou la Suède pour la vente de polices d’assurances ou de retraites complémentaires."

Pour ce père de deux enfants, la défense du consommateur doit d’abord être pédagogique. "Le client éclairé sur tous les sujets n’existe pas", insiste-t-il lors d’un symposium sur la consommation organisé par le quotidien Süddeutsche Zeitung, avant d’ajouter que lorsqu’ils se sentent trahis par l’industrie, les clients se tournent vers les populistes. "Le parti d’extrême droite AfD a réussi sur internet à devenir l’une des voix les plus écoutées sur le scandale des moteurs diesel truqués. Les gens se demandent quelle est la valeur de leur voiture, s’ils vont bientôt encore pouvoir rouler en ville… les populistes de droite profitent des peurs des consommateurs."

Plus gros scandale de consommation de l’histoire allemande, l’affaire VW va occuper les tribunaux pendant encore plusieurs années. Klaus Müller espère un accord à l’amiable, dans l’intérêt des consommateurs "qui veulent le plus rapidement possible toucher une indemnité". VW a pour l’heure exclu un tel accord à l’amiable.

Pas dans une bulle

Pour ne pas se retrouver perdre le contact avec le consommateur de base Klaus Müller est abonné aux tweets de la politicienne d’extrême droite Beatrix von Storch: "Je ne veux pas me retrouver dans une bulle", explique-t-il à ce sujet.

Via YouTube

Comment atteindre le public? Klaus Müller s’adresse sur YouTube à ses deux filles pour leur expliquer, et à travers elles à tous les enfants, ce qu’est la défense du consommateur.

 

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