Leonardo Del Vecchio, les velléités d'un indomptable patron

©Luxottica

Leonardo Del Vecchio, président d’EssilorLuxottica, le leader mondial dans la fabrication de verres ophtalmiques, saisit la Chambre de commerce internationale pour gérer les différends avec son partenaire français.

"Je n’ai jamais osé espérer arriver jusqu’ici", a avoué Leonardo Del Vecchio, entrepreneur italien à la tête d’un véritable empire international de l’optique, au cours d’une récente interview.

Le profil
  • Naissance à Milan le 22 mai 1935.
  • à 15 ans, il commence à travailler comme ouvrier auprès de l’usine de médailles Johnson.
  • En 1961, le petit atelier de montures de lunettes qu’il a créé devient Luxottica, un géant mondial de l’optique.
  • Fin mars 2019, Del Vecchio saisit la Chambre de commerce internationale pour demander un arbitrage dans la crise qui ébranle EssilorLuxottica.

Malgré ses 83 ans, le président exécutif et grand actionnaire d’EssilorLuxottica conserve dans son regard bleu ciel tous les rêves de son enfance indigente ainsi que l’élan créatif et le volontarisme viscéral qui ont fait de lui, en quelques décennies seulement, la principale fortune d’Italie, avec un patrimoine aujourd’hui estimé à 21 milliards d’euros.

Orphelin et ambitieux

Son destin ne semblait pourtant pas initialement lui sourire. Benjamin d’une famille nombreuse et orphelin de père, Del Vecchio est contraint, dès l’adolescence, de travailler comme ouvrier dans une usine de médailles dans sa ville natale, Milan. Néanmoins, fidèle à son insatiable ambition, il continue ses études et, chaque soir, il rejoint la prestigieuse académie de Brera où il étudie le design.

Il peaufine ainsi un sens de l’esthétique inné et un goût pour les accessoires raffinés. En 1958, avec ce bagage de connaissances, Del Vecchio ouvre à Agordo, aux pieds des Dolomites, un atelier de montures de lunettes. En quelques décennies seulement, ce petit laboratoire se métamorphose et devient Luxottica, un leader mondial dans la fabrication et la distribution de montures de lunettes.

Mais Del Vecchio est convaincu que pour réussir il ne faut jamais lâcher prise. Il délègue la gestion de son empire sans jamais abandonner les rênes du pouvoir, il contrôle les processus, choisit scrupuleusement ses collaborateurs et continue à satisfaire ses appétits de croissance en orientant le développement international de son groupe.

Partage de pouvoir et méfiance

La fusion, en 2018, entre ce dernier et la multinationale française Essilor, leader mondial dans le secteur des verres correcteurs, semble représenter un autre pari gagnant. Del Vecchio est orgueilleux de ce géant nouveau-né de l’optique italo-français – EssilorLuxottica – qu’il dirige avec le vice-président français, Hubert Sagnières. Mais l’entente tourne très vite au vinaigre en raison, notamment, d’une forme de gouvernance se voulant égalitaire mais pas viable. L’entrepreneur italien et son homologue français disposent de pouvoirs équivalents mais ne partagent absolument pas la même vision. Dès la fusion, la méfiance réciproque envenime, en effet, les relations, les processus et les projets.

Hier, ce rêve franco-italien s’est définitivement brisé. En raison de "violations de l’accord de rapprochement", Delfin – la holding de Del Vecchio – a saisi officiellement la Chambre de commerce internationale pour demander un arbitrage dans la crise qui traverse le groupe. Une décision sans précédent, subie par le vice-président Sagnières qui dément tous les reproches qui lui sont adressés, et qui souligne bien la résistance, la vigueur et les velléités inassouvies de Del Vecchio. Habitué dès l’enfance à lutter contre l’adversité, ce vieux patriarche resté jeune montre ainsi qu’il n’est surtout pas prêt à abdiquer.

La peur d’un avenir déterminé
Pour expliquer son désir d’indépendance entrepreneuriale, Del Vecchio avoue à un journaliste que tout ce qu’il a accompli dans la vie découle de "sa peur d’avoir un avenir déterminé par les décisions d’autrui".

Des cadeaux à 9 millions d’euros
Avec son groupe, Leonardo s’est bâti une véritable famille qu’il ne cesse de célébrer et récompenser. Par exemple, lors de son 80e anniversaire, il décide de donner à ses employés italiens 140.000 actions Luxottica, pour une valeur totale de 9 millions d’euros.

 

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