Le marieur de Degroof et Petercam

Une histoire de famille, la Banque Degroof? Demandez à Alain Philippson ce qu’il en pense, lui qui en préside le conseil d’administration et qui présidera demain l’ensemble Banque Degroof Petercam, dont le traité définitif de fusion vient d’être signé.

C’est son arrière-grand-père, Franz Philippson, qui a fondé la banque privée, en 1871. Alain y entre un siècle plus tard, en 1972, après un diplôme d’ingénieur commercial à l’ULB (Solvay) et une première expérience à la Citibank. Il y est appelé par Léo Goldschmidt et Marcel Degroof, neveu de Jean Degroof à qui les Philippson, famille juive, avaient "confié" la banque pendant la période nazie (ce qui explique que la banque ne porte plus le nom d’origine).

Reconquête

Quand Alain Philippson rejoint la Degroof, il est le descendant du fondateur mais pas l’héritier que l’on pourrait croire.

"Ce n’est pas un solitaire mais un relationnel, il a d’ailleurs horreur du conflit et ne tranche pas facilement. Mais, comme il écoute et s’entoure beaucoup, c’est très bien pour veiller aux équilibres dans une fusion", selon une source

À l’époque, sa branche familiale ne détient plus rien dans le capital. Au fil des années, il reconstruit une position centrale. Aujourd’hui, il en est tout simplement le premier actionnaire, pesant à lui seul un bon tiers du bloc de 62% qui unit les familles historiques (Philippson, Siaens, Schockert et Haeglesteen) à deux holdings entrés au capital en 2010, Cobepa et CLdN Finances (famille Cigrang).

Et pour la suite, tout est prévu. Son fils Jacques-Martin, déjà administrateur, veillera aux intérêts de la famille qui compte aussi deux filles (Françoise, juriste qui a repris le business de sa mère, Marie Pensis-Simon, dans l’architecture d’intérieur, et Catherine, médecin radiothérapeute à l’institut Bordet à Bruxelles).

Changement

Autant dire que le baron Philip-pson a le goût du long terme et le sens de la famille. C’est pourtant lui qui, motivé en ce sens par Cobepa et la famille Cigrang, imposera le changement dans une maison habituée à un rythme plus confortable.

Quand Alain Philippson rejoint la Degroof, il est le descendant du fondateur mais pas l’héritier que l’on pourrait croire.

À l’époque, sa branche familiale ne détient plus rien dans le capital. Au fil des années, il reconstruit une position centrale.

Il recrute un extérieur comme CEO, une première dans l’histoire de la banque. Philippe Masset, débauché chez ING, qui passe la surmultipliée, signe avec Petercam un peu plus de six mois après son arrivée et à son tour recrute plusieurs de ses lieutenants (CFO et COO) hors de la banque.

Cela en fait du changement. "Avec Cobepa et Cigrang, nous sommes arrivés à la conclusion qu’il fallait un changement fort pour la banque, nous explique Alain Philippson. J’estime que, si nous sommes d’excellents professionnels, nous ne sommes peut-être pas les meilleurs managers. Le moment était venu de faire gagner le management en professionnalisme et, surtout, de donner un avenir à une maison ancrée en Belgique."

Consensuel

"Alain sera parfait en tant que président du nouvel ensemble Banque Degroof Petercam, parce que c’est un homme de consensus et qu’il jouera un rôle de stabilisateur dans une période qui s’annonce pleine de nouveautés", nous dit un ponte du monde financier qui le connaît bien.

"Avec Cobepa et Cigrang, nous sommes arrivés à la conclusion qu’il fallait un changement fort pour la banque"

"Avec quarante ans de private banking derrière lui, il a une très grosse expérience du métier, nous confie un autre. Ce n’est pas un solitaire mais un relationnel, il a d’ailleurs horreur du conflit et ne tranche pas facilement. Mais, comme il écoute et s’entoure beaucoup, c’est très bien pour veiller aux équilibres dans une fusion."

"Le temps qu’il faudra"

À 75 ans, jouera-t-il longtemps les prolongations? "Le temps qu’il faudra, pour garder l’esprit de l’entreprise. Et le temps qu’on voudra, car mon mandat est dans les mains du conseil."

Personne, en tout cas, ne craint qu’il s’ennuie un jour. Entre la fondation Marie et Alain Philippson (développement en Afrique), la présidence du CEJI (pour "Contribution Juive pour une Europe Inclusive") et autres mandats philanthropiques, celui qui se décrit comme "juif laïque très motivé par la défense et l’intégration de toutes les minorités" entend bien encore contribuer un moment, sous une forme ou sous un autre. "Quand on a la chance de pouvoir le faire…"

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