Le shopper londonien va prendre son pied à Oxford Street

La rue commerçante la plus fréquentée d’Europe va devenir intégralement piétonne d’ici 2020.

Depuis le référendum sur le Brexit, il y a près de dix-huit mois, les initiatives audacieuses ont été rarissimes au Royaume-Uni et un élan a été rompu. Mais une décision du maire Sadiq Khan va contribuer à redorer le blason de Londres dans les années à venir: faire d’Oxford Street une artère 100% piétonne.

La transformation sera divisée en trois temps, et devrait être finalisée d’ici 2020. La démarche n’est pas révolutionnaire en soi, puisque c’est une dynamique en cours dans toutes les grandes villes. Comme ailleurs, la première motivation est bien entendu la lutte contre la pollution de l’air, qui atteint un niveau critique.

L’immensité de cette rue – près de 2 kilomètres de long sur une vingtaine de mètres de large, entre deux et quatre voies et deux grands trottoirs – va renforcer son statut de première artère commerciale d’Europe, d’autant plus qu’elles compte une densité de magasins plus importante que les Champs-Elysées.

Ceux-ci sont également plus "accessibles" pour les portefeuilles plus modestes, même si la rue fait aussi dans le haut de gamme, notamment avec le grand magasin Selfridges.

Une aubaine pour les 300 magasins

Oxford Street était déjà relativement agréable pour les shoppers, qui pouvaient aisément passer d’un côté à l’autre de la rue sans risque de se faire renverser par un véhicule. Le péage urbain créé en 2003 et l’excellente connexion de la rue au métro — parcouru par la Central Line d’est en ouest avec les quatre stations Tottenham Court Road, Oxford Circus, Bond Street et Marble Arch — ont peu à peu dissuadé les automobilistes de l’emprunter. Cela a conféré au trafic un caractère assez irréel, avec de rarissimes voitures de particuliers apparaissant ici et là, entre un flot incessant de taxis et de bus.

Oxford street
  • Construite au Ier siècle après Jésus-Christ par les Romains
  • Nom d’origine: Via Trinobantina
  • Extrémités: Marble Arch — Tottenham Court Road
  • Longueur: 1.900 mètres
  • 300 magasins

Oxford Street était déjà la rue commerçante la plus fréquentée d’Europe. Sa piétonnisation ne peut qu’attirer de nouveaux shoppers, que ce soient ceux qui n’aimaient pas les "embouteillages piétons" sur deux trottoirs devenus trop étroits, ou ceux qui se sentent plus à l’aise dans un environnement non bruyant, non dangereux et non polluant. Les quelque 300 magasins vont tirer profit du fait que les piétons pourront naviguer plus aisément d’un côté à l’autre de la rue pour mieux se pourlécher à la vue de telle ou telle vitrine.

Jadis, le parcours des condamnés à mort

Oxford Street confirme ainsi son rôle central dans l’imagerie londonienne, rôle qui lui a été dévolu dès l’époque romaine, lorsque, sous le nom de Via Trinobantina, elle reliait les villes de Silchester et Colchester, deux grandes villes séparées de 150 kilomètres.

Elle est naturellement devenue commerçante, presque sans discontinuer. Elle a aussi été pendant 600 ans le dernier trajet de près de 60.000 condamnés à mort. Entre 1180 et la fin du XVIIIe siècle, ceux-ci devaient effectuer plusieurs kilomètres à pied, depuis la prison de Newgate (aujourd’hui le tribunal du Old Bailey) jusqu’au lieu de mise à mort, à l’ouest de la capitale. Pendant une heure et demie, les condamnés devaient subir les insultes, les crachats, les jets de nourriture pourrie, les coups des milliers de Londoniens venus voir de plus prêt la bête infâme.

Les vols de moutons, de chevaux ou de poules étaient alors punis avec la plus extrême sévérité, bien davantage que les crimes sexuels. Le caractère véniel de leur acte, du point de vue du XXIe siècle, ne calmait pas les ardeurs de la foule. Rien d’étonnant, finalement, à ce que ce supplice des petits voleurs ait eu lieu aussi longtemps dans la rue qui est plus que jamais le symbole de l’appropriation et du consumérisme.

Le berceau de Richard Branson

Ouvrir un magasin à Oxford Street garantit une visibilité unique. Et beaucoup de succès pour ceux qui ont la fibre du commerce. C’est le cas de Richard Branson, qui a ouvert son tout premier magasin de disques, Virgin Records, au numéro 130. On connaît la suite.

Cyclistes interdits

La décision du maire de Londres est jusqu’au-boutiste, puisque l’interdiction touchera également les vélos. Selon Transport for London, plus de 5.000 cyclistes circulent entre Oxford Street et Tottenham Court Road chaque jour.

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