Le gynéco belge qui s'illustre sur le Nasdaq

Ernest Loumaye, propriétaire des Jardins d’Annevoie, fait aujourd’hui forte impression sur le Nasdaq avec ses médicaments pour femmes. Sa société Obseva vient de lever 73 millions de dollars.

L’entreprise de biotechnologie suisse Obseva  a récemment levé 73 millions de dollars. Le tour de capital avait été monté par le Belge Ernest Loumaye, le même qui avait créé l’entreprise en 2012 et continue de la diriger. Sa participation de 8,4% vaut pour l’heure quelque 45 millions d’euros.

Ernest Loumaye, aujourd’hui âgé de 66 ans, gynécologue de formation, a commencé sa carrière à l’hôpital universitaire de l’UCL avant d’atterrir à Genève après avoir été recruté par l’industrie pharmaceutique. "La recherche de fonds supplémentaires dans le monde académique est constante, et les entreprises pharmaceutiques mettent d’emblée beaucoup d’argent sur la table. 200 millions d’euros sont vite réunis quand elles y croient. C’est cette rapidité-là qui m’a attiré", confie-t-il pour expliquer sa reconversion dans le monde de l’entreprise. "J’ai pris la bonne décision à l’époque. J’ai participé au développement de médicaments. Et j’ai aussi gagné beaucoup d’argent", nous dit-il souriant.

Le profil
  • Belge, né en 1952
  • Docteur en médecine et spécialiste en gynécologie de l’Université de Louvain.
  • Création en 2006 de PregLem, une société biopharmaceutique suisse.
  • Création en 2012 d’Obseva. La société, basée à Genève, est cotée sur le Nasdaq depuis le début 2017.

Deux start-ups

L’entrepreneur a deux start-ups à son actif. Toutes deux se concentrent sur les médicaments féminins destinés, entre autres, à la lutte contre les complications lors de la grossesse. "Un marché en croissance, souligne-t-il. La grossesse intervient à un âge de plus en plus avancé. C’était à 22 ans il y a vingt ans, c’est à 30 ans passés aujourd’hui. Ce qui n’est évidemment pas sans conséquences."

©Kristof Vadino

La fertilité diminue naturellement avec l’âge, d’où le succès croissant de la fécondation in vitro. Mais la FIV ne donne pas de résultat immédiatement dans la plupart des cas. "Grâce à notre médication, le taux de réussite passe de 35 à 46%", indique Ernest Loumaye, s’appuyant sur les résultats d’une étude menée sur des centaines de patientes. Pour Herman Tournaye, expert belge du domaine de la fertilité, "c’est un grand pas en avant". Sans compter que, le mois dernier, Obseva a communiqué des résultats encourageants pour un traitement contre l’endométriose, une affection chronique de l’endomètre.

Dans l’intervalle, la valeur de l’entreprise au Nasdaq atteint environ un demi-milliard de dollars. Son succès semble même dépasser celui de PregLem, sa première entreprise, vendue pour 335 millions d’euros à Gedeon Richter en 2010, quatre ans à peine après sa création.

Annevoie, "lieu magique"

Ernest Loumaye prépare sa retraite. En Wallonie. Là où il a racheté, il y a quelques années, le château d’Annevoie et ses jardins aquatiques pour 3 millions d’euros, dit-on. "Avec 50.000 visiteurs par an, c’est le pôle touristique de la région, s’enorgueillit-il. Un lieu magique. La lumière, la vue sur le petit canal, et la chute d’eau qui étincelle au soleil. De toute beauté!"

Du pain sur la planche

Il reste du pain sur la planche à Annevoie. Beaucoup de travail. Les historiens passent les archives au peigne fin et exhument les anciennes toiles pour rendre au château comme aux jardins leur gloire d’antan, dans le respect de l’histoire. "Je ne bâtis pas des entreprises pour mes petits-enfants; par contre, ce château, c’est pour l’éternité."

Vendre après 5 ou 7 ans

"Je lis souvent dans la presse belge que la vente d’une entreprise est regrettable", déplore-t-il, faisant allusion aux rachats d’entreprises de biotechnologie comme Ablynx  . "Je ne vois pas les choses de cette manière. Nombreuses sont les start-ups qui voudraient bien devenir Genentech. Mais 99% d’entre elles n’y parviendront jamais. Qu’y a-t-il de mal à vendre une entreprise après 5 ou 7 ans? La commercialisation d’un médicament intervient ainsi plus rapidement et cela profite aux poches des actionnaires. Ce n’est pas un échec. Au contraire. Puis, une fois mission accomplie, vous créez une nouvelle entreprise."

©Kristof Vadino

 

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