portrait

L'anti bling-bling auquel aspirait la droite française

François Fillon a remporté la primaire de la droite et du centre, dimanche, en France. Personne ne l'avait vu venir...

Favori après sa victoire surprise du premier tour, François Fillon a battu Alain Juppé au second.

Pilote de course

©Photo News

Victoire inattendue, surprenante et écrasante. Personne ne l’a vu venir. Avec 44,1% des voix au premier tour de la primaire de la droite et du centre et près de 70% au second, François Fillon a, en excellent pilote de Formule 1, coiffé au poteau tous ses concurrents sur la dernière ligne droite. Exactement comme Jacky Ickx, son pilote préféré, aux 24 heures du Mans en 1969. Lui, qui a l’habitude de dire que les "sondages ne valent pas tripette", a su interpeller les électeurs et les inciter à ne "pas se laisser voler le vote par les sondeurs et les médias". Mieux, c’est avec eux — via 7.000 contributions populaires — qu’il dit avoir rédigé son programme, et à leurs côtés qu’il sillonne depuis près de trois ans le territoire national.

Fin politique

Homme discret et rugueux, François Fillon, 62 ans, est aussi un politique ambitieux et orgueilleux. En bon Sarthois, fils de notaire et d’une historienne, il a patiemment semé ses cailloux pendant les quarante années de son parcours politique. Celui qui aurait fait "un bon ministre de la Défense s’il n’avait pas été balladurien" en 1995 dixit Jacques Chirac, n’a jamais craint de dire haut et fort ce qu’il pense. Comme après son éviction du gouvernement en 2005: "De Chirac on ne retiendra rien, sauf mes réformes", lance-t-il. Ou après sa défaite fin 2012 à la présidence de l’UMP dans des conditions très controversées, face à Jean-François Copé contraint à la démission deux ans plus tard.

Le profil
  • 4 mars 1954: Naissance au Mans (Sarthe)
  • 1981: Élu député de la Sarthe
  • 1993: Nommé ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Malgré son soutien au candidat perdant Édouard Balladur, il est de tous les gouvernements de la mandature Chirac de 1995 à 2005.
  • 2002-2005: Nommé ministre des Affaires sociales et du Travail puis ministre de l’Éducation nationale
  • 2007-2012: Nommé premier ministre sous la présidence de Nicolas Sarkozy.
  • Depuis juin 2012: Élu député de Paris

Revendiquant son intégrité dans un milieu politique sans foi ni loi, il a longtemps fait figure de victime idéale. Bien qu’architecte de la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007, il va endurer — à coups de sciatiques répétées — son hyper présidence pendant cinq ans. Sarkozy l’abaisse régulièrement au rang de "collaborateur" mais doit se résoudre à le conserver à Matignon pendant cinq ans. Rancunier, Fillon lui assène le coup le plus violent cet été: "Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen?"

Sûr de lui

Habitué à être relégué au second plan, il est affublé – y compris au sein de sa propre famille politique – de nombreux sobriquets méprisants comme "Mister Nobody", "loser" ou "Courage Fillon!" (jeu de mots "courage, fuyons!" à propos de sa lâcheté lors des votes à l’Assemblée).

©EPA

"Il y a un mois, Fillon c’était Droopy et maintenant il ferait président?", s’esclaffait la semaine dernière le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll dans les colonnes de Libération. Comme le personnage animé de Tex Avery, Fillon ne respire pas la joie de vivre, il se montre peu charismatique, avance à la vitesse de la tortue de La Fontaine et tient des propos déprimants. Et pourtant, c’est bien lui le héros, comme se le répète sans cesse Droopy ("Vous savez quoi? Je suis le héros!").

Marié à une Franco-Galloise et père de cinq enfants, François Fillon, lui, n’a pas besoin de se le répéter. Il en est convaincu depuis longtemps, lui qui dit être candidat plus "par devoir" que "par envie". Candidat malheureux à la présidence de l’UMP en 2012 sur fond de tricheries, il tisse sa toile depuis des années. Il aurait fait un excellent candidat à la Mairie de Paris, mais il vise plus haut.

Lancé en campagne le premier dès 2013 avec pour slogan "Le courage de la vérité", il incarne l’intégrité et l’anti bling-bling à laquelle aspire désormais la droite. Prônant "un discours de vérité", il insiste sur cet État "en faillite", qu’il avait déjà évoqué lorsqu’il était à la tête du gouvernement en 2007. Après quarante ans dans l’ombre des autres, Droopy tient sa revanche.

En bref

Ado rebelle

Turbulent et insolent, le collégien Fillon est renvoyé trois jours pour avoir lancé en classe une ampoule lacrymogène. Dans ses bulletins scolaires, les professeurs le décrivent dissipé, fainéant et manquant de modestie. Plus tard, il emprunte discrètement la voiture de son père alors qu’il n’a pas le permis de conduire, organise des fêtes à la maison dès que ses parents sont partis, puisant dans la cave à vin familiale.

Hommage à Jacky Ickx

Le soir du premier tour, c’est une bière à la main devant ses militants, que François Fillon, ému, exprime son admiration pour le pilote belge. En 1969, "au début de la course des 24 Heures du Mans, Jacky Ickx part le dernier (en signe de protestation, il n’avait pas couru vers la voiture placée en épi au départ, NDLR) et le dimanche à 16h00 il franchit la ligne d’arrivée le premier… Il avait 120 mètres d’avance… "Nous ce soir, on a plusieurs tours!".

"Réparateur d’ordi"

Il est tellement fan de technologie et d’informatique, qu’à force de le voir entouré d’ordinateurs, l’un de ses enfants a déclaré en classe que leur père était réparateur d’ordinateurs. Aujourd’hui, ce sont les drones qui le passionnent. Dès qu’il a un moment, il s’amuse à piloter celui qu’il s’est fait offrir à Noël.

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