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Le prince ben Talal, la plus grosse prise de la purge saoudienne

Le prince Al-Walid ben Talal fait partie des dignitaires saoudiens arrêtés ce week-end. C’est la plus grosse fortune de la région qui tombe ainsi dans les filets du régime saoudien dont il est issu.

Samedi soir, alors qu’il s’était retiré dans son campement ultra-luxueux situé dans le désert, en périphérie de Riyad, le prince Al-Walid ben Talal est arrêté par les autorités saoudiennes dans le cadre d’une vaste purge lancée par son cousin, le prince héritier Mohammed ben Salmane. Ils sont plusieurs dizaines de princes, ministres et hommes d’affaires à avoir été cueillis de la sorte pour faits (présumés) de corruption. Mais ben Talal, le prince saoudien le plus connu des milieux d’affaires occidentaux, est sans conteste la plus belle prise de toute l’opération dont certains se demandent si elle ne vise pas surtout à asseoir la position du jeune prince héritier.

Petit-fils du roi Abdelaziz al-Saoud, fondateur du royaume saoudien, ben Talal, savait déjà ce que c’était de ne plus être dans les grâces royales. Son père, un ancien ministre des Finances, avait été écarté dans les années 60 après avoir critiqué le régime qu’il jugeait trop répressif. Le prince ben Talal est, lui aussi, un libéral. Aux normes de la famille royale saoudienne du moins. Ardent défenseur du droit des femmes à conduire (il vient d’obtenir gain de cause), il avait financé la formation, en Jordanie, de la première Saoudienne pilote d’avion de ligne. Et il a toujours découragé les nombreuses femmes travaillant pour lui à porter le voile.

Le profil
  • Naît en 1955 à Riyad. Elevé en partie par sa mère au Liban.
  • Diplômé en sciences commerciales du Menlo College (Californie) et en sciences sociales de la Syracuse University.
  • Commence sa carrière dans la construction dans les années 80 et fonde une société d’investissement rebaptisée Kingdom Holding Company en 1996.
  • Annonce en 2015 qu’il veut léguer toute sa fortune à des œuvres.
  • Arrêté le 4 novembre 2017 pour faits (présumés) de corruption.

Pesant entre 17 milliards (selon Forbes) et 19 milliards de dollars (selon Bloomberg), ben Talal est surtout la plus grosse fortune de la région. Et il en est fier, très fier. Au point d’intenter un procès à Forbes en 2013, accusant le magazine américain d’avoir sciemment sous-estimé sa fortune. Une fortune dont on ne sait pas très bien d’où elle vient. Il prétend s’être fait tout seul, sans les millions de son père et sans la manne pétrolière saoudienne. Mais nombreux sont les Saoudiens à ne pas croire en cette version flatteuse des faits. Certains pensent même qu’il ne serait qu’un homme de paille au service de la fortune familiale.

Empire financier

Une chose est certaine, depuis qu’il a investi 590 millions de dollars dans le sauvetage de Citicorp (devenu plus tard Citigroup) au début des années 90, l’homme a multiplié les bons coups financiers. À travers sa société d’investissements, la Kingdom Holding Company, il détient des parts dans Twitter, Apple, Time Warner, Euro Disney SCA, 21st Century Fox, NewsCorp (l’empire médiatique de la famille Murdoch dont il est proche), Lyft (l’un des principaux concurrents de Uber), le groupe hôtelier Four Seasons Hotels & Resorts (qu’il détient avec Bill Gates). Il est également le propriétaire de l’hôtel George V à Paris et du Savoy à Londres. Et il reste aujourd’hui le plus gros actionnaire individuel de Citigroup dont le retour annoncé sur le marché saoudien début 2018 pourrait se voir compromis suite à son arrestation.

Après avoir déjà versé des millions de dollars à des universités américaines (Georgetown et Harvard) et britanniques (Cambridge et Edimbourg) pour financer des programmes visant au rapprochement des sociétés occidentales et musulmanes, le prince annonçait en 2015 qu’il léguerait toute sa fortune à des œuvres visant à "construire un monde plus pacifique, équitable et durable". Mais il n’avait pas encore décidé de décrocher. Certainement pas avant d’avoir mené à bien l’un de ses projets phares: la construction de la plus haute tour du monde. Prévue d’une hauteur de 1.001 mètres, la Jeddah Tower doit être inaugurée en 2019. Notons, au passage que ben Talal s’est associé avec le groupe Binladen, une société de construction saoudienne fondée par le père d’Oussama ben Laden (le cerveau présumé des attentats du 11 septembre), dans ce projet ambitieux.

Chèque pour New York

Peu après les attentats du 11 septembre, ben Talal a envoyé un chèque de 10 millions de dollars à la Ville de New York. Rudolph Giuliani, alors maire de New York, s’est empressé de lui renvoyer le chèque après que le prince a lié les attentats à la politique américaine dans le cadre du conflit israélo-palestinien.

Les nains du prince

L’histoire fait horriblement cliché. Dévoilée en 2012 par le site d’informations US Business Insider, elle a été confirmée par plusieurs sources. Ben Talal a engagé des nains pour le divertir dans ses propriétés. Officiellement, il aurait fait preuve de générosité en offrant un emploi à des nains, traditionnellement rejetés par la société saoudienne. Officieusement, le lancer de nains faisait partie des spectacles amusant la galerie chez le prince.

Le yacht de Trump

En 2015, alors que Donald Trump promettait d’interdire l’entrée des Etats-Unis aux musulmans, ben Talal avait tweeté que le candidat républicain était "une honte (…) pour toute l’Amérique". Trump avait répondu en le qualifiant de "stupide". Dans les années 90, le prince saoudien avait pourtant sauvé la mise à Trump en lui rachetant son luxueux yacht au moment où il avait d’importants problèmes financiers. À l’époque, le Saoudien avait également investi dans l’un de ses hôtels, le Plaza Hotel de New York, qui était au bord de la faillite (l’établissement n’appartient plus à Trump).

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